KWAFÉ ZORDI
L’Autorité de la concurrence a donné son feu vert, sous conditions, au rapprochement entre le groupe réunionnais Caillé et le géant mauricien IBL.
Le projet est dans les tuyaux depuis quelques mois et s’accélère depuis que, le 31 juillet dernier, l’Autorité de la concurrence a autorisé le géant mauricien IBL (Ireland Blyth Limited) et le groupe Caillé à prendre ensemble le contrôle des Run Market et de la cinquantaine de magasins Leader Price. Le secteur de la grande distribution, souvent présenté comme un duopole opposant le groupe Bernard Hayot (Carrefour) aux magasins Leclerc, se rapprocherait ainsi d’une configuration en triopole, si toutefois le mot existe.
Du côté des directions, le rapprochement est présenté comme une bonne nouvelle. Régis Durieux, président de Make Distribution, et Olivier Mercier, directeur général de Caillé Grande Distribution, défendent la création d’un « opérateur local robuste », capable de mieux rivaliser avec les poids lourds de la grande distribution et de proposer des prix compétitifs.
Mais les salariés regardent l’opération avec davantage de prudence. Dès janvier, le CSE de Discash, société du groupe Caillé exploitant les Leader Price, avait voté le recours à une expertise indépendante pour mesurer les conséquences économiques et sociales du rapprochement. La direction avait tenté de bloquer cette expertise devant la justice. Elle a été déboutée le 25 juin par le tribunal judiciaire de Saint-Denis.
La CGTR s’interroge notamment sur les magasins Leader Price et Run Market situés dans les mêmes zones de chalandise. Lors d’un CSE, l’hypothèse que certains points de vente en doublon puissent être vendus ou fermés avait été évoquée.
Silence du monde politique
La CFDT est elle aussi montée au créneau le 4 août dernier. Le délégué syndical à Make Distribution, Mario Corbeau, rappelle que « les salariés de Make Distribution ont déjà connu, en 2023, un plan de sauvetage douloureux marqué par d’importants abandons de créances. Ils ne sauraient aujourd’hui faire les frais d’une opération de rapprochement présentée comme vertueuse pour les consommateurs, mais dont l’impact sur l’emploi reste à ce jour totalement passé sous silence par les directions. » Le syndicat refuse que l’autorisation de la concentration devienne un « blanc-seing » pour une future restructuration.
En revanche, le monde politique est resté silencieux sur ce rapprochement. Après l’Antillais Hayot, c’est maintenant le mauricien IBL qui met à mal le « patriotisme réunionnais » dans l’économie de l’île. Seul le journal Témoignages, proche du Parti communiste réunionnais, relève que l’expansion du groupe mauricien serait favorisé par les APE (Accords de partenariat économique) liant l’Union européenne et les pays africains. Et ce, sans que La Réunion soit consultée. Le député européen Younous Omarjee a en effet regretté que l’accord signé entre la Commission européenne et les quatre voisins de La Réunion, Maurice, Comores, Seychelles et Madagascar, en juin dernier, ne se soucie pas des impacts sur les économies de La Réunion et de Mayotte.
La seule réserve émise par l’Autorité de la concurrence concerne les conditions d’approvisionnement en produits du groupe Coca-Cola auprès des concurrents distributeurs. IBL (2,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025) contrôle en effet Coca-Cola et Edena et devra s’engager à ne pas subordonner la vente de produits Coca-Cola à la vente d’autres produits commercialisés par ses filiales et de produits de tiers.
Franck Cellier



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