Timizé

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Timizé présente son guide de la transition de genre à La Réunion

Le fruit d’un travail étalé sur plusieurs années. Timizé, association LGBT basée à Saint-Denis, a présenté son guide de la transition en mai dernier, à destination des personnes trans, personnes en questionnement, des associations ou des professionnels. 85 pages, rédigées par un médecin généraliste et un psychologue concernés pour informer sur les différentes étapes de la transition (sociale, administrative et médicale).

Le Dr Lilou Pedrazzoli, médecin généraliste, co-auteur du guide et membre de Timizé a répondu à nos questions.

Le guide est disponible en accès libre

Comment est née l’association Timizé et qu’est-ce qui la distingue des autres associations LGBTQIA+ réunionnaises ?

Timizé est une association relativement récente, créée officiellement en 2024. Nous ne sommes pas beaucoup de bénévoles, mais la plupart ont déjà milité dans d’autres associations, notamment OriZon et Requeer.

Une des particularités de Timizé est que nous ne recevons pas de subventions. Nous avons donc peu de budget et certaines actions sont difficiles à réaliser. En contrepartie, cela nous donne une plus grande liberté de parole.

Nous voulons notamment former les professionnels. Comme nous ne sommes pas nombreux, nous essayons d’intervenir à des endroits où les informations pourront ensuite être largement transmises. Nous avons, par exemple, formé des étudiants de troisième année à l’Institut régional du travail social. Cela permet de sensibiliser environ 120 futurs travailleurs sociaux en une seule fois.

Nous voulons aussi créer du lien avec les autres associations queer et avec les militants engagés dans d’autres luttes. Nous avons notamment participé à des rassemblements avec le Collectif Réunion Palestine. L’intersectionnalité est très importante pour nous, même si un discours anticapitaliste ou anti-impérialiste peut parfois déranger.

Enfin, nous souhaitons proposer des espaces plus calmes aux personnes LGBTQIA+. Les événements festifs sont importants, mais une partie de nos membres sont en situation de handicap ou neuroatypiques et ont aussi besoin de lieux tranquilles.

Dr Lilou Pedrazzoli
Lilou Pedrazzoli est médecin généraliste et co-auteur du guide

Pourquoi avoir créé un guide consacré aux parcours de transition à La Réunion ?

L’idée existe depuis plusieurs années, bien avant la création de Timizé. Nous recevions beaucoup de questions de personnes trans qui étaient perdues : que faut-il faire ? Où aller ? À quoi ai-je accès à La Réunion ?

Il existe déjà beaucoup d’informations générales sur les transitions, mais elles sont dispersées et rarement adaptées au territoire réunionnais. Le guide rassemble les informations principales et renvoie ensuite vers des ressources plus détaillées, notamment celles produites par l’association Fransgenre.

Il répond aussi aux besoins des professionnels de santé, des travailleurs sociaux ou des bénévoles associatifs qui veulent bien accompagner les personnes trans, mais ne savent pas toujours quelles informations transmettre ni vers qui les orienter.

Le guide permet enfin de soulager les quelques militants identifiés comme personnes ressources, qui répondaient régulièrement aux mêmes questions. Au lieu d’expliquer pour la cinquantième fois comment demander un changement de prénom, nous pouvons maintenant transmettre le document, puis répondre aux questions qui restent.

Je suis également médecin généraliste et j’accompagne des personnes trans. En consultation, je donne parfois énormément d’informations. Il est utile de pouvoir remettre un document que les personnes pourront relire tranquillement.

L’objectif est de leur redonner de l’autonomie et du pouvoir sur leur parcours, notamment grâce à des informations médicales assez détaillées.

Comment ce guide de 85 pages a-t-il été réalisé ?

Nous l’avons principalement écrit à deux, avec Loy Séry, qui est psychologue. J’avais commencé à rédiger certaines parties depuis plusieurs années, mais le travail avançait par périodes.

La perspective de présenter le guide lors du week-end IDAHOT organisé autour du 17 mai nous a donné une échéance. Nous nous retrouvions régulièrement pour décider des informations à intégrer, puis chacun travaillait de son côté.

