⏱️ Temps de lecture estimé : 5 min(s)

🎧

Emma Nona joue du maloya fusion aux Francopholies

Pour sa deuxième participation aux Francofolies, Emma Nona arrive avec une annonce particulière : la sortie de son premier album « Vativyin ». L’occasion pour elle de se produire pour la deuxième fois au Téat Plein Air, en première partie de Solann.

En ce mercredi 2 septembre, la chanteuse et musicienne de 26 ans invite le public dans son univers entremêlant identité créole et influences sénégalaises, réunies dans un « maloya fusion ».

Il est 20 h au Téat Plein Air de Saint-Gilles, lorsqu’Emma Nona apparaît, sous les étoiles, accompagnée de ses deux guitaristes. Pendant une heure, l’artiste embarque le public dans des sonorités réunionnaises, mais pas que. Pendant son show, la chanteuse s’accompagne du kayamb, mais aussi du kass kass, un instrument de la famille des percussions, venu tout droit du Sénégal. En trois mots, la chanteuse et musicienne décrit son univers comme tel : « Maloya », « Lang Kozé » et « le Monde ».

« Pou mwin lé important de relier la Réunion et le monde. Né na le koté kass kass que lé vien dans le maloya donc mi appel sa maloya fusion, mi garde la lang kréol dedan parce que pou mwa lé important de koz nout lang. Mi aim le monde, mi aim voyazer donc pou mwin lété important de faire ce travail la, en intégrant le kass kass (instrument sénégalais )et tous les rythmes que nou peu faire avec. »

L’annonce de la sortie du premier album « Vativyin »

Cette seconde prestation aux Francofolies est, cette année, l’occasion de présenter l’aboutissement d’un travail de quatre ans : la sortie de son premier album Vativyin. « L’album parle de la richesse de la lang, de la beauté de la Réunion, i parle de sak la finn alé, néna doumoun i meurt, néna doumoun i nait. Pou mwa, Vativyin i veut dire i sa va i revient. Nous koné que néna la mer i sa va i revient, néna doumoun i sa va i revient. Pou mwa c’est vraiment met tout ces pensées et tout ces sentiments dans ce kozé la. » Des textes qu’elle dédie ainsi à « toutes celles et ceux qu’on écoute pas, à l’âme réunionnaise, à la mémoire vivante », peut-on lire dans sa présentation officielle du festival.

Mais si ce travail est un condensé d’énergie et de don de soi, cette sortie est aussi synonyme d’un certain soulagement pour l’artiste. « Beaucoup de temps, de sacrifices, d’énergies et beaucoup de sentiments que mwa la met dedan. », confie-t-elle. Et si elle donne autant pour la musique, c’est que son lien avec cet art est aussi particulier qu’ancien. « Le lien mwa né na avec la musik mi pense que lé fò. Mi pense que c’est aussi un lien depui tan petit. Na touzour été dan la musik, na touzour eu de la musik dans la kaz. Na touzour eu le bann zinstriman donc pou mwin lété essentiel de suivre ce chemin la. »

Emma Nona, sur la scène du Téat Plein Air pour les Francopholies
Emma Nona, sur la scène du Téat Plein Air pour les Francopholies

« Mi pense que chacun i faut qui prendre son place, comme larriver. Si i na loccazion des scènes tel ou tel endroit ou deor, mi pense que i faut aller, i faut ozer. »

Revendiquer son identité réunionnaise

Pourtant, aujourd’hui, avoir un lien fort avec la musique ne suffit pas à faire de son art un métier. L’industrie musicale est un monde codifié, régi par les lois du business. Pour performer sur scène, en réalité, les places sont comptées. Lorsque l’on est une femme, dans la vingtaine, et que l’on fait du maloya, à quelles difficultés se heurte-t-on ? Pour l’artiste saint-pauloise, le chemin fut long.

« I prend un certain temps, lé vrai, quand ou lé un madame et que i faut ou prendre out place. Mais mi pense que néna la place pour tout le monde. Mi pense pas que nou doit être en concurrence ici La Réunion parce que néna vréman un diversité kiltirel comme musical donc mwin i choisi maloya fusion, néna i choisi traditionnel, néna i choisi electro et pou mwin tout sa la lé ok. Mi pense que chacun i faut qui prendre son place, comme larriver. Si i na loccazion des scènes tel ou tel endroit ou deor, mi pense que i faut aller, i faut ozer. »

Sacrifices et travail de longue haleine

Pour en arriver là où elle est aujourd’hui, Emma Nona raconte avoir mis l’accent sur la scénographie. « Nou la beaucoup fait un travail su le scénique. Koman être su la scène, la posture, le charisme, et vréman être au top pou doumoun, pou partazer sa avek doumoun. »

Ce mercredi, au Téat Plein Air, Emma Nona remercie son public qu’elle complimente. « Zot lé vréman gayar aswar ». Une déclaration qui lui est rendue à plusieurs reprises par le public, dont des petites voix se hissent, tandis que les cœurs se forment dans les mains.

Pour retrouver Emma Nona sur scène, il faudra enfiler ses chaussures de marche puisque c’est à Mafate que jouera l’artiste pour sa prochaine date. (Le 10 octobre à Marla pour le festival Dann Kèr lé O.) D’ici là, d’autres dates devraient voir le jour, mais toujours avec une priorité : « gard la lang kréol o ker de chaque prozé que mwin la fé », conclut Emma Nona.

Sarah Cortier

2 vues

A propos de l'auteur

Sarah Cortier

Journaliste issue d’une formation de sciences politiques appliquées à la transition écologique, Sarah est persuadée que le journalisme est un moyen de créer de nouveaux récits. Elle a rejoint l'équipe de Parallèle Sud pour participer à ce travail journalistique engagé et porter de nouveaux regards sur le monde.

Laisser un commentaire

⚠︎ Cet espace d'échange mis à disposition de nos lectrices et lecteurs ne reflète pas l'avis du média mais ceux des commentateurs. Les commentaires doivent être respectueux des individus et de la loi. Tout commentaire ne respectant pas ceux-ci ne sera pas publié. Consultez nos conditions générales d'utilisation. Vous souhaitez signaler un commentaire abusif, cliquez ici.

Articles suggérés

S’abonnerFaire un donNewsletters
Parallèle Sud

GRATUIT
VOIR