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Le film Mayotte, île sous domination, révèle un débat toujours à vif

Le dimanche 26 juillet, le documentaire “Mayotte, île sous domination” a été projeté à Saint-Denis dans le quartier de La Source. Alors que le film dénonce ouvertement la politique coloniale de l’État français à Mayotte, la discussion post-projection a montré comment le débat autour de cette question est toujours aussi délicat. 

« Koman i lé la Sours ? » Pas de doute, on était bien au bon endroit ce dimanche 26 juillet alors que la grande fresque représentant Madeleine Beauséjour, réalisatrice du premier film réunionnais au titre éponyme, nous accueillait dans le quartier même où le tournage avait eu lieu. 

Mais Parallèle Sud n’était pas présent pour assister à la projection de ce joyau du cinéma réunionnais, mais plutôt pour voir la première projection du documentaire Mayotte, île sous domination sur le sol réunionnais. Une projection organisée par Révolution Permanente, Laurent Pantaléon, l’association Klaxon et l’association Noulafé Nouléla, qui nous accueillait sur ses terres. 

Un petit jus, des petits samoussas et hop chacun à sa place, le film commence. Réalisé par Pauline Le Liard et Mathilde Detrez, deux anciennes travailleuses sociales à Mayotte, et Carol Sibony, le film va droit au but : si le cyclone Chido a dévasté l’île, l’ampleur des dégâts révèle une absence d’investissements antérieurs de l’État français ainsi qu’un traitement différencié de la population. Une « ingénierie démographique » dénoncée à plusieurs reprises durant les 52 minutes de projection, notamment concernant les distributions d’eau post-cyclone soumises à la présentation d’un papier d’identité en règle et/ou parfois d’un justificatif de domicile. 

Le film va plus loin en revenant sur un narratif des pro-Mayotte française qui aurait séparé, après le vote du 22 décembre 1974, le peuple comorien avec d’un côté Maori (Mayotte) et de l’autre ses trois îles sœurs : Ngazidja (Grande Comore), Mwali (Mohéli) et Ndzuani (Anjouan). Une critique qui n’a pas plu à certains membres de l’assistance – notamment deux jeunes femmes manifestement venues pour critiquer le positionnement du film – qui se sont fait entendre dès la fin du film et la prise du micro par Laurent Pantaléon pour lancer le débat. 

Mayotte colonisée mais non dominée

« L’avenir de Mayotte doit être discuté par les Mahorais ». Voilà un des arguments qui ressort à plusieurs reprises à la fin du film, qui ne présenterait pas assez de témoignages de personnes mahoraises. Une spectatrice, « Mahoraise avec des origines réunionnaises », s’est dite « écœurée » par la représentation faite de Mayotte. Un film qui, d’après elle, ne « respecte pas la parole des Mahorais » et le choix fait en 1974 de se séparer de l’archipel des Comores. 

Un homme, qui se présente comme Mahorais et fonctionnaire travaillant à La Réunion, le reconnait d’ailleurs : « Peut-être nous sommes colonisés, mais c’est une colonisation acceptée. » Les pro-Mayotte française présents vont opposer peu d’arguments concrets et surtout avoir une critique envers LE problème mahorais, à savoir l’immigration clandestine. 

Mayotte, et l’invasion migratoire 

Très vite, le débat s’est déplacé vers un autre sujet : l’immigration. Le film dénonce, tout du long, la « migrantisation » des problèmes de Mayotte et un discours post-Chido qui a tenté de cacher les dysfonctionnements (on parle d’atteintes aux droits de l’Homme, de l’enfant, de lois d’exception, de lois bafouées…) sous le vernis de l’invasion comorienne (et africaine). Lors du débat, c’est d’ailleurs vers cela que s’est dirigée le plus gros de la critique : trop de migrants qui parlent, alors même que leurs témoignages permettent de dessiner les contours de la politique migratoire menée sur l’île ; un documentaire qui fait parler un ancien passeur, amputé des deux jambes par une vedette de la police aux frontières alors qu’il tentait de traverser le bras de mer séparant Mayotte d’Anjouan, « victime d’un accident du travail », se moque une militante de la départementalisation. 

Des critiques qui reprennent les discours de l’extrême droite et surtout, qui manquent de fond. Concernant le supposé passeur qui parle dans le documentaire, il s’agit en fait de Farid Djassadi, Comorien de 31 ans qui n’a jamais été accusé ou même reconnu coupable par la justice française pour un rôle présumé de passeur. Une affaire relatée dans un article du journal Le Monde en septembre 2025, dans lequel il racontait être tombé à l’eau après que le bateau de la PAF avait percuté son embarcation « à plusieurs reprises ». Tombé à l’eau, l’embarcation des policiers lui est alors passée dessus et l’hélice lui passe dessus et le blesse aux jambes. Il sera amputé des deux jambes à l’hôpital.

Dans la suite de son discours, la militante compare même les « clandestins » à des personnes qui s’imposeraient chez leur voisin : « Est-ce que je vais m’imposer chez mon voisin parce qu’il a une piscine et que je n’en ai pas ? » La politique migratoire et les milliers de morts mentionnés dans le documentaire ne sont à aucun moment évoqués.

« Mayotte, c’est La Réunion d’il y a 50 ans »

Mais lors des prises de parole, au-delà de l’indignation vis-à-vis des propos tenus sur l’immigration et la colonisation acceptée, c’est surtout la ressemblance avec La Réunion du temps lontan qui a frappé certains des spectateurs.

Mathieu Raffini, membre du collectif Réunion Palestine, a évoqué les événements du cyclone Jenny en 1962 et la loi votée par la suite, en 1964, qui avait alors favorisé la résorption des bidonvilles et facilité les expropriations. Le cyclone Chido a permis le vote de différents textes qui ont eu des impacts à différents degrés sur les plus précaires : interdiction de vente de tôles aux personnes sans documents, renforcement des expulsions, réforme du droit du sol. 

Un autre spectateur, ému lors de sa prise de parole, voit dans les images de Mayotte celles de « La Réunion de ses (mes) grands-parents » et moi, dans les clivages entre Mahorais et Comoriens, une opposition construite par le système pour favoriser l’exploitation des plus faibles « qu’ils soient mahorais ou comoriens ». 

Mayotte – La Réunion, même combat

Mayotte, île sous domination, un film pour lutter ensemble ? C’est sous cet angle que le perçoit Julien Bègue, militant au sein de Révolution Permanente, partenaire du film et de sa projection : « Ce film n’a pas pour but d’opposer comoriens contre mahorais. On est fiers de le présenter avec une perspective anti-impérialiste et anticoloniale ». Un documentaire que le militant voit comme un objet de lutte contre la bourgeoisie et l’élite mahoraise qui profitent de la politique que mène l’État français. 

Un impérialisme français dans l’océan Indien critiqué ouvertement par plusieurs autres spectateurs, dont certains ont appelé à une démilitarisation de la zone alors qu’un nouveau projet de base militaire est discuté pour Mayotte et que la lutte des Chagossiens contre la base militaire américaine sur l’archipel des Chagos est toujours d’actualité. 

Olivier Ceccaldi

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A propos de l'auteur

Olivier Ceccaldi

Photojournaliste, Olivier a tout d'abord privilégié la photographie comme support pour informer notamment sur les réalités des personnes exilées face à la politique migratoire de l'Union européenne. Installé sur l'île de La Réunion depuis 2024, il travaille principalement sur les questions de société et de l'héritage.

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