⏱️ Temps de lecture estimé : 6 min(s)

🎧

À Grands-Bois, la construction de villas de luxe ravive la crainte d’une gentrification du quartier

KWAFÉ ZORDI !

À Grands-Bois, le chantier de six « villas de luxe » porté par l’agence P&P Prestige fait craindre à Yasmina Coupama, porte-parole du collectif Vol pa GranBwa, une transformation progressive du quartier historique. Sans rejeter le développement ou l’arrivée de nouveaux habitants, elle appelle à préserver les espaces, les pratiques et les liens qui font selon elle l’identité du quartier.

Après le projet Balèn, le collectif alerte sur un nouveau projet immobilier

En 2025, le collectif Vol pa GranBwa s’était fait connaître lors de la lutte contre le projet Balèn, porté par l’association Globice, un musée dédié au mammifère marin qui devait entraîner la destruction d’un terrain de football et d’un espace sur lequel encore aujourd’hui les habitants viennent se poser pour pique-niquer ou faire leur sport.

SI depuis la mobilisation du collectif et des habitant.es, le projet Balèn a été abandonné, Yasmina Coupama, porte-parole du collectif, alerte aujourd’hui sur un autre projet de construction, privé cette fois-ci. Le projet immobilier en question, porté par l’agence P&P Prestige, filiale de Papangue Immobilier Prestige, propose l’achat de 6 « villas de luxe » d’une surface habitable de 100 m² et de 125 m² de jardin dans le cœur du quartier historique de Grands-Bois. 

Un quartier qui veut garder son âme

Yasmina Coupama, qui se dit aujourd’hui « militante par nécessité », alerte sur un projet qui, selon elle, menace les habitants du quartier et craint que ces villas ne soient le fer de lance d’un phénomène de gentrification. Elle défend un quartier où la proximité, les espaces naturels et les relations entre habitants occupent une place importante. Elle cite notamment les soirées animées, les fêtes de quartier ou encore les pratiques culturelles qui rythment la vie locale comme les servis kabaré ou les marches sur le feu. 

Yasmine Coupama, porte-parole du collectif Vol pas GranBwa Nout Patrimoine Sportif Nout Bordmer, devant le terrain synthétique de football de Grands-Bois.

Pour celle qui est née à Grands-Bois et a grandi à Terre-Sainte, le cas de l’ancien village de pêcheurs est un exemple à ne pas reproduire. « On veut éviter un deuxième Terre-Sainte qui a vu et voit encore aujourd’hui ses habitants historiques quitter leurs maisons », explique-t-elle. L’habitante et militante ne veut pas d’un futur où les habitants se verraient pousser vers la sortie. 

Yasmina Coupama insiste pour autant sur le fait que les habitants de Grands-Bois ne rejettent ni le développement du quartier ni les nouveaux arrivants. « On veut un développement des infrastructures, mais un développement réfléchi et qui soit bénéfique à Grands-Bois », précise-t-elle, citant comme exemple le projet de constructions pour les personnes âgées qui est en cours dans le centre-ville du quartier. 

Des villas de luxe et la crainte de la gentrification

Sur le chantier, qui se trouve du côté du chemin Parc cabris, à côté d’une habitation où s’organisent des servis kabaré, en hauteur de la route principale de Grands-Bois, les fondations et les murs d’une première villa sont déjà visibles. 

L’agence P&P Prestige, jointe par téléphone, indique que les six villas, dont quatre seront mitoyennes, seront mises en vente entre 450 000 et 560 000 euros selon la villa. Sur le site Bellespierres.com, on peut voir sur l’annonce du projet Écrin Marin que dans les « projets d’acquisitions possibles », sont mentionnés ceux d’une résidence secondaire, d’une location saisonnière/B&B ou d’un projet de défiscalisation. Des possibilités qui prennent une résonance particulière dans un territoire où le développement des locations de courte durée contribue à modifier progressivement l’offre de logements. 

À qui profitera le développement de Grands-Bois ?

En 2026, l’Adil Réunion publiait d’ailleurs une carte répertoriant les locations saisonnières à La Réunion. Elle révélait que sur le territoire de la Civis qui comprend Saint-Pierre et le quartier de Grands-Bois, on comptait en 2025 2210 logements saisonniers, soit 29 % du parc de locations saisonnières total sur l’île et 7 % du parc privé. 

Un  sujet qui fait écho avec les engagements pris par David Lorion durant la campagne des dernières municipales. Avant son élection, l’actuel maire déclarait vouloir protéger la commune de la gentrification et avait affirmé qu’il allait « interdire les constructions qui ne peuvent être que des locations saisonnières » et que « si on voit que c’est un spéculateur, on préempte ». 

Au vu des prix d’achats élevés pour l’ensemble immobilier mis en avant par P&P Prestige, on peut se questionner sur l’usage qui sera fait dans le futur de ces villas de luxe. En regardant de plus près les biens mis en vente par la société immobilière, on voit également qu’elle gère la vente de biens de luxe sur d’autres territoires insulaires tels que Saint-Martin, en Guadeloupe, ou Bali. Des territoires qui, comme La Réunion, font face à un marché de l’immobilier en forte tension et des biens dont le prix à la vente a fortement augmenté. 

Photos issues du site Bellespierres.com

Concernant le projet de villas à Grands-Bois, nous n’avons pas réussi à joindre l’élu de quartier mais avons pu constater qu’un permis de construire a bien été délivré par les services communaux de Saint-Pierre. Autour du chantier, certains habitants expliquent ne pas être inquiets de ces nouvelles habitations et que, en ce qui concerne leur intégration dans la vie du quartier, « ce sera à eux (nous) que reviendra la responsabilité de ne pas effacer qui nous sommes ». Yasmina Coupama, de son côté, espère surtout que son alerte fera réfléchir les habitants et provoquera une réaction face à « l’effacement progressif de la culture créole, que ce soit notre langue, nos traditions et nos modes de vie ». 

Olivier Ceccaldi

377 vues

A propos de l'auteur

Olivier Ceccaldi

Photojournaliste, Olivier a tout d'abord privilégié la photographie comme support pour informer notamment sur les réalités des personnes exilées face à la politique migratoire de l'Union européenne. Installé sur l'île de La Réunion depuis 2024, il travaille principalement sur les questions de société et de l'héritage.

Laisser un commentaire

⚠︎ Cet espace d'échange mis à disposition de nos lectrices et lecteurs ne reflète pas l'avis du média mais ceux des commentateurs. Les commentaires doivent être respectueux des individus et de la loi. Tout commentaire ne respectant pas ceux-ci ne sera pas publié. Consultez nos conditions générales d'utilisation. Vous souhaitez signaler un commentaire abusif, cliquez ici.

Articles suggérés

S’abonnerFaire un donNewsletters
Parallèle Sud

GRATUIT
VOIR