Corail hélicoptères

[Edito] « La fin de l’abondance »… et des hélicoptères ?

Faut-il interdire – ou limiter à tout le moins – l’usage des jets privés ? De même, chez nous, faut-il interdire – ou limiter à tout le moins – l’usage des hélicoptères à vocation touristique. A l’heure où le président de la République semble vouloir passer à la transition écologique, le secrétaire général d’Europe Ecologie Les Verts Julien Bayou explique qu’une seule heure de vol d’un de ces avions consomme autant de carbone qu’une voiture pendant une année. Dans notre île, encore plus inutiles, les hélicoptères consomment cent à cent cinquante litres de kérosène de l’heure. Tout ça pour regarder le bas d’en haut. 

Lundi dernier, le 22 août, RTL Réunion invitait ses auditeurs à se prononcer sur les nuisances causées par ces engins volants. Et l’animateur ne ménageait pas ses efforts pour faire réagir, citant le patron d’une compagnie locale qui conseille aux mécontents tout simplement « d ‘aller habiter ailleurs ». Il faut noter que pour une part importante de la population réunionnaise, la vie est devenue un enfer de bruit et de fureur dès potron minet tous les jours de beau temps. Certains voient passer jusqu’à quatre-vingts hélicoptères au dessus d’eux à très basse altitude chaque matin.

 Pour autant, les rares réactions des auditeurs sont peu concernées. Du « ça plait aux touristes » aux « c’est bien pour qui ne peut pas marcher, on devrait même permettre la dépose à Mafate pour les personnes handicapées », les quelques intervenants reconnaissent tout de même qu’un hélicoptère, et bien c’est bruyant, et que ce serait « mieux s’ils volaient plus haut ». 

Même quand ils ne sont pas clients, on sent de la part des intervenants comme une nécessité que le vol en hélicoptère doit exister (Ndlr: on ne parle pas là bien sûr des missions d’intérêt public, que personne ne conteste). On voudrait que cela reste possible. Mais pourquoi ?

Pendant longtemps, celui qui voulait voir Mafate d’en haut se levait de bonne heure et montait au Maïdo. C’est ce que j’ai moi-même fait des années durant, jusqu’à ce que mes obligations professionnelles m’amènent à prendre l’hélicoptère. Pour tout vous dire, ce n’est pas terrible du tout. Et même très décevant. A 250 euros le tour de manège d’une demi-heure, on est loin d’en avoir pour son argent, surtout si les pilotes respectent les règles et les habitants. Ce qui explique que, pour satisfaire les clients, ils volent bas, multiplient les acrobaties, et du même coup les nuisances. 

Mais qui donc a dit que c’était une liberté d’aller regarder les gens du dessus ? Depuis quand cette liberté-là prime sur celle de la population à vivre tranquille ? Macron a dit « c’est la fin de l’abondance », demandant « des efforts » et « des sacrifices ». On pourrait commencer par supprimer les vols touristiques en hélicoptère et, soyons fous, poursuivre avec les sports automobiles et les jets skis. A La Possession, il est désormais interdit de rester à l’arrêt dans sa voiture le moteur en marche. C’est déjà ça. Tipa tipa narivé.

Philippe Nanpon 

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A propos de l'auteur

Philippe Nanpon

Déménageur, béqueur d'clé dans le bâtiment, chauffeur de presse, pompiste, clown publicitaire à roller, après avoir suivi des études d’agriculture, puis journaliste depuis un tiers de siècle, Philippe Nanpon est également épris de culture, d’écologie et de bonne humeur. Il a rejoint l’équipe de Parallèle Sud pour partager à la fois son regard sur La Réunion et son engagement pour une société plus juste et équitable.

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