KWAFÉ ZORDI
Alors que le réchauffement climatique atteint des records et qu’un phénomène El Niño de grande ampleur s’annonce, La Réunion aborde les prochains mois avec des réserves en eau fragilisées par une année exceptionnellement sèche.
Le front froid et les précipitations qui l’accompagnent ces jours-ci ne suffisent pas à effacer l’alerte « sécheresse » émise par la préfecture. Elle a renouvelé la semaine dernière les mesures de restriction applicables selon les communes, relevant « une situation de sécheresse contrastée entre améliorations locales et tensions persistantes ».

À Saint-Benoît et Saint-Philippe, la situation est désormais suffisamment préoccupante pour que les deux communes soient placées en alerte renforcée sécheresse. À Saint-Philippe, des coupures nocturnes sont déjà appliquées. À Saint-Benoît, les nappes souterraines, très sollicitées, atteignent des niveaux jugés préoccupants.
Les quelques pluies du mois d’août ont juste apporté un peu de répit à Saint-Leu, Saint-Paul, Sainte-Suzanne ou Trois-Bassins, mais elles sont loin d’avoir compensé les déficits accumulés depuis plusieurs mois, souligne la préfecture. La Réunion entre donc dans la dernière partie de sa saison sèche avec une ressource en eau déjà fragilisée.
L’hiver austral 2026 battra-t-il le record de chaleur de 2023
Quant aux températures locales, Météo-France a déjà indiqué qu’août 2026 devrait se classer parmi les mois d’août les plus chauds jamais mesurés à La Réunion, s’approchant du précédent record d’août 2023. Cette année-là, la température moyenne enregistrée en août dépassait de 1,6 °C les normales des trente dernières années. Rappelons que juillet 2026 a été le plus chaud jamais enregistré à La Réunion (+1,4 °C par rapport à la moyenne entre 1991 et 2020).
Les températures enregistrées à La Réunion en cet hiver austral n’affichent pas le caractère catastrophique des canicules françaises de la même période. Elles sont pourtant emportées par la même dynamique mondiale. Selon Copernicus, la température moyenne mondiale d’août 2026 a atteint 16,96 °C. Le mois se situe à 1,65 °C au-dessus de la moyenne de la période préindustrielle 1850-1900 et se classe, à égalité avec juillet 2023 compte tenu de la précision des mesures, parmi les mois les plus chauds jamais enregistrés.

Quand El Niño se superpose au réchauffement climatique
Le Monde de ce mercredi 16 septembre fait le lien entre le phénomène El Niño, dont l’épisode en cours s’annonce d’une intensité record, et le réchauffement climatique. Les deux phénomènes peuvent se superposer. El Niño est un phénomène naturel et temporaire, tandis que le réchauffement climatique lié aux émissions de gaz à effet de serre constitue une tendance de fond. Lorsqu’ils coïncident, El Niño peut accentuer temporairement la hausse des températures mondiales.
L’île aborde la fin de l’année avec des réserves déjà affaiblies alors même que la saison cyclonique pourrait apporter des épisodes de précipitations intenses. Dans plusieurs communes, les usages de l’eau sont actuellement restreints : lavage des véhicules, arrosage des jardins ou remplissage des piscines peuvent être limités ou interdits selon le niveau d’alerte.
Dans le même temps, un El Niño potentiellement très puissant s’installe et les océans atteignent des températures record. Il vient s’ajouter à une tendance de fond : un climat plus chaud, dans lequel les extrêmes peuvent devenir plus marqués.
Franck Cellier
Photo mise en avant © Philippe Nanpon : Les rougeurs précoces des cardinals et des flamboyants, sont les signes d’un mois d’août très chaud



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