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Collecte des déchets : à Saint-Pierre, les salariés de Dérichebourg OI entament leur onzième jour de grève

Depuis le 13 juillet, les chauffeurs et ripeurs de Dérichebourg Océan Indien sont en grève pour réclamer une revalorisation salariale. Alors que la direction estime leurs rémunérations déjà supérieures aux minima de la convention collective, les salariés dénoncent l’absence d’augmentation depuis la reprise de l’activité en 2024, malgré des conditions de travail qu’ils jugent particulièrement éprouvantes. Face à un mouvement qui perturbe fortement la collecte des déchets sur le territoire de la CIVIS, la collectivité a mis en demeure son prestataire, le 21 juillet, de rétablir le service sous 48 heures.

Une grève qui s’éternise

Le jeudi 23 juillet, un seul camion-benne traverse Saint-Pierre, sous la pluie, pour ramasser des poubelles remplies à ras bord. Il faut dire que depuis le lundi 13 juillet, c’est l’ensemble des chauffeurs et ripeurs (techniciens ramasseurs) salariés qui font grève devant le siège saint-pierrois de leur employeur, Dérichebourg Océan indien (OI). En cause, un refus de la part de la direction d’augmenter les salaires des chauffeurs et ripeur, une demande formulée lors des négociations annuelles obligatoires (NAO).

Pourtant, celle-ci a bien prévu une augmentation mais uniquement pour les agents de maîtrise. La raison : la direction refuserait une augmentation pour les chauffeurs et ripeurs du fait de leurs salaires qui seraient déjà supérieurs à ceux établis par la convention collective des activités du déchet. 

Présent sur place depuis le début de la grève, Jean-Denis Uldéric, chauffeur et délégué syndical UR 974, rappelle pourtant que ces salaires avaient été négociés des années plus tôt, avant même que Dérichebourg ne reprenne les salariés : « On vient tous de sociétés différentes avant la reprise par Dérichebourg en 2024 et depuis, on n’a jamais eu aucune augmentation alors même qu’on a fait la même demande en 2024 et 2025. »

Jean-Denis Uldéric, représentant syndical de l’UR974 (gauche), mène la grève depuis le 13 juillet 2026.
Les grévistes sont là tous les jours dès 1 h du matin pour demander une augmentation. de leurs salaires.

Le management de la direction remis en question

L’ancien salarié de la Semrre (société d’économie mixte Réunion recyclage environnement) explique que l’année précédente, une prime avait finalement été proposée par la direction mais seulement sur les trois derniers mois de l’année. Un geste que les chauffeurs et ripeurs estiment insuffisant au regard de la hausse du coût de la vie sur l’île, mais aussi du fait de leurs conditions de travail difficiles.

« Nous, qu’il pleuve, vente, ou fasse grand soleil, on est toujours dehors. Sur les deux dernières années, après les cyclones, on est sortis pour ramasser, nettoyer et pourtant, on a aucune reconnaissance », ajoute un chauffeur de camion présent devant Dérichebourg. Un autre dénonce également une direction qui manage par les avertissements : « On travaille de nuit, avec de la fatigue et souvent peu de visibilité alors qu’on doit manier des véhicules qui sont volumineux. Malgré tout, on se prend des avertissements en cas de casse involontaire et ensuite, cela peut être retenu contre nous. »

Au-delà de la demande d’augmentation, Jean-Denis Uldéric rappelle que par le passé, Dérichebourg OI a déjà perdu plusieurs marchés suite à des mouvements sociaux : « Quand ils ont eu le marché du Tampon, les équipes ont fait grève, ensuite ils ont eu celui de Saint-Joseph et il y a eu une nouvelle grève. Maintenant, ils ont celui de Saint-Pierre et il y a de nouveau une grève. On voit bien qu’il y a un problème dans le management des équipes. »

Quelques camions sortent chaque jour, et les grévistes refusent de les bloquer.
Le camion passé dans Saint-Pierre ne suffit pas à récolter les déchets stockés depuis plus d’une semaine.

La CIVIS met en demeure Dérichebourg OI une seconde fois

Depuis le 13 juillet, un service minimum est assuré avec seulement deux camions qui sortent au lieu de 40 grâce aux salariés en CDD et en intérim qui étaient déjà prévus pour remplacer les départs en congé et les arrêts maladie. La CIVIS, pour laquelle Dérichebourg OI est prestataire, a mis la société en demeure une seconde fois, le 21 juillet, demandant à ce que « l’exécution intégrale du service de collecte » soit rétabli dans un délai de 48 heures sous peine d’une mise en régie du prestataire soit une reprise en main par la CIVIS du marché public qui se ferait au frais de Dérichebourg OI. 

Le directeur de Dérichebourg OI présent ce matin n’a pas souhaité répondre à nos questions. Les grévistes, qui en sont à leur onzième jour de grève, espèrent que l’intervention de la CIVIS fera basculer la négociation en leur faveur et ont également demandé à ce que l’inspection du travail joue le rôle d’arbitre dans cette négociation. « On attend un dialogue avec tout le monde et on ne partira pas tant qu’on n’aura pas eu gain de cause », ajoute Jean-Denis Uldéric. 

Olivier Ceccaldi

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A propos de l'auteur

Olivier Ceccaldi

Photojournaliste, Olivier a tout d'abord privilégié la photographie comme support pour informer notamment sur les réalités des personnes exilées face à la politique migratoire de l'Union européenne. Installé sur l'île de La Réunion depuis 2024, il travaille principalement sur les questions de société et de l'héritage.

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