Jean-Pascal Schaefer

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Jean-Pascal Schaefer retrace 25 ans d’initiatives écologiques réunionnaises

Ïle bio, Gerri, île verte… Autant de concepts qui ont jalonné les initiatives écologiques de ces 25 dernières années. Jean-Pascal Schaefer anime plusieurs conférences sur le sujet… et veut encore y croire.

Il enchaîne les conférences aux quatre coins de La Réunion pour raconter un quart de siècle d’initiatives écologiques sur son île d’adoption. Jean-Pascal Schaefer, aujourd’hui « manager de transition dans le secteur de l’énergie et de l’environnement » installé dans le sud de la France, faisait partie des promoteurs de « l’île Bio ».

En 1997, entouré de ses compagnons de la Jeune Chambre économique (JCE) Sophie Elizéon, Frédérique Lebon, Hervé Charlane et Jean-François Dolphin il s’était investi dans la rédaction d’un « livre blanc de l’export ». Et leur réflexion avait accouché du concept de « l’île bio ». À cette époque, le nouveau président de Région Paul Vergès était l’un des premiers à sonner l’alerte du réchauffement climatique. L’idée de cultiver écologiquement, manger sainement et se développer durablement en était à ses balbutiements. 

« Je suis un gars qui travaille sur les questions écologiques depuis la fin des années 90. Il y avait zéro agriculteur labellisé bio à la Réunion à l’époque. On ne triait pas ses déchets », se souvient-il. Les promoteurs de « L’île bio », conscients de l’importance de la communication, ont organisé en 2000 leur « festival de Cannes de La Réunion bio ». Les gros médias ont joué le jeu, RFO y a consacré une soirée spéciale le 20 mai. Gilbert Pounia a sorti pour l’occasion la chanson Karanbol, qui deviendra l’un des tubes de Ziskakan.

Les fossoyeurs Nicolas Sarkozy et Didier Robert

Karanbol, tel était le nom des trophées distribués aux entreprises vertueuses décorées à cette occasion. On y vantait les avantages des tout nouveaux chauffe-eau solaire et des premiers panneaux photovoltaïques. Il s’agissait de démontrer que « l’île bio » concernait tout le monde. « Ça peut toucher le petit agriculteur, ça peut toucher l’ouvrier, ça peut toucher le col blanc, ça peut toucher le secteur du tourisme, ça peut toucher l’industrie, rappelle-t-il. On avait 40 % de chômage. L’île bio c’était créer de l’emploi massivement. »

Cette cérémonie, qu’évoque Jean-Pascal Schaefer avec nostalgie, ne sera pas renouvelée. Il le regrette mais il est sur d’autres projets et le bénévolat touche à ses limites. C’est alors en observateur averti qu’il assiste à la deuxième étape de son récit : le projet Gerri, issu de ce que le gouvernement de l’époque avait baptisé le Grenelle de l’environnement en 2007.

Il cite le secrétaire général de la préfecture de l’époque, Jean Balandras qui avait initié ce « laboratoire d’innovation énergétique ». On parlait alors d’énergie thermique des mers, de biocarburants, d’énergie de la houle ou de la marée, de pompage d’eaux froides dans les profondeurs de l’océan pour climatiser les villes… 

Autant de projets qui ont fait pschitt et sans doute rempli les poches de quelques-uns… Jean-Pascal Schaefer relève deux fautes majeures : D’abord le président Nicolas Sarkozy lance en 2011 : « l’environnement, ça commence à bien faire. » En même temps, au niveau local, le nouveau président de Région Didier Robert met un terme au projet de tram-train pour lancer une Nouvelle Route du Littoral, dédiée au tout-voiture.

« Le risque de fond… c’est la dépendance : la dépendance alimentaire, la dépendance aux importations, le contexte international »

Mais Jean-Pascal Schaefer ne s’attarde pas sur les gâchis et pose plutôt un regard bienveillant sur ce que Gerri a généré en termes de réseaux et de savoir-faire. Cette synergie s’est appelée « La Réunion île verte » quand elle a été adoptée par le monde économique. Là encore, le conférencier cite l’agro-industrie, les technologies de l’information, le tourisme et les noms de Guy Dupont (ex-DGS du Département), François Caillé (concession auto et grande distribution), Pascal Thiaw-Kine (Leclerc), Maurice Cérisola (Crête d’or)… « Ils ont embarqué tout le monde : patrons, syndicats, institutions », affirme-t-il.

Il voit donc dans ces capitaines d’industrie des acteurs qui auraient su orienter l’économie réunionnaise vers un modèle plus durable. Ce qui mérite débats et ses conférences peuvent les ouvrir. Jean-Pascal Schaefer veut surtout dire « non à l’écologie punitive. Ne soyons pas des Khmers verts, soyons réalistes… ». Il veut aussi ouvrir la réflexion sur le dilemme entre le développement local et la logique d’importation massive : « À un moment donné il faut faire des choix entre la notion d’avoir des emplois ou d’avoir finalement des prix bas. »

Jean-Pascal Schaefer
« Je pense que la Réunion a fait d’immenses progrès. Ça ne veut pas dire qu’on est arrivé au bout. Ça ne veut pas dire qu’on est allé à la bonne vitesse. »

« Je pense que la Réunion a fait d’immenses progrès. Ça ne veut pas dire qu’on est arrivé au bout. Ça ne veut pas dire qu’on est allé à la bonne vitesse », reconnaît-il. L’île Bio, Gerri et l’île verte ont « planté les graines ». Persuadé que « L’esprit gagne toujours sur la matière », Jean-Pascal Schaefer incite à toujours associer le public, le privé et le monde de la recherche. 

Et aujourd’hui, après avoir relevé les actions de l’État et du monde économique, il cite Oasis Réunion, comme le groupe qui « porte les envies d’améliorer La Réunion ». « Le risque de fond… c’est la dépendance : la dépendance alimentaire, la dépendance aux importations, le contexte international », conclut-il.

Franck Cellier

Les conférences à venir

Mercredi 18 mars – 18h30 – Espace culturel Leconte de Lisle 5, rue Eugène Dayot – 97460 Saint-Paul

Jeudi 19 mars – 18h00 – Le Sud – Réunion de Cultures – 60 rue Victor le Vigoureux – 97410 Saint-Pierre

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A propos de l'auteur

Franck Cellier

Journaliste d’investigation, Franck Cellier a passé trente ans de sa carrière au Quotidien de la Réunion après un court passage au journal Témoignages à ses débuts. Ses reportages l’ont amené dans l’ensemble des îles de l’océan Indien ainsi que dans tous les recoins de La Réunion. Il porte un regard critique et pointu sur la politique et la société réunionnaise. Très attaché à la liberté d’expression et à l’indépendance, il entend défendre avec force ces valeurs au sein d’un média engagé et solidaire, Parallèle Sud.

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