[Chronique] Sri(-)Lankais : trait d’union ou de discorde ?

Interventions de Médecins du Monde auprès des réfugiés sri-lankais.

N’AYONS PAS PEUR DES MOTS

Parallèle Sud accueille dans ses colonnes les critiques d’un dévoreur de phrases qui peut passer pour un sacré pinailleur.

Mois après mois, le feuilleton des migrants sri(-)lankais est devenu le fil rouge de l’actualité réunionnaise. Les trois dernières semaines en ont été une preuve de plus. Entre le rejet de demande d’entrée sur le territoire pour 13 d’entre eux, l’arrivée imminente de 186 autres et le cri d’alarme de la municipalité de Saint-Denis, incapable de les accueillir, le sort de ces hommes, femmes et enfants venus échouer sur nos côtes dans l’espoir d’y trouver une eau plus bleue qu’au large de Colombo n’en finit plus de faire couler beaucoup d’encre. 

Et comme toujours en pareil cas, la même question refait surface au sein des rédactions : sri(-)lankais, avec ou sans trait d’union ? Force est de constater qu’aucune réponse ne semble s’être clairement dessinée, le cœur des médias d’information locaux balançant au gré des éditions entre « sri-lankais » et « sri lankais ». 

Disons-le tout de suite, cette confusion est à l’image de celle qui règne dans la typographie française. L’arrêté du 4 novembre 1993 relatif à la terminologie des noms d’États et de capitales semblait pourtant avoir clarifié la situation : propres ou communs, les noms de lieux étrangers non francisés suivent les principes typographiques de leur langue d’origine. En revanche, les termes francisés dérivés de ces noms sont logiquement soumis aux règles françaises, lesquelles exigent notamment la présence d’un trait d’union entre les différents éléments d’un nom composé. Exemples : New York (nom américain)/New-Yorkais (nom de création française), Buenos Aires/Buenos-Airien, Sierra Leone/Sierra-Léonais et en toute logique… Sri Lanka/Sri-Lankais. 

Curieusement, les grands maîtres de la typographie se montrent très discrets sur le sujet, comme s’ils avaient peur de se jeter à l’eau. À l’entrée « New York » de son livre « La majuscule, c’est capital », Jean-Pierre Colignon se contente d’un laconique « le gentilé prend un trait d’union ». Même retenue chez les grammairiens, Girodet et Hanse évoquant les New-Yorkais sans autre forme de justification. 

Et pour sri(-)lankais, me direz-vous, on fait quoi ? Plus courageux que ses confrères, le Québécois André Racicot ne se cabre pas devant l’obstacle : « Les habitants du Sri Lanka s’appellent des Sri-Lankais », affirme-t-il, sûr de son cap. L’Académie, elle, ne dit rien. Silence radio également chez Robert. Larousse ne se mouille pas davantage, laissant le choix entre « sri lankais », sri-lankais » et « srilankais », c’est tellement plus simple. Enfin, histoire d’accentuer le trouble ambiant, Littré navigue à contre-courant de la flotte et propose « sri lankais ».

Fort heureusement, dans le sillage du Monde, du Parisien, de Libération, de L’Express, du Point ou encore du Figaro, les publications nationales ont adoubé en bloc la graphie « sri-lankais ». Je ne peux que m’en réjouir. D’abord, parce que je la préconise chaudement. Ensuite, parce que ce n’est pas tous les jours qu’en matière de français, la presse écrite affiche ainsi les traits d’une telle union sacrée.

K. Pello

Pour poursuivre le voyage dans le labyrinthe de la langue française, consultez le blog : N’ayons pas peur des mots

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