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Choc pétrolier à La Réunion : pour un bouclier social et un modèle vertueux

La Réunion subit un choc brutal. Les tensions au Moyen-Orient frappent directement nos pompes : +42 centimes sur le sans-plomb, +52 centimes sur le gazole. À Saint-Louis, comme dans toute l’île, ce sont nos familles, nos artisans, nos agriculteurs qui absorbent le coup. L’heure n’est plus aux constats — elle est aux responsabilités et aux actes.

Remettre le pouvoir d’achat au cœur du débat

Ma conviction est simple : on ne sort pas d’une crise en appauvrissant ceux qui font tourner l’économie locale. Chaque euro prélevé en trop à la pompe — par la fiscalité ou par des marges injustifiées — est un euro mort pour nos commerces de proximité, nos associations, nos quartiers. Le principe keynésien n’est pas une abstraction : rendre du pouvoir d’achat aux Réunionnais, c’est soutenir l’épicier de Basse-Terre, le mécanicien de Saint-Denis, la coiffeuse du centre-ville de Saint-Louis. Cet argent ne part pas à l’extérieur — il circule ici, crée de l’activité, et revient dans les caisses publiques. C’est ce cercle vertueux que nous devons construire, avec méthode et volonté politique.

Un Pacte de responsabilité : ce que nous proposons à chaque acteur

À l’État : Nous demandons un lissage immédiat de la hausse pour éviter le choc en une seule vague. Ce n’est pas une première : en 2022, le gouvernement Borne avait versé une indemnité carburant de 100 € à tous les travailleurs gagnant moins de 2 000 € nets. C’était une bonne mesure — mais insuffisante pour un territoire ultramarin où la dépendance à la voiture est structurelle et les revenus plus faibles qu’en métropole. Nous demandons une aide au moins équivalente, ciblée et majorée pour La Réunion, ainsi qu’un soutien spécifique aux flottes des TPE et PME qui n’ont aucune alternative à la voiture.

À la Région et au Département : Le surplus fiscal généré par l’inflation sur la TICPE — estimé entre 20 et 30 millions d’euros en 2025 — ne doit pas rester dans les tiroirs. Nous interpellons nos collectivités pour qu’elles le transforment en bouclier social concret : exonération ciblée de la TSCG pour les 50 000 ménages les plus modestes, soit 50 à 100 euros économisés chaque mois. La Région Occitanie a versé un chèque carburant à 500 000 foyers modestes — ce que d’autres régions ont fait, La Réunion peut et doit le faire. Et investissons dans l’isolation thermique des logements : un foyer mal isolé, c’est un foyer qui surconsomme en climatisation et multiplie les déplacements pour fuir la chaleur. Réduire la facture énergétique à la source, c’est aussi réduire la dépendance au carburant. La Guadeloupe l’a engagé avec 10 000 bénéficiaires via le Fonds Vert — La Réunion doit suivre cette voie. Ce n’est pas une dépense : c’est un investissement dans la dignité et l’autonomie de nos familles.

Aux compagnies pétrolières : Nous appelons la SRPP et TotalEnergies à prendre leurs responsabilités. Un gel volontaire des marges sur six mois, un fonds d’amortissement financé sur leurs bénéfices de crise — ce n’est pas une contrainte insurmontable pour des groupes de cette taille. En Martinique, la SRPP a absorbé 20 % de la hausse en 2022, économisant 15 millions d’euros aux consommateurs. La même solidarité est possible ici. Nous les y invitons — et nous y veillerons.

Préparer l’après : sortir structurellement de la dépendance au pétrole

Cette crise est aussi un révélateur. Saint-Louis, comme toute l’île, ne peut pas rester indéfiniment otage des cours mondiaux du baril. La transition énergétique n’est pas un luxe idéologique — c’est une nécessité économique et sociale.

Concrètement, nous proposons :

Des transports publics renforcés. Révisons les délégations de service public des bus pour doubler les fréquences à 1 euro le trajet. À Lyon, une politique volontariste a réduit l’usage de la voiture de 30 % en deux ans. Nous pouvons faire de même, à notre échelle et avec nos moyens.

Le covoyage et le télétravail comme leviers immédiats. Soutenons les plateformes locales de covoyage. Et promouvons le télétravail partout où il est possible : négocions 20 % de télétravail dans la fonction publique territoriale, encourageons-le dans les entreprises privées via un dialogue avec les partenaires sociaux et des incitations fiscales, et demandons à l’État d’étendre cette logique aux personnels administratifs de l’Éducation nationale. Chaque trajet évité, c’est du pouvoir d’achat préservé.

Un plan vélo ambitieux. 500 km de pistes cyclables sécurisées, financées via les fonds européens FEADER — c’est réaliste, c’est finançable, et c’est bon pour la santé de nos concitoyens.

1 000 bornes de recharge solaire. En partenariat avec EDF et la SRPP, financées par le Plan de Relance Outre-mer. La Réunion dispose d’un ensoleillement exceptionnel — il serait absurde de ne pas en faire un levier de souveraineté énergétique.

Ce que j’ai appris en allant à la rencontre des Saint-Louisiens

J’ai mené campagne dans chaque quartier de Saint-Louis. J’ai perdu ce rendez-vous électoral — je l’assume pleinement. Mais j’ai surtout entendu, dans chaque échange, dans chaque réunion de quartier, la même colère sourde : celle d’une population qui se sent abandonnée face aux hausses de prix, à la précarité énergétique, au sentiment que personne ne propose de solutions concrètes.

Cette tribune n’est pas une revanche électorale. C’est un appel à la responsabilité collective — à l’État, aux collectivités, aux entreprises, et à nous, militants de terrain qui devons être en première ligne quand la vie devient trop chère pour nos familles.

La gauche réunionnaise ne peut pas se contenter de dénoncer. Elle doit proposer, interpeller, construire. C’est le sens de mon engagement à Saint-Louis, au quotidien, avec et pour les habitants de notre commune.

« Une île qui subit ses crises sans les anticiper choisit lentement son déclin. Une île qui les affronte avec solidarité et vision choisit son avenir. »

Rémy Bourgogne
Secrétaire de la section PS de Saint-Louis

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