KOZÉ LIBRE
Nous vivons une étrange abdication collective. Jour après jour, l’humanité transfère des pans entiers de sa mémoire, de son intelligence et de ses relations à des écrans, persuadée que la vitesse effacera le précipice dans lequel nous sommes en train de tomber. Le corps immobile, le regard captivé par des flux d’images compulsives, nous oublions que le « Cloud » n’a rien de virtuel. Derrière nos clics tournent à plein régime les « Datacenters ». Ces usines physiques titanesques dévorent l’eau et l’énergie de la planète pour alimenter des algorithmes conçus pour capter notre « temps de cerveau disponible ». Sous couvert de modernité, nous détruisons notre propre maison (la Terre) le bonheur et l’harmonie des humains. Il est urgent de réduire le temp machine et d’augmenter et d’améliorer la vie, tout simplement.
Le plus beau spectacle du monde est gratuit. La nature ne nous enverra jamais de notification, elle n’a rien à nous vendre ni aucune donnée à voler. Pourtant, notre planète offre chaque jour le plus grandiose des spectacles : le feu d’un coucher de soleil, la majesté d’une forêt ou le murmure de la mer. Passer du temps au cœur de ce vivant n’exige aucun ordinateur, aucun smartphone, mais guérit instantanément nos esprits saturés. C’est dans cette contemplation tranquille que se trouve le premier pas vers un bonheur et un épanouissement.
L’humain moderne ressent ce vide, coincé entre une culture orientale jugée trop symbolique ou ancienne, et une culture occidentale trop matérialiste, hyperindustrialisée et inhumaine, qui réduit l’existence à des flux financiers. Pour en sortir, nous devons tracer une troisième voie. Il s’agit d’allier la conscience spirituelle et le respect de la Terre de l’Orient au pragmatisme et à l’amour de la liberté individuelle de l’Occident. Cette synthèse n’est pas virtuelle, elle est charnelle. C’est en habitant pleinement la matière la plus proche de nous — notre propre corps — que nous surmonterons ce grand tiraillement.
Pour matérialiser cette rupture, il faut oser briser les tabous et regarder en face l’échec de nos modèles traditionnels. Le mariage moderne, qui prétend fusionner l’amour, la fidélité sexuelle et la gestion économique, s’effondre sous le poids de sa propre hypocrisie (plus de 50 % de divorces), générant frustrations et rancœurs. Remplaçons cette institution obsolète par deux outils pragmatiques : un strict « contrat social » d’intérêts économiques d’une part, et un « contrat d’assistance » engageant la responsabilité des parents pour une durée minimale de 18 ans pour chacun des enfants conçus. En sortant le sexe de la sphère administrative, on libère l’amour et on offre aux enfants un cadre sécurisé.
Cette déconnexion trouve sa justification ultime dans le plus grand défi démographique et écologique du XXIe siècle. Pendant des millénaires, les dogmes natalistes ont sacralisé l’acte reproducteur pour fournir des bras aux empires. Aujourd’hui, cette programmation pousse la planète à l’asphyxie. La promotion d’une liberté sexuelle résolument non procréatrice devient un enjeu de survie globale, un comportement civique écoresponsable majeur. Le naturisme philosophique participe à cette libération : le corps nu dans une nature libre, ne consomme rien et brise le cycle de la frustration consumériste. Mais la rupture ne sera complète que si nous renversons la boussole économique mondiale. Face à la crise, une simple logique de résilience est une capitulation. S’en remettre aveuglément à la technique relève d’une dangereuse cécité — comme imaginer, dans une ironie tragique, que la prolifération des climatiseurs résoudra la crise d’un climat surchauffé. On ne guérit pas une maladie en accélérant la croissance de la cellule cancéreuse qui la provoque.
Il faut abandonner la course stérile du Produit Intérieur Brut (PIB), cet indicateur obsolète qui comptabilise positivement la destruction de notre environnement, pour imposer un nouvel outil de pilotage politique non négociable : l’Indice d’Épanouissement Humain (IEH). Cet indice mesurera le succès d’une société, non pas en fonction de sa fortune accumulée mais en fonction de l’épanouissement des humains qui la compose et donc de l’harmonie qu’elle a su installer grâce à une insertion réussie avec le reste du monde vivant qui l’entoure et qui la nourrit. En 1968, la jeunesse criait « Faites l’amour, pas la guerre ». Aujourd’hui, ce slogan se réinvente face à la folie du « Toujours plus ». Même si la machine permet à tous les humains d’accéder aujourd’hui, sans difficultés à la bibliothèque mondiale des connaissances, ce n’est pas le « Toujours plus » du matérialisme moderne qui sauvera l’humanité, mais c’est notre capacité à rester pleinement humains. Faisons le choix de la simplicité et de la sagesse. Réduisons progressivement (pour ceux qui ne sont pas dans la misère) notre boulimie consumériste, et pour tous, faisons moins d’enfants, mais élevons les mieux. Voilà pour moi, quels sont les secrets d’une humanité épanouie, harmonieuse et en paix.
François Michel Maugis – Ingénieur en économie, conférencier et Président de l’association Energie Environnement et de son Think tank AEE (Assisté par l’IA)
Photo mis en avant : © Jéromine Santo-Gammaire
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