Empoisonnement au Chlordécone : stop au déni de justice

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LIBRE EXPRESSION

Le parquet de Paris a requis un non-lieu dans l’affaire du Chlordécone ce jeudi 24 novembre 2022.

Le Chlordécone, insecticide produit par les firmes de l’agro-chimie américaine, a été répandu dans les bananeraies de Guadeloupe et de Martinique à partir de 1972 pour lutter contre le charançon. Ce pesticide a été interdit en 1976 aux États-Unis. Pourtant, la substance est restée autorisée en France, aux Antilles, jusqu’en 1993. D’après Santé Publique France, la population antillaise est contaminée à près de 90 % par le Chlordécone. Le taux de cancer de la prostate y est deux fois supérieur à la moyenne mondiale, sans parler des autres types de cancers et de maladies au sujet desquels les autorités continuent de nier le lien de causalité… La pollution des sols est durable. La molécule du chlordécone, très persistante, est désormais présente partout : dans les sols – sur plus de 40 000 hectares de terres potentiellement polluées –, dans les cours d’eau, et même en milieu marin.

En 2006, plusieurs associations martiniquaises et guadeloupéennes avaient déposé plainte pour empoisonnement, mise en danger de la vie d’autrui et administration de substance nuisible. Une information judiciaire avait été ouverte au tribunal judiciaire de Paris en 2008.

Après 16 ans d’enquête, le parquet de Paris a donc demandé un non-lieu pour l’empoisonnement à grande échelle. Selon lui, les faits seraient prescrits. L’indignation est forte dans la population guadeloupéenne et martiniquaise. Cette indignation est la nôtre. Depuis des années, les nombreuses mobilisations citoyennes et écologistes exigent que justice soit faite.

Malgré les plans Chlordécone successifs des gouvernements pour s’attaquer aux conséquences de cette pollution, malgré l’ajout par les autorités, en décembre 2021, du cancer de la prostate lié à une surexposition aux pesticides au tableau des maladies professionnelles, ouvrant ainsi la voie à l’indemnisation des ouvriers agricoles malades, la vérité et la justice ne sont toujours pas reconnues. Les habitantes et habitants de la Guadeloupe et de la Martinique attendent une condamnation exemplaire des responsables de cet empoisonnement massif.

En 2019, le rapport de la commission d’enquête parlementaire de l’Assemblée nationale sur l’utilisation du Chlordécone avait désigné l’État « premier responsable » du scandale, pour avoir autorisé l’emploi de cette substance pendant deux décennies, alors que les scientifiques avaient exprimé des réserves dès le début des années 1970 et que l’Organisation mondiale de la santé l’avait classée cancérogène possible dès 1979.

Les plaignants, parties civiles et militants, tel Harry Durimel, maire écologiste de Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) et avocat historique des victimes du Chlordécone, continueront jusqu’au bout la bataille juridique. Les associations et collectifs citoyens feront appel, même si le juge d’instruction prend une ordonnance de non-lieu comme il est à prévoir fin décembre 2022. Et si la cour d’appel confirme le non-lieu, elles et ils iront devant la Cour de cassation. Car la Cour de cassation a eu l’occasion de rappeler que lorsque les parties civiles ne connaissaient pas les faits dont elles sont atteintes, le délai de prescription ne court pas.

Les parties civiles se prévaudront de cette jurisprudence. Les plaignants réfutent la prescription invoquée par le parquet. En effet, il n’est pas trop tard puisque l’empoisonnement est en cours. Et si les acteurs de cet empoisonnement échappent à la justice pénale, la justice administrative sera saisie pour continuer ce combat juridique afin d’obtenir une réponse à la hauteur de ce que cela représente pour le peuple antillais. Car comme le dit Harry Durimel « Ne baissons pas les bras. Il n’est pas question qu’on se résigne à ce que l’homme antillais nouveau soit un homme chlordéconé. »

Génération Écologie réaffirme son soutien aux victimes du Chlordécone et son exigence de justice. Nous continuerons de lutter contre la loi du lobby de l’agro-chimie qui pollue nos sols, nos cours d’eau et nos océans menaçant gravement notre biodiversité et notre santé. Face à cette politique d‘empoisonnement, seul un modèle agricole basé sur l’agroécologie, le respect du vivant et la décroissance est envisageable.

Vincent Defaud, Membre du Conseil National de Génération Ecologie, Référent Outre-mer de Génération Ecologie

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