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Le rejet du droit à la fin de vie n’est-il pas le reflet de notre incapacité à accepter le deuil ?

EDITO

À chaque retour du texte sur l’aide à mourir, les mêmes arguments s’affrontent : le respect de la vie, le risque de dérives, l’état de notre système de santé. Pourtant, derrière ces débats se cache peut-être une interrogation plus intime. Le refus du droit à la fin de vie traduit-il uniquement un choix de société ou révèle-t-il aussi notre incapacité collective à accepter le deuil et à respecter la volonté de ceux qui estiment avoir atteint le terme de leur existence ?

Depuis une semaine, la proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir ou communément appelée sur « la fin de vie » est revenue en lecture à l’Assemblée nationale. Depuis plus d’un an, ce texte a été adopté à deux reprises par les députés puis rejeté à deux reprises par les sénateurs. On pourrait dire qu’il a fait deux fois le tour de la Terre avant de revenir à son point de départ. 

Le texte ne laisse personne insensible et même en commission mixte paritaire (CMP), celui-ci n’a pas pu trouver de point d’accord. Comme l’a si bien exprimé Philippe Mouiller, sénateur et vice-président de la CMP, les débats « souvent passionnés » qui ont animé les deux chambres semblent donner l’impression « que nous ne pouvons que prendre acte de l’échec très probable de cette commission mixte paritaire ». Il est vrai que la question de l’aide à mourir touche « aux valeurs les plus essentielles d’une société et renvoie chacun à des expériences intimes » et je convoquerai donc pour ce texte mon expérience personnelle. 

Dans les débats qui ont animé les deux chambres, depuis le premier texte déposé en mars 2025, toute la question a été de savoir jusqu’où le droit à l’aide à mourir devait être étendu. Les sénateurs reprochant aux députés d’avoir ouvert ce droit de manière « particulièrement extensive » loin de le réserver « aux seules situations de fin de vie » selon Christine Bonfanti-Dossat, rapporteur de la CMP pour le Sénat. 

Pourtant, à la lecture du texte tel qu’il est présenté en nouvelle lecture devant les députés , on peut lire plusieurs conditions pour avoir accès à ce droit, l’idée n’étant pas de créer un libre accès au suicide assisté tel qu’il est présenté par certains mais plutôt une voie qui permet le respect du choix de chacun. J’entends les discours pro-vie qui nous disent que la vie doit toujours prévaloir sur la mort, mais est-ce à nous de choisir pour autrui ? Pour celles et ceux qui se sont retrouvés face à un proche en fin de vie qui évoquait sa volonté de ne pas « vivre sous assistance », j’entends la difficulté de se résoudre à laisser partir. 

Mais j’entends aussi la douleur d’aller à l’encontre de la volonté de ceux qui souffrent. Car vouloir maintenir en vie, contre tout respect de la volonté libre d’un individu, n’est-il pas égoïste ? Ne retenons-nous les gens que pour éviter notre propre chagrin ? Au fond, la question est moins de savoir si nous sommes prêts à laisser mourir que de savoir si nous acceptons que quelqu’un puisse choisir pour lui-même. Nous revendiquons l’autonomie des individus pour leurs études, leur métier, leur mariage, leur religion, leur corps. Pourquoi cette autonomie disparaîtrait-elle lorsqu’il s’agit de la dernière décision d’une existence ? En refusant ce choix, nous faisons parfois primer notre peur de perdre un proche sur sa propre volonté de ne plus souffrir. Ce n’est plus seulement une position morale ; c’est l’imposition d’une morale à celui qui la subit.

Bien sûr, ces situations peuvent parfois être le fruit d’un manque de moyens, d’un manque de diagnostic, de traitement. Et le débat autour de l’aide à la fin de vie a d’ailleurs soulevé ces enjeux : voter ce texte n’est-il pas un pansement sur les défaillances du système de santé français ? 

En effet, de nombreux observateurs ont soulevé le risque de voir se multiplier les situations de recours à ce futur nouveau droit à mourir avec une baisse de la qualité de la prise en charge de nombreuses pathologies sur le territoire national. Mais peut-on mettre dos à dos ces deux sujets ? Je pense qu’il est impératif, d’ouvrir à la fois le débat sur le droit à mourir ainsi que sur les défaillances du système de santé, et les conditions posées par la proposition de loi sont notamment là pour éviter « les dérives » possibles que craint la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon. 

Opposer le développement des soins palliatifs au droit à l’aide à mourir est une impasse. Une société digne doit être capable de garantir les deux : offrir les meilleurs soins possibles à ceux qui veulent vivre jusqu’au bout, et respecter la décision libre de ceux pour qui la médecine ne peut plus répondre qu’à la souffrance. Défendre l’un ne devrait jamais conduire à refuser l’autre.

Une société se juge à la manière dont elle protège les plus vulnérables. Mais les protéger ne signifie pas décider à leur place. Refuser par principe le droit à l’aide à mourir au nom de nos convictions, de nos peurs ou de notre incapacité à accepter le deuil, c’est parfois oublier que la dignité consiste aussi à laisser chacun demeurer maître de son existence jusqu’à son dernier souffle. Le véritable égoïsme n’est peut-être pas de vouloir partir ; il est peut-être de vouloir retenir coûte que coûte celui qui a déjà fait le choix de partir.

Olivier Ceccaldi

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A propos de l'auteur

Olivier Ceccaldi

Photojournaliste, Olivier a tout d'abord privilégié la photographie comme support pour informer notamment sur les réalités des personnes exilées face à la politique migratoire de l'Union européenne. Installé sur l'île de La Réunion depuis 2024, il travaille principalement sur les questions de société et de l'héritage.

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