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À Trois-Ravines, des élagueurs-grimpeurs passent 21 h 30 dans un arbre pour empêcher sa coupe

KWAFÉ ZORDI

Ce lundi 20 juillet au soir, à l’initiative de Jérôme Rivière et Patrick Marbois, une petite vingtaine d’élagueurs-grimpeurs s’est mobilisée contre la coupe d’un arbre centenaire sur le chantier des ponts de Trois-Ravines, à Saint-Louis. Sur place, plusieurs d’entre eux nous ont raconté les 21 h 30 de mobilisation.

21 h 30. C’est le temps qu’a passé une vingtaine d’élagueurs arboristes grimpeurs dans un grand arbre centenaire, à partir de lundi dernier. À 18 h 30, ils ont arrêté de toucher le sol pour se hisser dans les branches du grand Albizia saman, autrement appelé bois noir d’Haïti, avec hamacs et victuailles. De quoi passer la nuit, et peut-être plus si besoin. Le temps qu’il faudra pour alerter les consciences et, surtout, créer une réaction politique de la part de la collectivité. « L’objectif, c’était de retarder l’échéance de l’extermination de cet arbre-là, de tirer la sonnette d’alarme sur cette façon de faire quant à la construction urbaine, que ce soit des infrastructures routières ou autres », déclare Jérôme Rivière, l’un des initiateurs de l’action, avec Patrick Marbois, tous deux élagueurs et grimpeurs indépendants. Cet arbre majestueux, qui s’élève à plusieurs dizaines de mètres, aurait entre 80 et 100 ans, selon Jérôme Rivière.

À Trois-Ravines, des élagueurs-grimpeurs passent 21 h 30 dans un arbre pour empêcher sa coupe

Pour rappel, les travaux de modification du radier de Trois-Ravines avaient commencé il y a un mois dans l’objectif de sécuriser la zone. En période de crues, le bras de rivière déborde, d’où la volonté de construire trois ponts permettant de franchir en toute sécurité les trois radiers existants. Pourtant, au moment de couper les arbres centenaires, les élagueurs mobilisés se qualifiant eux-mêmes de « médecins des arbres », se sont arrêtés net. « Moi, je veux bien comprendre qu’on ait des volontés de développer, de sécuriser, mais au détriment du vivant ? Est-ce qu’on ne peut pas aujourd’hui trouver des compromis ? », s’est argué Jérôme Rivière. Si leur métier s’apparente avant tout à de la coupe, c’est en fait de l’entretien. L’idée est davantage de faire en sorte que ces arbres vivent le plus longtemps et dans le meilleur état de santé possible.

Se concerter avant de décider

Pour ce dernier, une autre solution aurait pu être trouvée en concertation. La distance présente entre les deux ponts questionne, selon lui, la nécessité de supprimer l’arbre de façon radicale. En tout, ils sont une vingtaine à avoir participé à l’action. Ce mardi 21 juillet à 16h30, les élagueurs ont reposé le pied au sol et libéré l’arbre centenaire à la suite de la réponse de la maire de Saint-Louis. Juliana M’Doihoma a accepté de rencontrer Jérôme Rivière pour discuter de la suite des travaux et des revendications de protection de cet arbre, mais aussi de tous les autres coupés pour de tels projets d’infrastructures. Pour l’heure, on parle d’une transplantation de l’arbre à un autre endroit. Où, comment et quand ? Cela fera partie des sujets à discuter lors de cette rencontre.

Jérôme Rivière, élagueur arboriste grimpeur, à l’initiative de l’action

Entre développement économique et protection environnementale, il semble souvent que l’humain ait à faire un choix. Pourtant, ce n’est pas ce que revendique ici Jérôme Rivière, ouvert à la discussion. « On ne va pas en opposition avec ce projet, qui a un vrai sens pour la population saint-louisienne, d’un point de vue sécuritaire notamment. Mais ce qu’on demande, c’est de prendre en compte le fait qu’il y ait des arbres avec une forte valeur ajoutée dans ces constructions urbaines. »

« Ce sont eux, les stockeurs de CO₂, les fabricants d’oxygène.».

« C’est la maison mère des oiseaux »

Il serait difficile d’oublier que ces arbres représentent une valeur ajoutée aux éco-systèmes et donc, de fait, pour le vivant tout entier. Source d’ombre, il rafraîchissent l’air, rendent les sols plus perméables, mais ce n’est pas tout. « Ce sont eux, les stockeurs de CO₂, les fabricants d’oxygène. C’est la maison mère des oiseaux et ce n’est pas comme si on avait des espèces rares à La Réunion, entre le paille-en-queue et le papangue. » poursuit Jérôme Rivière en pointant du doigt ce qu’il qualifie de « cimetière d’êtres vivants ». Là reposent les troncs des arbres coupés, dont certains auraient été centenaires.

À Trois-Ravines, des élagueurs-grimpeurs passent 21 h 30 dans un arbre pour empêcher sa coupe

Pour sa défense, la mairie avait proposé une compensation par replantation. Environ 2 000 arbres, tandis que les arbres coupés serviraient de compost. Des arguments non valables pour les protagonistes de l’action écologiste. « Ce qu’on ne veut surtout pas, c’est justifier l’abattage d’un tel arbre en disant que l’on va en planter 2 000 autres. Ça ne compensera jamais un arbre de cette taille et qui a mémorisé toutes les carences climatiques depuis cent ans. Je pense qu’il faudrait remettre du bon sens dans l’ingénierie et faire en sorte de respecter les traditions », continue Jérôme Rivière.

Sur les banderoles, les élagueurs ont écrit « Je s’appel Groot! » , et « For shure »

Des arbres dotés de carences climatiques

Le trop ou le pas assez, les variations climatiques, les épisodes cycloniques : tous ces éléments sont enregistrés dans la mémoire génétique de ces grands êtres. C’est ce que l’on appelle les carences climatiques. Une sorte de disque dur, transmis aux générations futures, pour leur permettre d’affronter les aléas climatiques à venir. « On peut vous assurer qu’il est en bonne santé, celui-là », plaisante Jérôme Rivière en levant le nez vers le ciel. « C’est comme cela que l’on peut voir qu’un arbre est en bonne santé. À sa résonance. C’est du bois plein, avec une belle densité, et les colonnes de croissance nous montrent que l’arbre avait un métabolisme costaud », montre l’élagueur sur l’un des troncs coupés quelques heures plus tôt.

À quelques mètres de là, les arboristes attestent que plusieurs arbres auraient même été coupés sur la propriété d’une habitante du quartier, ayant accepté de prêter son terrain pour le stockage des machines. Un manguier et un tamarin des Bas plantés par son grand-père auraient été enlevés sans son accord, selon les deux militants. « Ça a été fait ce matin à 5 h 30, avec une tête coupeuse, une machine subventionnée par les fonds européens. »

Les troncs entassés sur la propriété de l’habitante voisine

L’habitante n’étant pas présente, elle n’a pas pu nous confirmer ces dernières informations, malgré la présence des arbres coupés sur son terrain. À voir maintenant quel retentissement cette action aura sur la prise en compte des arbres centenaires dans l’aménagement de l’espace public.

Sarah Cortier

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A propos de l'auteur

Sarah Cortier

Journaliste issue d’une formation de sciences politiques appliquées à la transition écologique, Sarah est persuadée que le journalisme est un moyen de créer de nouveaux récits. Elle a rejoint l'équipe de Parallèle Sud pour participer à ce travail journalistique engagé et porter de nouveaux regards sur le monde.

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