⏱️ Temps de lecture estimé : 4 min(s)

🎧

Lutter contre l’errance animale en tuant : une stratégie éculée

ÉDITO

Alors qu’un amendement permettant aux lieutenants de louveterie d’intervenir contre les chiens errants dans les outre-mer a finalement été retiré du projet de loi sur la souveraineté agricole, la question de l’errance animale demeure entière. À La Réunion comme ailleurs, les attaques sur les troupeaux continuent tandis que les refuges saturent et que les euthanasies se multiplient. Face à un problème structurel, la tentation de la mise à mort ressurgit régulièrement, sans jamais traiter les causes profondes de l’errance.

Le 2 juillet 2026, le Sénat avait adopté en première lecture une mouture du projet de loi sur la souveraineté agricole qui stipulait dans l’article 14 du titre III, que « en Guadeloupe, en Guyane, en Martinique, à La Réunion et à Mayotte, les lieutenants de louveterie peuvent concourir, à la demande du représentant de l’État, à la prévention et à la lutte contre les attaques de chiens errants et divagants ».

Très vite, le vote de cet alinéa a provoqué un tollé parmi les défenseurs des animaux et quelques jours plus tard, alors que le texte était débattu en commission mixte paritaire, cette partie a finalement été retirée. Pourtant, le problème des chiens errants qui attaquent des troupeaux ou même des humains est bien réel sur les territoires ultramarins avec près de 500 bêtes préparées par des chiens errants en 2025 en Martinique et à La Réunion, plusieurs attaques dénombrées ces dernières années sans qu’aucun chiffre précis ne soit donné. 

L’île ne compte pourtant que 3 refuges ne pouvant accueillir que 135 chiens alors que les derniers chiffres du site stoperrance.re dénombrent plus de 30 000 chiens errants. Les associations de protection animale se retrouvent obligées de supporter le poids d’une politique inadaptée des pouvoirs publics. En mars 2023, lors d’un entretien avec Parallèle Sud, le sous-préfet Jean-Paul Normand rappelait ces mêmes chiffres, les datant de 2018 et depuis, ceux-ci n’ont pas évolué et chaque jour, on peut encore constater la quantité de chiens morts sur le bord de la route ou errant seul en bord de mer ou dans les écarts. 

Une situation qui entraîne de nombreux placements en fourrière et un nombre très élevé d’euthanasies avec, toujours selon le site stoperrance.re, près de 9000 chiens et chats capturés chaque année et environ 12 000 animaux tués sur les routes ou euthanasiés. Alors face à une politique qui n’endigue pas le problème, l’homme fait ce qu’il sait faire de mieux, organiser la mort. C’était pareil avec le requin : face à un animal sauvage que l’on ne comprend pas, quoi de plus évident que de le faire disparaitre ? Selon les chiffres du Centre de sécurité requin, entre août 2022 et février 2026, c’est 328 requins qui ont été tués, dont 308 tigres et 20 bouledogues.

Il n’est d’ailleurs pas anodin que les quelques lignes évoquées en début d’article se soient retrouvées dans un chapitre intitulé « Simplifier les procédures pour défendre les cultures et les troupeaux contre les dégâts causés par la faune sauvage ». Dans ce même article 14 est mentionné les prélèvements de loups, « mesure de gestion ». Pourtant, d’autres solutions que la mise à mort du loup, espèce protégée, existent, comme l’aide à la protection des exploitations qui vise à favoriser l’adaptation des activités d’élevage en présence de prédateurs. 

Grâce à cette aide, pour laquelle il faut déposer un dossier, l’éleveur peut réfléchir à plusieurs solutions non létales pour le loup : gardiennage renforcé, chiens de protection (patou), clôtures électrifiées. Pour les chiens errants, les associations appellent à des mesures similaires mais surtout, à un plan d’action plus global avec des campagnes de stérilisation, d’identification et de vaccination en masse. 

Si l’amendement a depuis été retiré et que le texte voté ne fait plus du tout référence aux prélèvements de chiens errants, le problème reste entier. Les 13 et 21 juillet 2026, Freedom relatait deux attaques de chiens errants : plusieurs cabris tués à Bras Sec et des volailles mortes à Piton Hyacinthe. Trente ans après le retour du loup, la France a appris qu’il fallait investir dans la coexistence plutôt que dans l’éradication. À La Réunion comme dans les autres outre-mer, la question n’est peut-être plus de savoir comment éliminer les chiens errants, mais pourquoi les moyens nécessaires pour prévenir leur errance continuent de manquer. Tant que cette question restera sans réponse, les euthanasies se poursuivront sans que le problème ne disparaisse.

Olivier Ceccaldi

164 vues

A propos de l'auteur

Olivier Ceccaldi

Photojournaliste, Olivier a tout d'abord privilégié la photographie comme support pour informer notamment sur les réalités des personnes exilées face à la politique migratoire de l'Union européenne. Installé sur l'île de La Réunion depuis 2024, il travaille principalement sur les questions de société et de l'héritage.

Ajouter un commentaire

⚠︎ Cet espace d'échange mis à disposition de nos lectrices et lecteurs ne reflète pas l'avis du média mais ceux des commentateurs. Les commentaires doivent être respectueux des individus et de la loi. Tout commentaire ne respectant pas ceux-ci ne sera pas publié. Consultez nos conditions générales d'utilisation. Vous souhaitez signaler un commentaire abusif, cliquez ici.

Articles suggérés

S’abonnerFaire un donNewsletters
Parallèle Sud

GRATUIT
VOIR