Le regard d’une personne qui n’est pas médecin a été très important. Certaines choses me paraissaient évidentes parce que je connaissais déjà le sujet, alors qu’elles ne l’étaient pas pour tout le monde. Il a aussi beaucoup travaillé sur la mise en page.

Le guide est accessible grâce à un QR code qui renvoie vers un espace en ligne. Cela permettra de remplacer le document par une version actualisée sans avoir à modifier le QR code.

Les bénévoles de l’association Timizé

Le guide ne donne toutefois pas directement les noms des professionnels vers lesquels se tourner et conseille de se fier au bouche à oreille. Il y avait déjà eu une polémique avec l’Ordre des médecins et la liste des médecins réunionnais, comment contourner ce problème ?

C’est effectivement une des principales informations qui manquent encore, alors qu’elle est souvent demandée.

Nous avions commencé à travailler, avec OriZon, le Planning familial, sur une charte de bonnes pratiques pour l’accompagnement des personnes trans. Cette charte est mentionnée dans le guide.

L’idée serait de publier une liste de professionnels signataires. Il faut toutefois vérifier qu’ils souhaitent toujours apparaître publiquement, tenir la liste à jour et présenter la charte à d’autres professionnels avec lesquels les accompagnements se passent bien.

À terme, cette liste pourrait être disponible au même endroit que le guide.

Les personnes trans rencontrent-elles encore beaucoup de difficultés dans l’accès aux soins ?

Oui. Il existe des difficultés pour accéder aux soins de transition, mais aussi aux soins de manière générale.

Certaines personnes ont un médecin traitant et cela se passe bien. D’autres n’ont pas consulté depuis vingt ans. Lorsqu’elles finissent par retourner chez un médecin, il peut y avoir vingt ans de soins à rattraper.

Beaucoup ont subi des violences médicales. Elles ne sont pas toujours intentionnelles : elles peuvent aussi venir de la méconnaissance ou de la maladresse. Mais le résultat reste une violence et parfois un traumatisme. La confiance envers le milieu médical peut être très abîmée.

Il est aussi difficile de devoir frapper à des portes au hasard. Savoir que l’on va consulter une personne avec laquelle cela devrait bien se passer est beaucoup plus rassurant.

Des patients traversent toute l’île pour venir me voir. Cela ne me dérange pas, mais cela représente parfois trois heures de trajet pour eux. Il faudrait davantage de médecins formés dans les différents secteurs de La Réunion.

Les médecins sont-ils demandeurs de formations ?

Dans l’ensemble, oui. Il y a évidemment un biais, puisque les personnes qui ne sont pas intéressées ne viennent pas nous voir. Mais beaucoup de professionnels ont envie de bien faire et sont surtout désemparés parce qu’ils n’ont pas été formés.

L’accompagnement général ou la prescription d’une hormonothérapie ne sont pas nécessairement très complexes. Mais lorsque personne ne nous a expliqué comment faire, cela ne s’invente pas.

Je travaille actuellement à une formation destinée aux médecins généralistes, en lien avec le Collège des généralistes enseignants de l’océan Indien. L’objectif est qu’elle puisse être financée et proposée gratuitement.

Dans les études de médecine, la question de la transidentité n’est pas forcément beaucoup évoquée et cela relève souvent de l’initiative personnelle du médecin de s’y former.

J’avais proposé à la faculté de médecine de La Réunion d’intégrer des cours sur ces questions, notamment pour les internes. Le sujet avait été évoqué, mais je n’ai pas eu beaucoup de retours.

Un médecin généraliste peut-il accompagner seul une hormonothérapie ?

Oui. Les personnes qui souhaitent une hormonothérapie peuvent être accompagnées par un médecin généraliste. Les patients que je suis n’ont pas systématiquement besoin de consulter un endocrinologue, sauf lorsqu’un avis spécialisé est nécessaire.

À ma connaissance, peu de médecins généralistes commencent actuellement des prescriptions à La Réunion. Certains participent au suivi, mais réorientent les patients pour le début du traitement.

