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Autonomie : le mot interdit ?

ÉDITO

Après les déclarations de Jean-Luc Mélenchon sur l’autonomie de certains territoires ultramarins, les réactions indignées n’ont pas tardé. À La Réunion, certains élus ont choisi de répondre par l’invocation de menaces contre la République. Pourtant, entre autonomie et indépendance, la différence est de taille. Et si le véritable sujet était moins l’autonomie elle-même que la peur d’en débattre ?

Le dimanche 7 juin, lors de son meeting de campagne à Saint-Denis (dans l’Hexagone), Jean-Luc Mélenchon a osé prononcer le mot interdit : « autonomie ». Pour la droite et la droite de la droite et la droite de la droite de la droite et… (je me perds mais on se comprend), il n’en fallait pas plus pour lui tomber dessus. C’est comme lorsque Harry Potter prononçait le nom de Voldemort dans le tome 1 de la saga éponyme. 

À La Réunion, la droite péi ne s’est d’ailleurs pas fait prier pour réagir avec l’envoi d’un communiqué de presse de l’association des maires départementalisés de La Réunion signé par son président, Olivier Rivière. Dans le texte, on peut lire que « la République ne se négocie pas, elle se défend », que « la République est une et indivisible ». Le maire de Saint-Philippe semble faire un amalgame entre l’indépendance citée pour la Nouvelle-Calédonie et l’autonomie citée pour les territoires tels que la Corse, la Guyane ou encore La Réunion. 

Ces deux termes, s’ils semblent frères, sont tout de même éloignés tant ils ne donnent pas naissance par leur acceptation aux mêmes réalités. Là où l’indépendance crée de facto une scission avec l’État français et donne toute marge de manœuvre aux populations kanaks pour inventer ou réinventer un mode de fonctionnement, l’autonomie suppose que les territoires concernés restent attachés à la France tout en étant reconnus dans leurs spécificités. 

Le communiqué cite les référendums passés en Nouvelle-Calédonie, des sondages à La Réunion qui refuseraient « l’abandon » qui serait promis par Jean-Luc Mélenchon. Pourtant, personne ne peut nier que le débat sur l’autonomie à La Réunion existe et la tribune sur le privilège zorey que nous avons publiée hier dans nos colonnes montre qu’une partie de la population réunionnaise demande du changement. 

En accusant Jean-Luc Mélenchon d’un « abandon des territoires, des principes républicains et de la démocratie », l’association des maires départementalistes se pose en faux, tant l’ouverture d’un vote des populations concernées promise par le candidat de La France insoumise nous ramène aux fondements mêmes de la démocratie, c’est le pouvoir au peuple.

En se considérant « les gardiens de la laïcité, du lien indéfectible qui unit la France à La Réunion et de la cohésion sociale », les maires départementalistes laissent sous-entendre que Jean-Luc Mélenchon et ses soutiens locaux viseraient le chaos ; seraient des séparatistes et des ennemis de la République. Une lecture et un discours qui restent très proches de ceux que l’on peut entendre de la part des cadres du Rassemblement national. 

Pourtant, en appelant « au respect des populations et à la volonté de les aider (les peuples) à se libérer de toutes les dépendances et domination », le candidat insoumis ne fait que reprendre le principe d’autodétermination des peuples et prendre en compte les réalités locales parfois peu entendues et écoutées à Paris. 

Finalement, entre ceux qui veulent étouffer le débat sous des peurs irraisonnées et celui qui promet « aucun tabou » sur le sujet de l’autonomie, lequel des deux réfute les principes fidèles à notre régime démocratique ? 

Olivier Ceccaldi

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A propos de l'auteur

Olivier Ceccaldi

Photojournaliste, Olivier a tout d'abord privilégié la photographie comme support pour informer notamment sur les réalités des personnes exilées face à la politique migratoire de l'Union européenne. Installé sur l'île de La Réunion depuis 2024, il travaille principalement sur les questions de société et de l'héritage.

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