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Arrêté « anti-mendicité » : il faut savoir raison garder !

LIBRE EXPRESSION

L’arrêté d’interdiction de mendier dans un périmètre correspondant au centre-ville de Saint-Pierre de la mi-juillet à la fin août n’en finit plus de susciter émotions et polémiques.

Demander la charité, en soi, n’est ni illégal ni immoral au sein de notre République.

Si la vive émotion – que je partage – d’une bonne partie de nos concitoyens vis-à-vis d’une décision jugée brutale du Maire envers les plus vulnérables est légitime et tout simplement humaine, les polémiques émanant de potentiels candidats à la lointaine échéance des municipales 2026, sont déplacées lorsque l’on connaît leur soif de pouvoir qui n’a d’égal que leur hypocrisie et leur fourberie … 

Ce sont d’ailleurs toujours les mêmes qui sont soudainement épris de justice sociale ou de préoccupation environnementale lorsqu’il y a la moindre occasion de faire du bruit et du grabuge !

Que l’on soit clair : les gesticulations et jérémiades motivées par des aspirations purement politiciennes et des ambitions personnelles ne font qu’aggraver la fracturation de notre société. Le désordre ne dessert aucunement la nécessité d’une plus grande solidarité, bien au contraire.

La décision d’interdire la mendicité pendant la période de vacances scolaires laisse penser que cela viserait à « protéger » les touristes. Or, on nous dit que ce serait à la demande des commerçants : dans ce cas pourquoi avoir limité cet arrêté à la seule période touristique ? Cela ne tient pas !

Face à l’émotion de la population, relayée par les médias, l’auteur de la décision querellée s’est en effet empressé – comme à son habitude (ce n’est jamais lui, ce sont toujours les autres) – d’envoyer au front des boucs émissaires dévoués : une poignée de commerçants, probablement manipulés, avec à leur tête le frère d’un adjoint au maire quasi-porté disparu pour cause de promesses non tenues.

Il est regrettable que quelques afficionados du maire désignent, ce faisant, à la vindicte populaire tous les commerçants du centre-ville.

Cela est de nature à porter atteinte à toute une communauté – à laquelle appartiennent historiquement et majoritairement nos commerçants – implantée depuis presque 2 siècles à La Réunion, parfaitement intégrée, dont l’un des 5 piliers est de faire l’aumône, et qui ne mérite pas d’être injustement stigmatisée.

Ces atteintes à notre précieux Vivre-Ensemble n’honorent aucun des malheureux protagonistes de cette triste affaire. 

Je dénonce avec force ces comportements malsains et irresponsables.

Au-delà des actions individuelles des commerçants en faveur des personnes en difficultés, il faut rappeler et féliciter les associations qui œuvrent collectivement en faveur des plus démunis, notamment les associations cultuelles et/ou culturelles à vocation sociale et caritative qu’elles soient para-municipales ou apolitiques.

Qui peut contester que de manière régulière, et encore plus lors de la crise de la COVID-19, des repas ont été et sont toujours généreusement et régulièrement partagés par des bénévoles, jeunes et moins jeunes, à tous ceux qui ont faim, en plein cœur de ville, devant la porte-même de la Mosquée ?

Sans oublier la distribution de colis alimentaires envers la population en détresse, quelles que soient leurs convictions, jusque dans les quartiers.

L’occasion m’est ici donnée de remercier et encourager les agents publics, notamment communaux et du CCAS, et les bénévoles du monde associatif qui œuvrent inlassablement au service des plus vulnérables sur notre territoire !

Pour en revenir au cœur de ce dossier, la question fondamentale qu’il convient de se poser est la suivante : l’arrêté incriminé est-il ou non proportionné à la réalité au regard notamment de l’impératif de faire respecter l’ordre public dans ses trois composantes, à savoir la sécurité, la tranquillité et la salubrité publiques ?

Doit-on jeter l’opprobre sur l’ensemble de nos concitoyens les plus éprouvés par les difficultés de la vie au motif de quelques incidents causés par quelques-uns – dont la situation malheureuse relève souvent du ressort médical – qui se comportent de manière inappropriée (agressivité, incivilités, …) ? 

Ne faudrait-il pas plutôt cibler par des mesures adaptées, proportionnées et humaines les quelques individus perturbés par les épreuves de la vie dont les agissements peuvent parfois, hélas, troubler l’ordre public ?

J’invite pour ma part tout un chacun à la retenue et à savoir raison garder : dans un état de droit, une décision jugée irrégulière – notamment par son caractère disproportionné – peut faire l’objet d’un recours devant la juridiction compétente.

Plutôt que de crier et de gesticuler sous couvert d’une colère feinte, en montant les uns contre les autres, il me semble plus sage pour ceux qui protestent – sans arrières-pensées – d’attaquer l’arrêté querellé devant le tribunal administratif. 

Ce qui a été fait ce jour : ainsi, le juge dira le droit et chacun s’y soumettra.

Entre un potentat affaibli dont les décisions unilatérales heurtent l’opinion et stigmatisent les plus faibles, et des éternels candidats débraillés qui démontrent une fois encore leur manque de hauteur et leur incapacité notoire à accéder un jour à des responsabilités dans la conduite des affaires publiques, je reste persuadé que le moment venu la population de Saint-Pierre saura choisir une autre voie que celles des « diviseurs » de droite comme de gauche : celle du renouveau certes, mais de la force tranquille, de la bienveillance et de la mesure qui doivent animer celles et ceux à qui nous confions la lourde tâche de gérer nos institutions.

Imrhane Moullan

Chaque contribution publiée dans nos pages nous semble répondre aux critères élémentaires de respect des personnes et des communautés. Elle reflète l’opinion de son ou ses signataires mais pas forcément celle du comité de lecture de Parallèle Sud.

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