Centre commercial Savanna, Saint-Paul : les courses de Noël pèsent lourd sur les budgets réunionnais. (Photo d'illustration)

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Noël sous tension : quand la fête coûte trop cher aux Réunionnais 

« Se faire plaisir » l’expression revient chaque année à l’approche des fêtes. Mais cette année le porte-monnaie dicte plus que jamais ses règles. Alors que le budget de Noël recule en France, selon une enquête de l’institut de sondage CSA pour Cofidis, 491€ prévu pour Noël 2025 soit 6€ de moins par rapport à 2024. La question se pose avec encore plus de force à la Réunion, où la vie chère pèse sur de nombreux foyers. Comment célébrer sans se ruiner ? Enquête sur les fêtes sous tension.

Centre commercial Savanna, Saint-Paul : les courses de Noël pèsent lourd sur les budgets réunionnais. (Photo d'illustration)/ Archives Parallèle sud
Centre commercial Savanna, Saint-Paul : les courses de Noël pèsent lourd sur les budgets réunionnais. (Photo d’illustration)/Archives Parallèle sud

Quand la Réunion adopte les traditions métropolitaines

À la Réunion les habitudes de consommation ont profondément évolué.  Rose-May, réunionnaise de 64 ans, se souvient comme si c’était encore hier « avant, on se contentait de ce qu’on avait dans la basse-cour. On faisait du pâté créole, on partageait de la liqueur avec des boudoirs. C’était notre culture ». Aujourd’hui, la donne a changé. Un constat amer pour cette sexagénaire. « Maintenant, on a tendance à faire comme la métropole. On prend du foie gras, du saumon, des huîtres. Et donc on est dans le lot de dépenses ».

Cette évolution s’explique notamment par les mouvements de population qu’a connu l’île ces dernières années. Départs, retours, nouvelles installations, ces échanges ont progressivement modifié les habitudes de consommation au profit de modèles plus proches que ceux de l’Hexagone. « On a un peu perdu notre culture de boudoir » s’exclame-t-elle.

Foie gras en supermarché : entre 19,99€ et 28,99€, un produit festif importé qui pèse lourd dans le budget des familles réunionnaises
Foie gras en supermarché : entre 19,99€ et 28,99€, un produit festif importé qui pèse lourd dans le budget des familles réunionnaises

Feux d’artifices, ils économisent toute l’année pour ça.

Pour ce cinquantenaire, père de deux enfants, rencontré dans un supermarché, les fêtes de fin d’année sont aussi marquées par des dépenses qu’il juge inutiles. « Les Réunionnais dépensent beaucoup en feu d’artifices et pétards. Ils économisent pendant une année pour acheter ça ».

Selon lui c’est la période où les Réunionnais dépensent le plus « entre les cadeaux, le repas en famille, les feux d’artifice c’est…énormes ». C’est aussi ce que révèle l’enquête de l’institut de sondage CSA. Les cadeaux sont en première place des dépenses françaises (279€) devant le repas (123€ soit – 9€ en 2024) puis les décorations (28€), les tenues vestimentaires (23€), enfin les dépenses liées au transport (25€). Une observation qui rejoint celle du Président de l’association UFC Que Choisir Jean-Marie Potin « le Réunionnais comme il aime la fête, il va alors s’endetter »

Fêter aujourd’hui, payer demain : le piège du réveillon à La Réunion

L’augmentation des dépenses s’accompagne des risques d’endettement comme le pointe du doigt Jean-Marie Potin. Selon lui, les familles réunionnaises n’ont pas réduit leurs dépenses pour les fêtes, elles se sont adaptées autrement. « La préoccupation c’est de finir l’année et faire comme les autres », explique-t-il. Résultat : les Réunionnais ont rogné sur d’autres postes de dépenses.

Premier renoncement : le loyer. Les familles ont fait un choix au détriment du loyer. « Aujourd’hui, on préfère ne pas payer le loyer et trouver une solution », dénonce Jean-Marie. En deuxième lieu, il y a l’adaptation. Réduire le nombre d’invités. « Avant, à la Réunion, on aime les fêtes de famille. Aujourd’hui, on a fait le choix d’aller au maximum 10 personnes », constate-t-il. Troisième conséquence : la qualité des produits achetés. « On est obligé de se retourner vers les produits de moins de qualité. En fin de compte, on paye plus cher un produit de plus bas de qualité. Ça a une répercussion sur la santé. ».

