ÉDITO
Tir malol dann zié. Au fur et à mesure que la planète des hommes se rassit sous les coups de boutoir du populisme, du fascisme, de l’ultra-libéralisme « win-win » et de l’ultra-identitaire, des réactions d’humains apparaissent dans le vacarme. Ben oui, le dézord, c’est du bruit. In your face, dans ta gueule, taba dan out boush…
Qu’est-ce que je veux dire par là ? « Zorey déor », voilà la réponse.
C’était écrit sur les murs à certaines époques, et plus souvent qu’aujourd’hui. Dès les années Debré, on pouvait débarquer de métropole et comprendre ce cri de colère. Et même le porter parce qu’il dénonce un système hérité du colonialisme, lui-même hérité de l’esclavagisme. C’est pas difficile à comprendre sauf par ceux qui y voit du racisme et nous traiteront donc — tous ces zorey qui critiquent ce système délétère — comme des « traitres à la race ». Rasist zot mèm.
Voir dans l’actuelle mise en exergue du « privilège zorey » un réflexe raciste, qu’il faudrait censurer — « Ouh, les vilains médias qui lui donnent de la visibilité » — et réprimer — « Mais que fait le préfet ?» — est bien le signe de cette matière gluante qui s’accumule au bord des paupières.
Ces yeux chassieux ont toujours du mal à repérer que le décor évolue. Ils n’ont pas vu venir le mouvement #MeToo. Ils ne distinguent rien du pourquoi des traumatismes jamais réparés de l’histoire. Ils s’écarquillent quand tombent les dominations patriarcales et managériales. Ils se ferment quand celui qu’on qualifiait de séducteur est redessiné par ses victimes comme un violeur. Et ce sont les victimes qui ont raison parce qu’elles ont été violentées à l’inverse des témoins éloignés qui croient tout savoir…
Tir malol dann zié. Tu as vu tomber Depardieu. Tu vois la chute brutale de Bruel… Des hommes, des Blancs. Tous les hommes blancs ne sont pas des salauds, loin s’en faut, mais leur catégorie d’hommes blancs a bien contribué à leur dérive.
Il n’y a plus guère que les fachos pour appeler à la censure et à la répression de ceux qui crient : Bruel déor, Rosello déor, zorey dominèr déor…
Tir malol dann zié quand tu cherches des circonstances malheureuses pour défendre, ici à La Réunion, un Luc Rosello, ancien directeur du Centre dramatique national de l’océan Indien, ancienne personnalité toute-puissante de la sphère culturelle dominante. Sors de ce corps, de cette race, de cette caste : tu n’as pas à le défendre.
Pourquoi je remets une couche sur l’ancien directeur du CDNOI ? Parce que, après que Parallèle Sud a porté la voix des filles victimes et d’une actrice, Isabelle Kichenin, racontant sa perversité, je viens d’apprendre que Nicolas Givran, metteur en scène réunionnais, a fait une déposition pour dénoncer sa « malfaisance » : « il allait chercher des gamins fragiles comme moi et jubilait en nous refaisant jouer nos traumas ».
Il n’y a rien à racheter dans ces comportements-là à part n’y voir que le souvenir d’une sale époque révolue. Eh oui, ce qui ne se dénonçait pas hier — au prix d’un silence douloureux — se crie aujourd’hui.
I fé dézord. Taba dan out boush. Il faut que la douleur s’exprime pour pouvoir ensuite la soigner. Les auteurs de ces actes (viols, dominations, abus…) sont seuls à se défendre — et ils doivent légitimement se défendre — mais qu’ils ne comptent plus sur leur caste pour les soutenir. Il n’y a plus guère que les fachos pour appeler à la censure — comme le maire RN de Castres qui a interdit un spectacle compatissant avec le sort des réfugiés — et à la répression de ceux qui crient : Bruel déor, Rosello déor, zorey dominèr déor…
Franck Cellier


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