manifestation à Saint-Denis des élus maires contre la réduction des Pec , emploi donn kreol travay

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[Mediapart] Fin du dispositif des « contrats aidés » : un séisme social sur l’île de la Réunion

En annonçant réduire drastiquement tant le nombre que la durée des contrats « Parcours emploi compétences » (PEC), un dispositif étatique de soutien à l’emploi massif à La Réunion, la préfecture a suscité une fronde de tous les maires de l’île et soulevé une grande inquiétude parmi la population. Menaces sur la rentrée scolaire, bombe sociale à retardement, c’est la fin d’un système. Cet article est paru chez nos amis de Mediapart.

Maeva (les salarié.e.s cité.e.s par leur prénom ont requis l’anonymat) ne gagne que 878 euros par mois et a du faire des pieds et des mains pour obtenir son troisième contrat en quinze ans : elle travaille comme « agent polyvalent » dans une école primaire de la capitale, Saint-Denis. « À chaque fois, j’ai dû supplier des élus, courir de mairie annexe en bureau de la mairie centrale et démontrer à plusieurs reprises mon éligibilité, fournir d’innombrables documents et attendre qu’on me rappelle après que mon dossier a été perdu, se souvient la mère de famille, un peu désabusée et surtout inquiète à l’idée que ce troisième « contrat aidé » de quelques mois sera le dernier. J’ai 53 ans. À La Réunion, il n’y a pas d’opportunité pour les séniors, seulement de la propagande pour nous faire croire le contraire. Les « petits contrats », c’est injuste, un sale système avec de la magouille et des personnes qui en profitent, mais c’est tout ce qu’on a. Au mois d’octobre, comment est-ce que je vais faire pour aider mon mari à payer les dépenses de notre foyer et les crédits qu’on a sur le dos ? »

Maeva n’est pas la seule à envisager avec crainte la prochaine rentrée scolaire. Depuis l’annonce, en mai dernier, d’une baisse sévère de l’enveloppe consacrée aux « contrats Parcours emploi compétences (PEC) », les maires de l’île se sont constitués en collectif de lutte et l’un d’eux a même annoncé publiquement qu’il n’ouvrirait pas les écoles si l’état ne revoit pas sa copie

L’année dernière, la préfecture a financé à 50% 10 000 contrats PEC d’une durée de dix mois, en 2026, il n’est plus question que de 4 000 contrats, d’une durée de six mois, avec un taux de prise en charge étatique de 40%. En 2010, les « contrats aidés » étaient au nombre de 25 000 financés à 60% par Paris.

« Au début de l’année 2026, presque 50% de l’effectif total de la mairie du Tampon était en contrat PEC », décrit avec effarement le nouveau maire (LFI) de la commune des Hauts, Alexis Chaussalet. L’édile, qui a fait campagne contre le clientélisme et le « mal-emploi » à La Réunion, se refuse pourtant à faire comme son collègue qui menace de garder les écoles fermées, ce qui reviendrait selon lui à « faire du chantage à la continuité du service public ». Première conséquence, à la mairie du Tampon, « un exercice contraint de réorganisation et d’optimisation. Malheureusement il sera impossible de remplacer chaque contrat PEC par un CDD ou un CDI, cela est tout simplement impossible budgétairement. »

La pilule du « nouveau contexte »

Contactée, la préfecture de La Réunion nous a fourni une réponse écrite où on peut lire que « La Réunion demeure, en 2026, le premier territoire bénéficiaire du dispositif Parcours emploi compétences (PEC), concentrant à elle seule 25 % de l’enveloppe nationale. (…) Si les inquiétudes exprimées publiquement par les élus demeurent fortes quant aux conséquences de cette évolution pour les communes, plusieurs collectivités ont d’ores et déjà reconnu les limites de ce dispositif, qui maintient les bénéficiaires dans la précarité et ont engagé un travail d’anticipation pour adapter le fonctionnement de leurs services à ce nouveau contexte. »

Un « nouveau contexte » en forme de pilule difficile à avaler pour de nombreux autres acteurs que les mairies ayant basé leur fonctionnement sur la manne étatique. « Pour les emplois verts gérés par la collectivité, le nombre de PEC passe de 700 à 250 sur six mois, avec un taux de prise en charge à 41 %. Dans ces conditions, le dispositif d’emplois verts, qui a fait ses preuves, est déstabilisé, écrit le conseil régional de La Réunion dans un communiqué au ton offensif, publié le 6 mai dernier. La communication de ces chiffres est l’illustration éclatante du décalage entre les décisions budgétaires prises par le Gouvernement et la réalité sociale. C’est bien une catastrophe sociale, économique et environnementale qui se dessine pour La Réunion. »

« Quand je suis rentré à La Réunion après avoir travaillé plusieurs années en France, j’ai regardé les offres d’emplois disponible dans la restauration et absolument rien ne correspondait en terme de salaire ou de fiche de poste, témoigne Frédéric, un habitant du Sud de l’île qui vient de terminer un contrat PEC au sein d’une association d’insertion. J’avais des difficultés à monter un projet professionnel. Après cette longue pause j’ai cherché un emploi, j’ai cherché dans le commerce mais c’était complètement bouché. »

Embauché en contrat aidé, le trentenaire a pu « bénéficier d’un véritable accompagnement, ce qui a fait la différence ! » Aujourd’hui en formation, Frédéric tient à ce que l’intérêt de ce type de contrats pour l’inclusion des personnes éloignées de l’emploi soit reconnu et à faire savoir que « à La Réunion, c’est plus dur qu’en France de trouver un emploi ! »

Taux de pauvreté le plus élevé des départements de France recensé par l’Insee, taux d’emploi le plus faible, explosion du nombre de dossiers de surendettement : les indicateurs sociaux sont plus que jamais dans le rouge sur l’île. « Cette baisse de contrats aidés met en cause directement notre modèle économique et a des conséquences extrêmement concrètes sur notre activité, s’affole Médéric Jacottin, directeur adjoint de l’association Emmaus Grand Sud, en charge du pôle insertion. Ce qu’il faut comprendre c’est la magnitude de la baisse. En 10 ans on a perdu 20 000 contrats. Rapporté à la population, c’est comme si on avait perdu 1,6 millions d’emplois en France. »

Texte : Julien Sartre

Photo mise en avant : Etienne Satre

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A propos de l'auteur

Franck Cellier

Journaliste d’investigation, Franck Cellier a passé trente ans de sa carrière au Quotidien de la Réunion après un court passage au journal Témoignages à ses débuts. Ses reportages l’ont amené dans l’ensemble des îles de l’océan Indien ainsi que dans tous les recoins de La Réunion. Il porte un regard critique et pointu sur la politique et la société réunionnaise. Très attaché à la liberté d’expression et à l’indépendance, il entend défendre avec force ces valeurs au sein d’un média engagé et solidaire, Parallèle Sud.

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