Devant le rectorat, se sont rassemblées une quinzaine de personnes ce mercredi 9 septembre avec un objectif clair : celui d’instaurer obligatoirement et clairement le créole à l’école. Pour les deux collectifs Touf Pa Nout Lang et 20 ans de créole à l’école et droits des enfants réunionnais, le rectorat et les institutions de l’État ne semblent pas vouloir aller dans le même sens. Un plan d’action qui vise à établir cet apprentissage a été rédigé par Mickaël Crochet et reste jusqu’à présent sans réponse. Il devra être présenté, une nouvelle fois, lors d’un rendez-vous à venir.
Tout commence par un ronkozé devant la préfecture ce mercredi avec une quinzaine de manifestants. Parmi eux, Mickaël Crochet, un porte-parole des collectifs Touf Pa Nout Lang et 20 ans de créole à l’école et droits des enfants réunionnais. « nou lé la parce que nou la fait un travail important, nous, militants, d’écrire un plan pour l’enseignement et la culture de la langue réunionnaise. En créole on dit un plan lamontrage nout zaralor. »
Ce plan, justement, ils sont plusieurs à l’avoir rédigé et ces quinze pages ont été envoyées au recteur. Ce dernier n’a pas donné de réponse. Le plan prévoyait « toutes les préconisations des linguistes, des conventions européennes ou internationales. Nou la respecte le cadre » explique-t-il. Le défenseur de la langue créole — que nous avons déjà interviewé — raconte que lors de sa première venue au rectorat pour montrer ce plan, le recteur leur aurait dit : « je suis d’accord avec vous sur 70-80% sur ce que vous avez fait » et qu’il prendrait en compte ce plan. Sauf que, d’après Mickaël, rien n’a bougé au niveau de l’académie et du rectorat.
Quelques temps plus tard, des réunions étaient organisées avec des inspectrices et des inspecteurs de l’académie de La Réunion. Tout semblait bien se dérouler pour les militants de la culture et de la langue créole. Ligne par ligne, le plan était relu et validé d’après Mickaël « bana la dit anou lébon ».
Refusé pour des raisons politiques ?
Ce plan prévoyait d’intégrer un apprentissage de la langue et de la culture créoles dès les classes de maternelle. Le point le plus important pour le collectif est d’avoir un bilinguisme sur le sol réunionnais. « Ça doit être le zarboutan de toute politique linguistique ici à la réunion, c’est le bilinguisme qui rouvre sur le plurilinguisme ».
Richard Turpin était présent au rassemblement. Il se définit comme « un réunionnais, donc membre de tous les collectifs quand il s’agit de repenser La Réunion ». Et évidement, ce combat est important pour lui comme il le décrit dans cette métaphore : « c’est comme un arbre, ça c’est la sève de notre peuple. Quand ou enlève ça, c’est comme si ou tué l’arbre, ou tué le peuple. »
Toujours selon Mickaël Crochet, le rectorat a finalement refusé d’intégrer leur plan à celui de l’académie sous prétexte qu’il comporterait des aspects politiques. Pourtant, ce plan avait été rédigé par des gens compétents, entre autres des enseignants, puis validé par quatre universitaires, dont deux Réunionnais, un juriste qui aurait dit « toute lé carré, lébon ». Dans ses priorités académiques 2025-2026, le recteur a finalement déçu ces collectifs qui pensaient avoir gain de cause. « En gros l’était écrit : Il faut valoriser et prendre en compte le créole réunionnais pour faciliter les apprentissages. Lé totalement inadmissible » rapporte-il.
Bilan désastreux
Dans l’interprétation des collectifs, le rectorat considère uniquement le créole comme un « marche-pied » afin d’atteindre le français. Une notion qui renvoie l’image que la langue créole ne serait pas égale à la langue française, ce qui déconstruit toutes les espérances de Mickaël Crochet et des siens. À travers ses prises de parole, il déplore un bilan « désastreux » pour l’académie, qui n’aurait créé que « 61 classes bilingues » dans le premier degré en 25 ans, ce qui représente 1 300 élèves.
Pourtant, selon les chiffres du rectorat, le créole est la langue première de près de 85 % des élèves de l’académie. Les collectifs espèrent voir une évolution de ce chiffre 20 ans après la création de la première classe bilingue.
Du côté de Guillaume Aribaud, professeur des écoles en classe bilingue à Saint-André, mais aussi syndicaliste et membre du collectif Reunion-Palestine, la situation sur le terrain est difficile. Selon lui, le manque de collègues pour apprendre la langue et la culture créoles. « I faut continué bataille, sobat pou le créole dans l’école parce que i manque toujours un monnaie pou fait un franc. Le problème c’est que la, nou nena des déclarations, nena du symbolique qui passe, mais finalement dans les classes nou retrouv anou souvent tout seul ou avec peu de collègues pou aide anou. Donc un manque de moyen humain, mais aussi un manque d’outils, de livres, de tout ce que i peu exister, mais que les pas forcément accessible, ou qu’il reste à créer en créole ».
Guillaume sollicite non seulement l’aide du rectorat, mais également celle des collectivités locales, car « nout langue i concerne nout même, nout band et c’est aussi le ban élu ». Là aussi, du côté des élus, les actions manquent cruellement face aux prises de position symboliques d’après le militant. Même si cette période de rentrée scolaire marque des renouvellements au sein du rectorat et de l’académie, le combat doit continuer d’être mené car, il le dit, « nou connait que si nou arrête de mette la pression, le rectorat i bat arrière. Nou lé la pou ça zordi ».
Rendez-vous le 16 septembre
Un plan qui intègre le créole obligatoire dans les écoles doit être mis en place pour lui, qu’il soit rédigé par les collectifs ou par le recteur lui-même, pour agir concrètement et « rendre ça un peu plus dynamique ». Lui qui voit la réalité du terrain se dit convaincu que les moyens existent pour qu’un enfant ait accès au créole à l’école de la maternelle jusqu’à la fin du collège/lycée. Maintenant, reste à savoir pour le rectorat « c’est une priorité ou si c’est juste la i donne anou un peu pou fait plaisir mais que dans pas longtemps i sa tiré parce que « na plus les moyens » ».
Pour Corinne Thémyr, elle aussi enseignante dans le bilinguisme depuis 2007 : « mwin l’a vu avant, et mwin la vu après ». Pour la professeure des écoles, l’apprentissage n’est pas le même pour les enfants. « l’enfant i peut comprendre un autre zafer dans des consignes. Si ou la pas explique ali dans son langue maternelle, une langue vivante, son monmon ek son papa i coze ek li comme ça, le marmaille i comprend rien ». Elle le souligne clairement, elle n’est pas pour un monolinguisme. Le bilinguisme reste la meilleure solution car l’objectif est de travailler la « langue source pour atteindre la langue cible. Faut li devient multilingue ».
Ce mercredi n’e donnera pas’a pas donné lieu à une rencontre avec le recteur ni à une discussion franche avec les institutions. En revanche, le rendez-vous est pris pour le mercredi 16, date pour laquelle le collectif vient de solliciter une rencontre.
À travers sa présence ce mercredi, le collectif entend également maintenir la pression sur les institutions.
Etienne Satre







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