Rose May quant à elle, met en cause les centres commerciaux : « les grandes surfaces ont bien compris le système, vous achetez aujourd’hui et vous payez au mois de janvier. Il y a aussi les cartes à 3 fois sans frais donc on s’engage dans des frais qui s’accumulent.” Une pratique qui peut mener à des difficultés. Toutefois elle nuance. “C’est peut-être aussi pour alléger ce côté de vie chère. Mais il faut faire très attention avec ces trois fois sans frais on entre aussi dans un cycle d’endettement ».

Des accessoires en vente dans une bijouterie à Saint-Pierre
Vitrine d’une bijouterie à Saint-Pierre. Les cadeaux de Noël représentent 279€ en moyenne du budget des Français

Fausse promotion, « il faut être vigilant »

Au-delà des difficultés budgétaires, l’UFC attire l’attention sur les pratiques commerciales trompeuses pendant les fêtes. « C’est une stratégie marketing et il faut être vigilant », prévient-t-il. Cette fausse promotion pousse les consommateurs à dépenser plus, croyant faire une bonne affaire. Face à cette situation, les Réunionnais ont modifié leur habitude d’achat. Plusieurs courses dans le mois, ou encore, ils attendent cette période promotionnelle. Les commerciaux, eux, n’ont pas voulu se prononcer sur ce sujet, après plusieurs tentatives d’avoir leur avis.

36 % des Réunionnais vivent sous le seuil de la pauvreté

À la Réunion, le contexte économique explique cette tension. Selon l’INSEE, 36 % de la population vivait sous le seuil de la pauvreté monétaire en 2021, soit plus du tiers des Réunionnais. Un taux trois fois supérieur à la métropole (14,6%). Pour ces familles, les fêtes de fin d’année représentent un défi financier. Entre l’envie de maintenir les traditions et la réalité des budgets serrés, les renoncements sont inévitables. Certains, comme le souligne l’UFC Que choisir, préfèrent même ne pas payer leur loyer pour pouvoir fêter Noël.

36% des Réunionnais vivaient sous le seuil de pauvreté en 2021, soit trois fois plus qu’en métropole (14,6%). Source : INSEE

Le surcoût Réunionnais

Si les budgets ne baissent pas, c’est aussi parce que les prix restent structurellement plus élevés à la Réunion. Selon l’UFC Que choisir, qui a réalisé une comparaison des prix, par exemple sur la bouteille de gaz propane, La Réunion affiche un surcoût de 14 % par rapport à la métropole. « C’est le juste prix puisque c’est le transport », précise le président. 

Un écart qui s’applique également à de nombreux produits festifs notamment le champagne, le chocolat, ou encore du foie gras. Ces produits importés sont plus chers en raison de l’éloignement géographique. « Il n’y a pas d’entente, mais il y a un alignement de prix », dénonce l’UFC en pointant du doigt les pratiques opaques de la grande distribution.

Vie chère, une volonté politique 

« La vie chère ce n’est pas tout ce qu’on est en train de parler, la vie chère c’est les salaires », a martelé Jean-Marie Potin. Pour lui ce n’est pas qu’une question de prix en rayon c’est avant tout une question de salaire et de réglementation : « A la Réunion, on est les moins payés. Les conventions collectives ne sont pas appliquées pourtant on est français ».

Selon lui, l’application des conventions collectives à la Réunion permettrait aux salariés de gagner entre 50 et 60 € supplémentaires par mois. « Ça ne va pas coûter beaucoup plus cher, mais les gens auraient une meilleure vie ».

Autre inégalité qu’il relève : la surrémunération. D’après son constat, les fonctionnaires touchent la surrémunération pourtant ce n’est pas le cas dans le privé. Cette inégalité se voit notamment sur les billets d’avion et le prix des voitures, argumente-t-il. « C’est un vrai scandale. Pour aller travailler on est obligé d’avoir une voiture. Et quand on voit le prix de la voiture aujourd’hui à La Réunion c’est un scandale. J’assume mes mots ».

Entre pâté créole d’hier et foie gras d’aujourd’hui, entre tradition et assimilation, les Réunionnais naviguent dans un contexte économique difficile. Si les budgets ne baissent pas officiellement c’est au prix de renoncements ailleurs : loyers impayés, endettement par paiements différés, produits bas de gamme.  « On ne maîtrise pas ce débat, c’est une volonté politique ». Une phrase qui résume le sentiment d’une population partagée.

À la Réunion, les fêtes de fin d’année révèlent les tensions d’un territoire français où 36% de la population vit sous le seuil de pauvreté. D’une part il y a la tradition perdue, et d’autre part de nouvelles habitudes coûteuses. Malgré tout, les Réunionnais réinventent leur fête entre joie et contraintes.

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