[Agriculture] Le riz, du champ à l’assiette

production riz agriculture Roland Turpin Président de l'association Riziculteurs Péi 974.

AUTONOMIE ALIMENTAIRE

Du riz, cultivé à La Réunion, bientôt dans nos assiettes, c’est ce que propose l’association Riziculteurs Péi 974. 

production riz agriculture Roland Turpin Président de l'association Riziculteurs Péi 974.
Un champ de riz à 300 mètres d’altitude, au dessus de Saint-Gilles-les-Bains, sur l’Antenne IV (photos PhN).

L’air est transparent, le ciel bleu, un careau de verdure se détache dans la rocaille alentour qui surplomble Saint-Gilles-les-Bains. A espaces réguliers, une bombe agricole tonne dans le silence, et fait lever une nuée d’oiseaux, des travailleurs à bec rouge, qui aussitôt retombe dans la rizière. Ici, Maximin Delblond cultive un demi hectare de la plante la plus consommée des Réunionnais.

« Nous sommes en train de prouver qu’on peut cultiver du riz du battant des lames au sommet des montagnes », remarque Roland Turpin, président de l’association Riziculteurs Péi 974, qui pour sa part cultive la plante dans les Hauts, à Petite-France. Pour l’association, il est temps de passer à la vitesse supérieure sur la voie de l’autonomie en riz. « Guerres, covid, crises diverses… tout peut arriver et nous devons sécuriser nos besoins alimentaires », remarque Roland Turpin. Dans cette optique, il dispose de 350 kg de semences, de quoi planter sept hectares, qu’il met à la disposition des agriculteurs et des particuliers (*) à qui il offre en outre aide et conseil. 

3 à 5 t/ha

Quarante mille tonnes sont importées chaque année dans l’île, d’Asie du Sud principalement. Un chiffre qui baisse chaque année un peu plus, les habitudes alimentaires changent. Pour autant, à cause de calamités agricoles en Inde et au Pakistan, on nous prédit une pénurie et très probablement une augmentation du prix en 2023. L’occasion de renouer avec des recettes de tubercules, ou la culture du riz. 

Ce sera plus cher ? « Oui, mais ça fait travailler des Réunionnais et enrichit l’île, puisque cet argent reste ici », plaide un planteur présent. D’autant que, inexorablement, le prix du riz d’importation augmente, alors que celui produit localement ne peut que baisser, surtout si on le plante sur des surfaces plates et mécanisables. Aujourd’hui, le coût de production s’élève à 1,5 euro le kilo. 

production riz agriculture Roland Turpin Président de l'association Riziculteurs Péi 974.
Roland Turpin, président de l’association Riziculteurs Péi 974, .

Pour que ça pousse, rien de bien compliqué. « On met les graines dans l’eau pendant dix jours, en enlevant celles qui flottent. Ensuite on les plante à raison de deux à trois par godet, encore dix jours, puis on les repique tous les vingt-cinq centimètres en rangs espacés d’autant », explique Roland Turpin. La variété choisie pour La Réunion, le dourado, est une variété pluviale, qui contrairement au riz de rizière n’a pas besoin de pousser dans l’eau, et donne des grains fertiles que l’on peut ressemer. Il produit, selon la saison, l’altitude, l’irrigation et les soins apportés, entre trois et cinq tonnes à l’hectare. Et ce, jusqu’à deux fois par an. « On peut aussi alterner avec une production maraîchère, qui se plait plus en hiver alors que le riz préfère l’été », poursuit l’agriculteur.

Une fois l’heure de la récolte arrivée, il faut moissoner puis traiter le riz. Si les oiseaux – cardinal, bélier et travailleur à bec rouge – en laissent un peu. Pour les contrer, il faut protéger la culture à l’aide de filets. En revanche, le riz résiste bien aux cyclones, il se couche mais se redresse après.

semence production riz agriculture Roland Turpin Président de l'association Riziculteurs Péi 974.
Les semences de riz sont disponibles pour qui en veut auprès de l’association Riziculteurs Péi 974.

Les grains séparés des balais, le battage, il faut retirer l’enveloppe du grain. La méthode traditionnelle demande un pilon et une vanne. L’autre méthode sera de faire appel à une association (**) qui proposera la mutualisation de sa machine. Une machine déjà commandée et financée par des fonds européens. 

L’utopie d’une production locale, et même qui couvrirait les besoins de l’île, n’est pas du tout inabordable. La Réunion comprend 45 000 ha de terres agricoles, et 6 000 ha de plus en friches. La canne occupe 22 000 ha. En grignotant à droite à gauche, en alternant maraîchage et riziculture, on peut tout à fait trouver 10 000 ha à exploiter. Les premiers kilos seront vendus à partir de 2023.

Philippe Nanpon

(*) – Roland Turpin : 0692 24 85 23, Président de l’association « Riziculteurs Péi 974 ». 

(**) – Frédéric Amany, animateur de l’association « Riziculteurs Péi 974 » et conseiller maraîchage à la chambre d’agriculture :  [email protected]

A propos de l'auteur

Philippe Nanpon

Déménageur, béqueur d'clé dans le bâtiment, chauffeur de presse, pompiste, clown publicitaire à roller, après avoir suivi des études d’agriculture, puis journaliste depuis un tiers de siècle, Philippe Nanpon est également épris de culture, d’écologie et de bonne humeur. Il a rejoint l’équipe de Parallèle Sud pour partager à la fois son regard sur La Réunion et son engagement pour une société plus juste et équitable.

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