ÉDITO
31 mai 2002. J’ai 13 ans. La Coupe du monde Corée/Japon a démarré depuis plusieurs jours. Cet après-midi les Bleus vont disputer leur premier match contre le Sénégal. Tout le monde y croit, on est champions du monde et d’Europe en titre. Les joueurs sont partout à la télévision (on se souvient de Marcel Desailly et sa pub pour SFR). Zidane est blessé mais reste quand même le meilleur numéro 10 de la planète (promis, j’adore Ronaldinho et le Brésil à cette époque, mais personne n’arrive à la cheville de ZZ). Cette année, les meilleurs joueurs de la planète vont s’affronter après nous avoir fait vibrer à la télévision dans une pub anthologique de Nike, The Cage.
J’habite rue Poulet à Paris dans le quartier de Château Rouge dans le 18ᵉ arrondissement. Ce jour-là, quand je sors de chez moi, tout est calme mais on sent que l’atmosphère est chargée. Dans le quartier et au collège, tout le monde ne parle que du match qui va se jouer en plein milieu de la journée. Je rentre pour le déjeuner, j’arrive à voir les 20 premières minutes du match qui a débuté à 13 h 30. Dans chacun des salons de coiffure de la rue, les gens sont devant un écran. Sur le chemin, explosion de joie, le Sénégal vient de marquer par l’entremise de Papa Bouba Diop.
J’arrive au collège, tout le monde est dans l’attente. En 2002, on n’a pas encore de téléphones portables et on scrute le moindre bruit qui pourrait provenir des habitations environnantes. On espère tous un but pour égaliser. Finalement, je sors de cours vers 16 h. Le bouche-à-oreille a déjà fait son effet, tout le monde en classe sait que la France a perdu. Dehors, c’est l’effervescence. C’est le Sénégal qui a gagné, mais pour les diasporas africaines du quartier, c’est tout le continent qui célèbre. Il faut comprendre, les Lions de la Téranga viennent de battre les champions du monde en titre. Pour le jeune garçon que je suis alors, je ne vois que l’échec de mes héros.
16 juin 2026. Plus de 24 ans ont passé depuis ce jour. Les années ont passé. La France a connu l’échec de 2002, le fiasco de Knysna et l’épisode du bus en 2010. Elle a aussi connu sa deuxième étoile en 2018 en battant la Croatie en finale. Le Sénégal, de son côté, sort d’une période compliquée après avoir perdu la dernière Coupe d’Afrique des nations sur décision après l’avoir gagnée sur le terrain.
Les deux équipes ont changé mais j’imagine, même si je n’y habite plus, que rue Poulet, aujourd’hui, l’atmosphère sera toujours aussi chargée d’émotions.
Olivier Ceccaldi


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