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Mémona Hintermann exprime son racisme et l’assume

« Si on ne peut pas évoquer l’homo sapiens à propos d’une personne noire, mais on est devenu dingue. » Mémona Hintermann est passée ce mardi à l’antenne de CNews pour faire la promo de son nouveau livre. Étonnamment, des propos choquants et racistes ont été prononcés en direct sur la chaîne par l’ex-reporter, en réaction à d’autres propos racistes de Jean Doridot quelques jours auparavant. Ce matin dans le 6/8 Ensemb, sur Antenne Réunion, elle a expliqué qu’elle « ne regrette pas ses (mes) propos, ils peuvent enlever mon nom du lycée ».

Le vendredi 27 mars, sur le plateau de CNews, le psychologue Jean Doridot dit lors d’un débat à propos du nouveau maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko : « Maintenant, c’est important de rappeler que l’Homo sapiens, nous sommes des mammifères sociaux et de la famille des grands singes. Et par conséquent, dans toute collectivité, dans toute tribu, nos ancêtres chasseurs/cueilleurs vivaient en tribus – il y a un chef qui a pour mission d’installer son autorité ».

« Tribu, grand singe » : le psychologue a bien choisi ses mots, et la comparaison n’est pas anodine.

La séquence est choquante, on voit déjà Mémona Hintermann présente ce jour-là sur le plateau, sans réelle réaction ou forme d’opposition face aux propos tenus. On pouvait encore se dire naïvement, même si elle est sur le plateau de CNews, que la Réunionnaise, née au Tampon, allait peut-être essayer de désamorcer ce qui vient d’être dit, mais non.

Quatre jours après, Mémona Hintermann revient sur le même plateau pour faire la promo de son nouveau livre. Quatre jours pendant lesquels elle a pu réfléchir à ce qu’elle allait dire :

Le mardi 31 mars, Mémona Hintermann revient, en fin d’émission, sur ces propos diffusés 4 jours avant et déclare : « Si on ne peut pas évoquer l’homo sapiens à propos d’une personne noire, mais on est devenu dingue, ça veut dire que c’est interdit ? » …

Elle s’exclamera même : « On va me dire que je suis raciste, mais venez ! Venez me dire que je suis raciste ! » Ben… oui du coup. Et ce n’est pas en disant qu’elle a des nièces « très très très noires et des neveux très très très blancs » pour dire qu’elle ne l’est pas que la tamponnaise réussit à convaincre. Le fait de rappeler sans cesse qu’elle vient de La Réunion ne constitue pas non plus un argument pour prouver qu’elle n’est pas raciste.

Mais ces propos à caractère raciste ne sont que l’arbre qui cache la forêt dans un discours qui, du début à la fin de l’émission, dénigre une France « qu’elle ne reconnait plus ». On l’entend, sans qu’elle le dise ouvertement : le problème de la France, c’est l’immigration et la diversité des cultures que cela amène. Son discours colle parfaitement à celui de la chaîne du groupe Bolloré et à son animateur vedette Pascal Praud, qui apparaitra comme ravi des propos tenus par l’ex-grande reporter. Pour elle, c’est sûr, « il est grand temps de réagir », notamment face à « un espace médiatique déconnecté de la réalité ». Comme quoi, avoir couvert les plus grands conflits des dernières décennies ne protège pas contre la bêtise.

Évidemment, ce n’est pas passé inaperçu pour la classe politique réunionnaise, qui n’a pas manqué de réagir, notamment au sujet du lycée de Saint-Denis qui porte son nom :

Huguette Bello, présidente de Région : « Qualifier – ou discuter publiquement de la qualification – d’ »Homo sapiens » un homme noir, c’est faire abstraction de toute une histoire : celle de la déshumanisation des personnes noires, depuis l’esclavage jusqu’aux pseudo-théories raciales du XIXe siècle. Ces déclarations, d’une gravité extrême, relèvent d’une banalisation intolérable du racisme. Elles traduisent une méconnaissance grave, un mépris de l’histoire et des blessures encore vives liées à la déshumanisation des personnes noires. Pendant des siècles, des discours prétendument savants ont servi à hiérarchiser les êtres humains, à justifier l’esclavage, la colonisation et les discriminations. Mémona Hintermann-Afféjee se situe ici dans la continuité de ces discours. Il est d’autant plus regrettable que de tels propos émanent d’une personnalité dont le nom a été donné à un lycée de La Réunion ».

