⏱️ Temps de lecture estimé : 5 min(s)

🎧

À Mayotte, pendant que Le Monde révèle les dérives de la PAF en mer, le RN cible les exilés sur terre

Cette semaine, dans l’actualité mahoraise, le journal Le Monde a révélé de nouvelles preuves vidéo des méthodes dangereuses de la police aux frontières. Dans le même temps, la députée RN de Mayotte, Anchya Bamana, s’est rendue sur le campement de personnes exilées de Tsoundzou pour demander son démantèlement. 

En septembre 2025, le journal Le Monde, en collaboration avec le collectif Lighthouse Reports, révélait des pratiques dangereuses de la police aux frontières (PAF) dans les eaux séparant les Comores de Mayotte. Dans cet article, on apprenait que la PAF aurait provoqué plusieurs naufrages de kwassa-kwassa en utilisant des méthodes agressives et dangereuses pour les interpeller. 

Dans cet article, le journal national revenait sur des faits précis : un naufrage mortel survenu dans la nuit du 25 août 2025 ; le témoignage de Farid Djassadi, comorien de 31 ans qui a dû être amputé de ses jambes après une interception en pleine mer par la PAF ainsi que d’autres récits de personnes exilées recueillis qui affirmaient que les vedettes françaises avaient volontairement provoqué des naufrages. Ces accusations avaient alors été contestées par les autorités françaises et notamment le préfet de Mayotte, François-Xavier Bieuville, pour qui c’était « l’attitude des filières d’immigration clandestine, qui sont les premières responsables de ce drame. »

Des nouvelles images qui viennent renforcer l’enquête initiale

Pourtant, dans une vidéo rendue publique le mardi 28 avril par Le Monde, en collaboration avec Lighthouse Reports, Der Spiegel et Komune Media, des images inédites montrent l’interception d’un kwassa-kwassa par la PAF le 20 février 2026. Dans cette vidéo, on voit une embarcation remplie de 20 Comoriens qui file vers Mayotte et une vedette de la PAF qui se rapproche, tente d’abord de forcer l’arrêt du bateau en coupant le moteur. Le conducteur du kwassa-kwassa cache alors la barre, ce qui déporte l’embarcation vers celle de la PAF et provoque un accident qui projette plusieurs migrants dans l’eau. 

Sur la vidéo, on voit que la collision n’est pas recherchée ni par la PAF ni par le kwassa-kwassa, même si dans un post Facebook, la police nationale a affirmé que « deux passeurs ont volontairement percuté l’intercepteur de la police nationale » et que le drame humain a été évité « grâce au sang-froid des policiers ». Dans la vidéo, le journaliste de Lighthouse Reports révèle qu’un autre drame, similaire, s’est déroulé dans la nuit du 28 mars, provoquant cette fois-ci la mort d’une femme originaire d’Anjouan âgée de 50 ans. 

Anchya Bamana, figure de proue locale du RN, appelle au démantèlement d’un camp de personnes exilées

Pour l’instant, la vidéo n’a soulevé aucune réaction dans la classe politique, que ce soit au niveau national ou au niveau des élus mahorais. Au contraire, le jour même des révélations, la députée mahoraise du Rassemblement national (RN), Anchya Bamana, était en visite dans le campement de personnes exilées qui se trouve dans la mangrove, sur la commune de Tsoundzou. 

Dans une séquence vidéo filmée par les équipes de Mayotte La 1ᵉʳ, la députée RN arrive face à des cuves d’eau potable et interpelle le Premier ministre : « Tout ça c’est indigne de la France, démantelez ce camp de la honte, monsieur Lecornu. » Devant elle, un petit garçon immobile se retourne, interloqué par la scène. La députée n’a aucun mot pour les habitants de ce camp, pas un mot face à l’urgence d’une prise en charge de ces femmes, hommes et enfants. 

Pourtant, ce camp n’est pas nouveau et date d’octobre 2025 après que le précédent campement a été démantelé. Dans un article pour Reporterre, la journaliste Marine Gachet relatait au début du mois d’avril les conditions de vie sur le camp et les difficultés pour de nombreuses personnes en situation de demande d’asile d’avoir accès à un hébergement. 

Depuis le cyclone Chido, des centaines de personnes exilées sont passées d’un camp à un autre, chaque fois victimes de violences, d’intimidations sans que l’État ne mène une véritable action pour tenter de résorber les situations d’irrégularités. Avant de vivre dans la mangrove, certains vivaient déjà dans un autre camp de Tsoundzou 2 et ont même connu l’occupation du collège de Kwalé au début de l’année 2025. 

Méthodes dangereuses de la PAF, délais d’instruction de dossiers rallongés, manque de structures d’hébergement d’urgence : la politique de l’État à Mayotte envers les populations exilées reste encore défaillante. 

Olivier Ceccaldi

Photo de couverture : Collège de Kwalé, février 2025. © Olivier Ceccaldi

452 vues

A propos de l'auteur

Olivier Ceccaldi

Photojournaliste, Olivier a tout d'abord privilégié la photographie comme support pour informer notamment sur les réalités des personnes exilées face à la politique migratoire de l'Union européenne. Installé sur l'île de La Réunion depuis 2024, il travaille principalement sur les questions de société et de l'héritage.

Ajouter un commentaire

⚠︎ Cet espace d'échange mis à disposition de nos lectrices et lecteurs ne reflète pas l'avis du média mais ceux des commentateurs. Les commentaires doivent être respectueux des individus et de la loi. Tout commentaire ne respectant pas ceux-ci ne sera pas publié. Consultez nos conditions générales d'utilisation. Vous souhaitez signaler un commentaire abusif, cliquez ici.

Articles suggérés

S’abonnerFaire un donNewsletters
Parallèle Sud

GRATUIT
VOIR