Avec son projet SENS (Soutenir les Endeuillés, Nourrir la Solidarité ansanm), Nathalie Firminy accompagne particuliers, soignants, salariés et agents publics sur la thématique du deuil et, plus largement, de la perte. Au micro de Parallèle Sud, elle revient sur son parcours et lève le tabou sur une épreuve pourtant centrale dans nos sociétés humaines.
Sur le devant de la scène médiatique, avec la proposition de loi créant un droit à l’aide à mourir, la problématique du deuil et de la perte reste pourtant un sujet tabou dans nos sociétés. Perdre quelqu’un, et continuer à vivre, c’est de cela dont nous avons parlé avec Nathalie Firminy, créatrice du projet SENS (Soutenir les Endeuillés, Nourrir la Solidarité ansanm).
Depuis toujours, Nathalie Firminy est dotée d’une fibre d’écoute. C’est à elle que ses proches viennent se confier, parler lorsqu’ils ont besoin d’une oreille attentive et de conseils. « Je suis comme ça depuis toujours. Ma mère a perdu une petite fille de 5 ans et demi, quand j’avais sept ans, à la suite de quoi elle a fait une grosse dépression. Mon modèle d’adaptation, à partir de ce moment-là, a été de prendre soin de mes parents », confie-t-elle.
Aujourd’hui, Nathalie Firminy est facilitatrice de deuil. Un métier peu commun qui, pourtant, dans son intitulé, nous touche tous et toutes en tant qu’humains. Le deuil est défini par Encyclopædia Universalis comme « la période de douleur et de chagrin qui suit la disparition d’un être aimé ». L’approche de la facilitatrice et autrice est pourtant plus large. Au-delà de la perte d’un proche, elle englobe dans le deuil la perte d’un emploi, d’un animal ou encore d’une maison. « Pour moi, toutes les fragilités et vulnérabilités viennent d’une perte. Qu’elle soit la perte de sens, la perte d’un rôle, la perte de quelqu’un, etc. Quand on arrive à permettre aux gens d’aller exprimer leur souffrance, leur douleur émotionnelle, spirituelle, mentale, physique, etc., c’est déjà un premier pas vers la guérison. »