Je me suis formée auprès d’un réseau national spécialisé et je reste en contact avec d’autres professionnels. Au début, il était rassurant de savoir que je pouvais poser une question à quelqu’un en cas de doute.

C’est ce que j’aimerais développer à La Réunion : un réseau permettant aux médecins qui commencent à accompagner des personnes trans d’échanger avec des professionnels plus expérimentés.

Selon les parcours, d’autres professionnels peuvent intervenir : chirurgiens, orthophonistes pour le travail de la voix, infirmiers pour les injections ou les soins postopératoires, dermatologues pour l’épilation laser…

Mais les personnes trans doivent aussi pouvoir accéder sans crainte à tous les soins ordinaires et aux autres spécialistes.

Quelles sont les principales spécificités d’une transition à La Réunion ?

La première difficulté est l’accès aux soignants, aux associations et à la communauté. Selon que l’on habite dans le Nord, dans les Hauts, dans l’Est ou dans le Sud, les possibilités d’accompagnement ne sont pas les mêmes.

La Réunion peut aussi être une île à la fois grande et très petite. Lorsque les relations avec la famille se passent mal, il est difficile de faire son parcours discrètement. Même en déménageant, on peut toujours croiser un tonton, une tatie ou une cousine.

La religion, très présente à La Réunion, peut également jouer un rôle. Certaines familles s’appuient sur leur foi pour accepter et accompagner leur enfant. D’autres utilisent la religion pour rejeter sa transition.

Il existe aussi une dimension financière. Certaines chirurgies nécessitent de se rendre dans l’Hexagone même si plusieurs sont possibles à La Réunion. Les billets d’avion et parfois l’hébergement peuvent être pris en charge, mais cela reste une difficulté supplémentaire.

Les opérations réalisées dans le privé peuvent entraîner des dépassements d’honoraires de plusieurs milliers d’euros. Il faut aussi prendre en compte les arrêts de travail, les déplacements pour consulter un médecin ou certaines hormones qui ne sont pas remboursées sous toutes leurs formes.

La précarité ne vient pas seulement des frais médicaux. Certaines personnes sont obligées de devenir autonomes très tôt parce que leur famille les rejette. Elles peuvent avoir du mal à poursuivre leurs études ou à trouver un emploi tant que leurs papiers ne correspondent pas à leur identité.

Cela peut créer un cercle vicieux : pour avancer sereinement dans sa transition, il faut avoir un logement et un travail. Mais les difficultés liées à la transition peuvent justement empêcher d’accéder à ce logement ou à ce travail.

Comment souhaitez-vous désormais diffuser le guide ?

Il n’est pas encore assez diffusé. Nous l’avons envoyé à nos partenaires, mais tout le travail est bénévole et nous manquons de temps pour établir une véritable stratégie.

Nous aimerions passer par les associations, les journalistes, les professionnels de santé, l’université et les CPTS, qui regroupent les soignants par territoire.

Le guide lui-même est difficile à imprimer puisqu’il fait 85 pages et contient de nombreux liens. Nous avons donc imprimé 500 flyers avec le QR code afin de les distribuer dans les associations, les lieux de santé, l’université ou encore certains bars.

Le fichier du flyer est également disponible en ligne afin que chacun puisse s’en emparer l’imprimer et participer à sa diffusion.

Les premiers retours sont positifs. Les personnes nous disent que le guide est complet et qu’il les aide. Dès sa sortie, nous avions déjà commencé à noter des améliorations pour une deuxième version.

Le but est que cet outil reste vivant, gratuit, facilement accessible et que tout le monde puisse se l’approprier.

Entretien : Léa Morineau

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A propos de l'auteur

Léa Morineau

Journaliste, étudiante à l'ILOI en alternance chez Parallèle Sud. Cocktail de douceur angevine et d'intensité réunionnaise, Léa Morineau a rejoint l'équipe de Parallèle Sud pour l'éducation aux médias et à l'information, elle s'est rapidement prise au jeu du journalisme. A travers ses articles, elle souhaite apporter le regard de sa génération et défendre un journalisme qui rayonne au-delà des apparences.

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