À La Réunion, territoire où la vie est plus chère qu’en métropole, les étudiants jonglent entre cours et petits budgets. Loyer, courses, internet : avec 300 à 800 € par mois comment s’en sortent-ils ? Quatre étudiantes partagent leurs astuces pour tenir jusqu’à la fin du mois. Tout est calculé, même les dépenses d’un centime. Ils planifient, s’organisent, guettent les promotions, comparent les prix. Tous les moyens sont bons « pour joindre les deux bouts jusqu’à la fin du mois ».
Qu’ils soient Réunionnais ou venus d’ailleurs, les étudiants de l’île font face aux mêmes défis : des loyers élevés, des dépenses alimentaires qui explosent et un budget serré. Interrogées, quatre étudiantes racontent leur quotidien et partagent des astuces pour bien gérer leur petit budget. Du marché forain aux épiceries solidaires, en passant par les produits locaux et la chasse aux promotions, elles ont toutes développé des stratégies pour survivre financièrement tout en poursuivant leurs études.
« Je choisis en fonction de ce qui est moins cher »
Marie-Louise Romane étudie l’enseignement du créole et de la culture réunionnaise à l’INSPE de La Réunion, campus de Bellepierre. Boursière, elle vit chez sa mère et participe aux dépenses du foyer à hauteur de 150 € par mois. Sa stratégie est simple : privilégier les magasins les moins chers. « Je choisis en fonction de ce qui est moins cher. Et pour moi, c’est Leclerc en plus c’est proche de là où j’habite », explique-t-elle. Mais elle ne s’arrête pas là. Romane profite également des épiceries solidaires de l’université, accessibles aux étudiants boursiers ou non, qui lui permettent de réduire ses dépenses alimentaires. Pour les fruits et légumes, elle a adopté une autre habitude : le marché forain. « C’est moins cher qu’en supermarché », assure-t-elle. En cas de difficulté financière, elle n’hésite pas à solliciter l’assistante sociale de son établissement.
« Ici tout est mille fois plus cher qu’à Madagascar »
Arrivée à La Réunion avec des frais d’installation d’environ 3000 € (visa, inscription universitaire, logement…), Tina Fazia a rapidement compris qu’il fallait être extrêmement rigoureuse. Sans bourse, elle dépend au départ entièrement de l’aide familiale depuis Madagascar, jusqu’à l’obtention d’un job étudiant. Mais le choc des prix a été brutal. « Ici j’achète les bananes à 7 € le kilo, alors qu’à Mada je les payais à 25 centimes ». Face à cette réalité, Tina a mis en place une gestion budgétaire millimétrée.
Dès qu’elle reçoit les 400 € de sa mère, elle met immédiatement de côté les 340 € de loyer. Le reste est calculé au centime près : 5 € pour le forfait téléphonique, 40 € maximum pour les courses du mois. Elle compare systématiquement les prix entre Leclerc et Carrefour avant de faire ses achats. Pour limiter les dépenses, elle va à la laverie qu’une fois par mois. « Avant j’économisais comme une malade. Je dépensais le moins possible. Je n’avais pas les moyens donc je ne regardais pas ce que faisaient les autres étudiants », confie-t-elle. Aujourd’hui, grâce à son job étudiant elle arrive à mieux gérer son budget et subvenir à ses besoins.
« J’ai changé toutes mes habitudes alimentaires »
Scolarisée à Saint-Denis, l’une des villes les plus chères de l’île, Fatim paie 550 € hors charges pour un studio de 26 mètres carrés, qu’elle compare aux loyers de Bordeaux ou Lyon. Fatim Ndaw savait que la vie serait plus chère à La Réunion, mais elle n’imaginait pas à quel point. « J’ai été choquée par les prix, surtout pour les œufs et les yaourts. Un pack de 12 yaourts pouvait coûter jusqu’à 6 €. J’ai trouvé ça hallucinant », se souvient-elle. Face à ce constat, elle a complètement changé ses habitudes alimentaires. Exit les grandes marques comme Président ou Gervais, place aux produits locaux. Elle a remplacé ses yaourts habituels par du « Piton des Neiges » et a adopté une règle d’or : aller au marché forain pour les fruits et légumes. « C’est beaucoup moins cher qu’en magasin », assure-t-elle.
Mais Fatim ne s’arrête pas là. Elle a développé une « véritable » stratégie de courses en multipliant les points de vente. « Normalement en métropole, j’allais à Carrefour. Ici, je vais à Leclerc pour l’alimentaire, à Carrefour pour les produits capillaires quand il y a des promotions et parfois à Leader Price. Je feuillette les catalogues de réduction et dès que je vois une offre intéressante je me rends dans le magasin », explique-t-elle. Pour économiser davantage, elle a fait le choix de ne pas avoir de box internet, pas de machine à laver et un forfait téléphonique moins coûteux (12€ par mois). Pendant un an et demi elle ne s’est rien acheté d’autre que de nourriture. « Je ne me permettais pas d’acheter autre chose que de nourriture ou de payer mon loyer alors que j’en avais les moyens ». C’est la première fois qu’elle vit seule donc il fallait faire attention aux dépenses. Son conseil ? « Ne vous mettez pas la pression comme je l’ai fait. Introduisez petit à petit des aliments locaux et allez vraiment au marché pour les fruits et légumes, c’est là qu’on fait le plus d’économie ».
A La Réunion, il faut oublier l’idée de consommer en métropole, tout est plus cher. La solution c’est d’intégrer petit à petit des aliments et produits locaux.
Fatim Ndaw étudiante à l’université de La Réunion
« J’envoie 250 € à ma mère pour qu’elle me les garde »
Rahizane Assani, étudiante mahoraise, quant à elle vit uniquement avec sa bourse. Pas de job étudiant, pas d’aide familiale, juste l’allocation mensuelle qui doit couvrir toutes les dépenses : loyer, courses, sorties. Face à cette contrainte, elle a développé une méthode « originale » pour ne pas craquer au cours du mois. Dès qu’elle reçoit sa bourse, elle envoie 250 € à sa mère à Mayotte. « C’est ma façon de faire des économies. Ma mère garde l’argent et me dépanne quand j’en ai vraiment besoin », explique-t-elle. Cette technique lui permet de ne pas être tentée de dépenser tout son argent d’un coup. Elle fait ses courses comme les autres étudiants à Leclerc ou Carrefour et anticipe parfois sur les achats du mois suivant pour pouvoir se permettre quelques plaisirs : une sortie entre amis ou acheter une robe qui lui plaît. « Au début c’était difficile, mais maintenant j’arrive à gérer mon budget comme une grande », une phrase qu’elle laisse échapper avec un grand sourire. Pour elle, tout doit être calculé, mais avec l’expérience, la gestion devient plus facile.
Entre marché forain et produits locaux, entre calculs permanents et promotions guettées, les étudiants réunionnais ont développé des stratégies de survie financière. Que ce soit en mettant de l’argent de côté dès réception de la bourse, en multipliant les points de vente pour comparer les prix, ou en profitant des épiceries solidaires, tous ont appris à s’adapter à un territoire où la vie coûte cher.
Wrestling Lotiko


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