Trois minutes. C’est le temps qui sera attribué aux doctorants de l’Université de la Réunion, pour présenter leur sujet de thèse pour le concours Ma Thèse en 180 secondes (MT180). Au cours de la soirée du 27 mars prochain à Saint-Denis, un lauréat aura le privilège de se qualifier pour la finale nationale prévue le 26 mai au théâtre Sébastopol de Lille. Un pitch express, à l’image de la préparation des candidats : ils ont réalisé leur premier pas sur scène le 10 mars dernier. Une préparation qui leur permet de se confronter à la réalité et de se familiariser avec cet exercice de médiation et d’éloquence.
C’est en plein cœur du campus du Moufia à Saint-Denis que s’organisent les premières répétitions du concours. Direction l’amphithéâtre bioclimatique, qui accueillera la finale régionale. Sur scène, les candidats dévoilent des sujets variés et passionnants : certains explorent la valorisation de la filière « cacao péï », d’autres s’intéressent au glissement de terrains à Salazie ou encore aux conséquences psychologiques d’un décès soudain sur l’île de La Réunion. Le défi est de taille : transformer des mois de travail en 180 secondes et convaincre le public en direct.
Premier pas sur scène
Les doctorants sont accompagnés par le service médiation scientifique de l’Université de la Réunion ainsi que par le cabinet Vakom. C’est Martine Cadet, responsable d’agence et consultante coach, qui accompagne les doctorants depuis deux ans maintenant.
Elle nous explique son approche : « On démarre par un accompagnement hors de l’amphi, plutôt en salle, où on fait connaissance. On crée le lien et on pose les premières bases. Et puis ensuite, on passe à l’amphithéâtre directement où on va se confronter à la réalité du terrain et libérer ce qui doit être libéré pour prendre confiance et se lancer. ».

La séance s’articule par des échauffements : contrôle de la respiration, déplacements sur scène, gestion de son niveau d’énergie. Quelle est la bonne intensité physique et émotionnelle à déployer sur scène ? Pas besoin de se lancer dans de la grande dramaturgie, il faut simplement réussir à captiver son public.
Elle leur conseille surtout de prendre du plaisir dans ce qu’ils vont faire. En effet, pour certains, c’est un saut dans le vide. Il y a tout un travail de mémorisation et de gestion du stress à concilier.
« Une demi-heure avant le passage sur scène, une doctorante me regarde figée en me disant : “ Martine, j’ai tout oublié.” et ça a été un grand moment, puisqu’au final, une demi-heure après, elle a fait une prestation assez incroyable. »

Damien Smith, lauréat du prix du public de la précédente édition, est intervenu pour parler de son expérience. Il précise : « C’est un peu un sprint MT180, parce que là on est le 10 mars. La finale c’est le 27 mars donc vraiment, c’est très intense ». Il parle de ses péripéties, de la difficulté de la gestion de son stress tout du long. Pour autant, il se veut rassurant : « MT180 est un des meilleurs souvenirs qu’ils vont garder de leur thèse. ».
Wendy Savy Buquet, doctorante de l’Umr-Pvbmt*, nous confie son ressenti après cette séance de répétition. « Le fait de médier le sujet, ça va. Le plus dur c’est le stress, de tenir les 3 minutes et que tout le monde comprenne. ».
Mais c’est avec beaucoup de plaisir qu’elle résume cette matinée, « de la fierté et du fun ». Chacun a ses propres raisons d’y participer. Pour eux, c’est le moment idéal de parler du sujet qui les passionne et qui les occupe pendant trois ans. Cette fois-ci, ce n’est pas auprès de la famille, mais bien face à un vrai public, qu’ils devront s’exprimer.

Rendre accessible la recherche scientifique sur l’île
Christelle Letellier, responsable du service Médiation scientifique, nous explique le fonctionnement interne de MT180 : « Nous travaillons (le service Médiation Scientifique) avec les écoles doctorales. Donc, on est au total six personnes à être dans l’organisation. Nous avons toute l’équipe de la direction de la recherche de l’université qui viendra nous aider le jour J pour accueillir le public, l’orienter, etc. ».
L’objectif est clair : montrer la recherche qui se fait dans les laboratoires et valoriser ses talents.
Pour les doctorants, c’est une opportunité de se confronter à un public, d’accéder à la finale nationale et de recevoir une dotation financière de la BNP, partenaire de l’événement.
Pour ce qui est de la valorisation de la recherche, MT180 fait partie de ces moyens qui sont mis en place (Nuit des chercheurs, Fête de la Science, etc.) pour la valorisation des sciences et de la recherche. Les sujets de thèses sont complexes, rendre accessible la science n’est pas une chose facile. Toutefois, le concours MT180, lancé par le CNRS et France Universités depuis maintenant plus de 10 ans, semble confirmer son succès.
D’après les organisateurs, presque la moitié du public est extérieur à la communauté universitaire. Un événement qui semble attirer les curieux et une aventure humaine pour les doctorants qui se forgent de beaux souvenirs.
Victor Maillot
*Unité Mixte de Recherche – Peuplements végétaux et bioagresseurs en milieu tropical

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