Pour l’Union des femmes réunionnaises (UFR), même discours : « Les propos de Memona Hintermann, qui affirme qu’il serait normal et pas raciste de désigner une personne noire comme « Homo sapiens », franchissent une ligne rouge. Qualifier un individu d’« Homo sapiens » ne relève pas d’un simple choix de vocabulaire neutre. C’est un acte politique et une faute grave. Derrière une apparente neutralité scientifique se cache une violence symbolique bien réelle ». On se souvient encore de la science racialiste qui tentait de justifier la domination de l’Homme blanc sur l’Homme noir à partir du 17ᵉ siècle.

Le député Philippe Naillet lui est catégorique : le lycée doit changer de nom au plus vite. « Je demande solennellement que le lycée portant le nom de Mémona Hintermann-Afféjee à Bois-de-Nèfles soit débaptisé. Je condamne avec la plus grande fermeté les propos tenus par Mémona Hintermann-Afféjee sur un plateau de télévision. Ces déclarations, qui minimisent la gravité des attaques racistes subies par Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, sont inacceptables. Je réaffirme mon soutien plein et entier à Bally Bagayoko, victime de propos indignes. La République doit protéger ses élus et ses citoyens contre toute forme de discrimination ».

Ce jeudi sur Antenne Réunion, Memona Hintermann est revenue sur les réactions et notamment celle de la présidente de Région dans l’émission 6/8 Ansanm : « Je ne regrette absolument pas, car j’ai la définition du mot Homo sapiens sous les yeux. Moi, j’étais parti sur CNEWS pour parler de mon livre « Nos animaux nous réparent », qui aborde aussi La Réunion. En cours de route, comme cela se fait souvent sur les plateaux de télévision, je rappelle que je suis journaliste avec une carte de presse 2026, et que la liberté de la presse est garantie par la Constitution. Je souligne toujours que je viens de La Réunion ».

Elle ajoute ensuite avoir été traitée de « pute » et de « morue » par ses anciens collègues du journal réunionnais Témoignages lorsqu’elle y travaillait, et que cet élan de la gauche locale a son encontre n’a rien d’étonnant pour elle. Elle continuera en disant : « Quand mon nom a été donné à un lycée en 2019, étaient présents le personnel politique, la communauté éducative et l’ancien président de Région Didier Robert, qui me connaît bien et avait suivi ma carrière. Chez les communistes très à gauche, certains n’ont jamais accepté cette reconnaissance. Avec mon nom sur ce lycée figurent aussi ceux des enseignants qui m’ont ouvert les portes de la liberté, comme à de nombreux Réunionnais. J’imagine que des gens qui ne savent pas de quoi il retourne avec le terme « Homo sapiens » peuvent se laisser embobiner par cela. Je sais aussi qu’il y a de gros problèmes sur le prix des carburants à La Réunion et, au lieu d’en parler, on agite un chiffon rouge pour détourner l’attention du public ».

Au risque de perdre un lycée à son nom, Mémona Hintermann aura finalement gagné d’autres invitations sur le plateau de Pascal Praud, et son livre « Nos animaux nous réparent » aura peut-être un succès fou chez les auditeurs de CNews. De son côté, lui, Bally Bagayoko, continue de subir des propos racistes, haineux, moqueurs et bien d’autres encore.

Etienne Satre et Olivier Ceccaldi

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A propos de l'auteur

Etienne Satre

Journaliste, Etienne Satre a rejoint l'équipe en janvier 2024 en tant qu'apprenti journaliste. Il étudie à l'Institut de l'image de l'océan indien (Iloi) basé au Port.

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