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Racisme et transphobie décomplexés dans les commentaires : est-ce cela le monde de demain ? 

EDITO

Hier soir, alors que je finissais ma journée et rédigeais un dernier article, ma compagne m’envoie une publication de Médiapart « Une semaine de canicule en France : les amalgames racistes en roue libre » avec ce message : « Les commentaires sous cet article sont lunaires. » 

Intrigué, je fonce voir même si je pense savoir à quoi je dois m’attendre. « Mediapart, journal de proto-collaboration », « toujours les mêmes qui foutent le bordel en France, ils ne feraient pas ça chez eux », « en fait chez Mediapart, même un terroriste a des raisons de tuer ». L’article cherche à expliquer la problématique d’avoir montré des images de jeunes, pour certains issus des quartiers populaires, et d’en avoir fait un problème alors même que Paris connaissait ces derniers jours un phénomène de canicule avec des points frôlant parfois les 40°C. Des jeunes qui cherchent la fraîcheur, sautent dans le canal Saint-Martin (les JO sont finis donc stop à la baignade), ouvrent des vannes d’eau et hop la sphère raciste se déchaîne. 

Dans les commentaires, l’amalgame est là, ces jeunes « ne feraient pas cela chez eux », sous-entendu, ils ne sont pas chez eux, pas français car descendants d’immigrés. Ce rejet, on l’entend également lorsque Mediapart est comparé à un média collabo. Qui sont les collabos ? Ceux qui travaillent avec l’ennemi étranger contre leur nation. Mais le dernier commentaire cité va plus loin. 

En est-on arrivé au point où des jeunes issus de l’immigration sont assimilés à des terroristes qu’on excuserait d’avoir tuer ? Au vu du dispositif policier qui a été déployé dans les rues parisiennes pour traquer ces jeunes, on pourrait le penser. Je revois ces vidéos de jeunes en short, fuyant la police pour éviter un contrôle alors qu’ils ne faisaient que sauter dans l’eau. 

Mais le racisme n’a pas de frontière et s’exporte partout. Sous une vidéo de Réunion la 1ᵉʳᵉ qui montre des femmes mahoraises qui mettent à l’honneur au Port le Débaa, un art musical originaire de Mayotte et des Comores, les commentaires racistes fusent. Ces femmes et, à travers elles, la communauté mahoraise sont accusées de ne pas s’intégrer, de transformer l’île de La Réunion qui serait devenue « une île de l’archipel des Comores » « envahie d’une autre race » qui ne serait là que « pour profiter des allocations familiales ».

Surprise aussi ce matin sous notre article consacré à Naomie Joseph et à la fouille qu’elle a subie dix jours auparavant à l’aéroport Roland Garros. Dans un commentaire depuis masqué, un homme déclare : « Arrêtez les LGBT de vous faire remarquer ! Vous inventez des nouveaux genres et vous vous offusquez qu’il n’y ait que des hommes et des femmes autour de vous. » Je me réveille et me demande s’il est devenu si difficile dans le monde actuel d’exister et de laisser exister les autres autour de nous ? Nous vivons une époque où la complexité de la pensée semble devenue une gymnastique de l’esprit qui se perd. 

Tout n’est pas perdu néanmoins. Dans cet amas d’amalgames racistes, il y a aussi des dizaines, voire des centaines de commentaires qui les condamnent et les combattent. Je pense à Edgar Morin, résistant, penseur, philosophe décédé la semaine dernière à l’âge de 104 ans et qui toute sa vie nous a poussés à comprendre, à aller vers l’autre. Je pense à ce monde où les espaces collectifs disparaissent et où l’occupation de l’espace public est de plus en plus encadrée et restreinte. Je pense à nos libertés qui elles aussi se restreignent et je me dis que la première liberté, celle qu’il faut à tout prix préserver et défendre, c’est celle d’être et de laisser être. 

Olivier Ceccaldi

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A propos de l'auteur

Olivier Ceccaldi

Photojournaliste, Olivier a tout d'abord privilégié la photographie comme support pour informer notamment sur les réalités des personnes exilées face à la politique migratoire de l'Union européenne. Installé sur l'île de La Réunion depuis 2024, il travaille principalement sur les questions de société et de l'héritage.

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