LIBRE EXREPSSION
Au Proche-Orient, l’agression israélo-américaine contre l’Iran, menée sous prétexte de son enrichissement de l’uranium, a mis à feu et à sang toute la région du Proche Orient. La fermeture du détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite près de 1/4 du pétrole transporté par mer dans le monde, a encore aggravé la crise et fait flamber les prix de l’énergie, tout en menaçant les livraisons d’engrais chimiques et en perturbant les circuits d’approvisionnement mondiaux.
A La Réunion, les conséquences se lisent déjà dans les champs et dans les foyers alors que la situation était déjà alarmante avant la guerre. Ainsi selon les chiffres officiels : en 2024, l’île a importé plus de 7,1 milliards d’euros de biens pour seulement 413 millions d’euros exportés, soit un rapport d’environ 1 à 17 entre ce qui entre et ce qui sort.
Dans l’alimentaire, la dépendance est encore plus brutale : 77% des volumes consommés sont importés, ce qui signifie que la production locale ne couvre qu’environ 23% des besoins. Et si cette grave crise venait à bloquer durablement les flux, La Réunion ne disposerait que de 4 à 8 semaines de réserves d’autosuffisance dans ses dépôts pour nourrir sa population.
Sur l’échiquier mondial, les règles sont pipées et les coups de maître se négocient ailleurs mais les plus vulnérables, eux, en paient immédiatement le prix : les familles, les agriculteurs planteurs, les petits commerçants, les transporteurs, et tous ceux qui vivent déjà au plus juste chaque jour.
A contrario, à titre d’exemple dans l’actualité récente, TotalEnergie annonce plus de 200 milliards de dollars de chiffre d’affaires sur la seule année 2025, alors que parallèlement la flambée des prix, nourrie justement par l’énergie, frappe de plein fouet les marmites réunionnaises. Riz, grains, huile, pâtes, lait, farine : tout ce qui remplit les assiettes des familles devient plus cher. Ce système est profondément injuste, et son cynisme difficilement acceptable.
En amont et derrière la hausse des prix alimentaires se cache une réalité plus structurelle : la dépendance énergétique de notre agriculture.
En effet, cette vulnérabilité insulaire n’a malheureusement rien d’abstrait. Notre agriculture traditionnelle est bien l’un des secteurs les plus exposés aux chocs énergétiques, parce qu’elle dépend directement du carburant, des transport maritimes et terrestres, du stockage, de la distribution, la coordination des flux et les intrants chimiques destinés à l’agriculture… soit l’ensemble de la chaine logistique intégrée.
Cette fragilité est vécue de manière différente par les agriculteurs bio qui tentent de développer des stratégies de résistance en faisant de leurs champs un acte de défense tout en privilégiant les engrais organiques, les circuits courts du producteur au consommateur, la vente directe, tout en mutualisant certains coûts pour préserver le prix final des produits péi, de qualité et sains.
A Saint-Philippe, Arlain Huet, producteur de cannes à sucre bio et de ses dérivés, voit ses efforts récompensés. Même s’il ne cache pas son inquiétude sur la hausse du carburant, l’entreprise familiale -le Kossassa- cultive, produit et assure la transformation de ce qu’elle vend comme le galabé de nos grands-parents, le sirop la cuite, le jus de canne pasteurisé, les rhums agricoles bio et même…du vinaigre balsamique de canne. Pour lui « l’autosuffisance n’est pas une utopie ».
Au pied du Piton des Neiges, Eliard Techer, maraicher bio et co-organisateur du « Cilagro », un des plus grands marchés de producteurs locaux à ciel ouvert, connaît la même confiance. Ses activités en agriculture raisonnée lui offrent une opportunité touristique en développant un gite au cœur de son exploitations. Ainsi, les visiteurs viennent séjourner, gouter aux produits bio sains issus directement de la ferme et découvrir une agriculture respectueuse de l’environnement. Lui non plus ne nie pas la crise et ses répercussions sur les factures d’électricité et d’eau mais à ses yeux « la filière bio est l’alternative la mieux adaptée ».
Ibrahim Moullan, lui aussi agriculteur bio sur Saint-Joseph et Sainte-Rose, propose l’organisation sur l’ensemble du territoire de points de vente directe de la terre à l’assiette, soit un maillage au plus proche des consommateurs. Cette initiative, largement partagée par l’ensemble des petits exploitants et attendue par les ménages, nécessite les soutiens financier et technique majeurs des collectivités ainsi que de la Chambre d’Agriculture, SAFER et autres organismes dédiés, et ce dans les meilleurs délais.
Enfin, depuis plusieurs années, le collectif Oasis Réunion alerte sur la nécessité de construire une agriculture durable, sans pesticides chimiques et plus ancrée dans les besoins réels du territoire. Ce groupement appelle à la tenue urgente, dès cette année 2026, d’un réel tour de table avec une concertation sérieuse de l’ensemble des acteurs politiques, économiques et sociales autour des États Généraux Réunionnais de l’Agriculture et de l’Alimentation durables et résilientes (EGRAALIM).
Ainsi ce que révèle ce choc économique mondial, à l’issue encore incertaine tant à sa durée qu’à son impact, consiste en l’existence d’une véritable dynamique de fond, enracinée au cœur même de nos terres, et portée par une volonté collective de sortir de la simple logique de marchés pour offrir une solution économiquement viable, respectueuse de sa terre et de la santé de sa population.
Parce qu’un territoire qui ne maîtrise plus sa production et son alimentation devient un territoire vulnérable aux cyclones stratégiques et politiques, nourrir les siens n’est pas un slogan : c’est un combat. Et ce combat mérite enfin d’être mené par tous dans un même élan libérateur à la hauteur de l’urgence !
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