« Les personnes âgées sont des ondes de choc »
En priorité, c’est auprès des personnes de plus de 60 ans qu’elle intervient. « Quand on accompagne une personne âgée endeuillée, c’est un peu comme une onde de choc. La personne va en parler à sa famille proche, à la collectivité, à la société, et au monde, en fait, car c’est systémique. »
Alors, au-delà des particuliers, c’est aussi dans les entreprises, les institutions, le secteur social et médico-social qu’elle organise des groupes de parole, comme au sein du pôle médico-social Philippe de Camaret, à Saint-Benoît. Dans ces ateliers de sensibilisation et ces groupes de parole, les soignants, les familles et les résidents sont amenés à s’exprimer sur le sujet du deuil, à témoigner de leur parcours, à se confier sur leur mal-être, tout en écoutant celui des autres.
Intervenir auprès des soignants, ça a du sens pour Nathalie Firminy. « Il y a la surcharge de travail, il peut y avoir la perte de sens dans ce qu’ils font aujourd’hui. Pour les familles, lorsqu’elles placent un proche en institution, cela peut générer le sentiment de perdre leur rôle d’aidant. Dans ce monde pressé qui valorise la performance, la réussite et le bonheur, j’ai envie de leur dire que les épisodes de fragilité sont normaux, et surtout que le lien reste quand même le cœur de notre humanité. »
Un versant émotionnel et non médical
Aujourd’hui, le deuil est pris en considération dans le domaine médical, par le prisme du travail des psychologues, des psychanalystes et des psychiatres. Nathalie Firminy explique que c’est du versant émotionnel, et non médical, dont il est question dans son accompagnement. Pour autant, si l’un ne vient pas remplacer l’autre, elle tient à proposer une approche globale, qui ne sépare pas le corps de l’esprit.
Elle raconte : « Le côté médical est important, le côté psychologique est super important, mais en fait, c’est le côté global qui est aussi à cibler. Parce qu’une personne qui vient de vivre un deuil, quand on lui demande d’aller chez un médecin, qu’est-ce qu’elle va vous dire ? « Je ne suis pas malade. » »
Dans l’approche de la facilitatrice, il y a aussi l’envie de lever le tabou sur le deuil, notamment via des conférences grand public, dont la prochaine aura lieu le 8 juillet à la médiathèque du Tampon. Un tabou ancré dans la société, qui ne voit cette épreuve qu’au prisme d’un calendrier pragmatique, ne correspondant pas toujours à la réalité du processus.
« Aujourd’hui, le deuil, c’est trois jours de congés. Et on va vous dire que si, au bout d’un an, vous n’êtes pas revenu à un état « normal », vous êtes en « trouble du deuil prolongé ». Mais si l’on perd sa mère, son père ou son frère, au bout d’un an, on ne revient pas à un état normal. Le deuil, ça n’a pas de calendrier, pas d’horloge. »
Comme sa maman, Mme Firminy explique que certaines personnes s’enferment dans une certaine « bulle » de survie après la perte d’un être cher, par exemple. Libérer la parole permet aussi, selon elle, de sortir de cette bulle.
Un retour au pays, lourd de sens
L’envie d’accompagner sur le deuil n’est pas apparue un beau matin, au pied du lit, pour Nathalie Firminy. D’ailleurs, elle aime à dire que tout a commencé à l’âge de sept ans, lorsqu’elle a pris ce rôle auprès de ses parents. Puis est venu le moment de se former. D’abord avec un BPJEPS « Activités pour tous », appliqué à l’éducation sportive, suivi d’une formation de soutien à l’autonomie des personnes. Ensuite, c’est à l’Institut de Besançon qu’elle a suivi la formation « Thanadoula – accompagnement dans la fin de vie ». Depuis, elle poursuit une formation continue auprès de l’un des pionniers de la thématique, David Kessler.
Après 31 ans passés en Hexagone, Nathalie Firminy démissionne de l’EHPAD dans lequel elle travaillait à Bordeaux, en tant qu’animatrice assistante de vie, pour rentrer sur son île. Nous sommes alors en 2022, après la crise du Covid. « J’ai démissionné après avoir été bien bousculée par toutes les mesures qui ont été mises en place pour protéger nos personnes âgées. En réalité, elles étaient maltraitées, car enfermées et isolées dans leur chambre avec un plateau-repas. Où est la dignité dans ces cas-là ? »
Rentrer à La Réunion pour lancer son projet SENS en auto-entrepreneure, ce n’était pas rien pour Nathalie Firminy. Comme une déclaration d’amour à sa terre natale, c’est ici qu’elle a voulu apporter son expertise, ses compétences et son envie de prendre soin des autres. « C’est un peu un remerciement à La Réunion. Après tout mon parcours, j’amène mon projet pour boucler la boucle. »
Pour l’heure, Nathalie Firminy ne vit pas entièrement de son activité. Les ateliers proposés sont à un tarif social de cinq euros, puis chacun donne en fonction de ses moyens. La facilitatrice entend développer ses partenariats, comme ceux déjà établis avec la CRC (Caisses réunionnaises complémentaires) ou l’Alefpa (Association Laïque pour l’Éducation, la Formation, la Prévention et l’Autonomie). C’est aussi auprès des entreprises, des services RH ou des collectivités qu’elle aimerait pouvoir intervenir à l’avenir.
En attendant, son projet SENS est d’ores et déjà lauréat du Challenge Silver Économie 2025 de la CCI Réunion. Cette année encore, SENS est nommé aux Trophées SilverEco 2026, dans la catégorie « Lutte contre l’isolement et intergénérationnel ». La cérémonie se tiendra les 14 et 15 septembre au Palais des Festivals de Cannes. Pour la soutenir, le lien est le suivant : https://www.silvereco.org/festival/fr/firminy-nathalie/

En attente de visibilité et de développement, Nathalie Firminy fait passer son message à travers ses deux ouvrages : Ma vie de soignante en EHPAD et Traverser la perte – Un chemin vers l’apaisement.
Sarah Cortier



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