Le mardi 14 avril 2026, les artistes du spectacle « Flamboyants », originaires de La Réunion, Porto Rico et la Nouvelle-Orléans, étaient présents au collège Aimé Césaire de L’Étang-Salé pour partager leur passion. Entre ateliers, mini-concert et discussion, cette rencontre a permis aux élèves de découvrir la créolité autrement.
Dès 8 heures du matin le mardi 14 avril, les premières animations débutent au sein du CDI du collège Aimé Césaire. Les élèves participent à des ateliers en petits groupes avec les artistes et des performances musicales ont également lieu pendant la récréation, ce qui rend l’expérience plus proche des élèves. Pour faciliter l’échange avec les artistes venus de Porto Rico et de la Nouvelle-Orléans, des traductions en anglais et en espagnol sont proposées, notamment avec la présence de la prof d’anglais et les explications de Florient Jousse, metteur en scène du spectacle présenté.
Porté par la Compagnie Tilawcis en partenariat avec le Théâtre des Sables, « Flamboyants » est un spectacle entre musique et théâtre qui s’inscrit dans une démarche à la fois artistique et pédagogique. En marge de sa diffusion sur plusieurs scènes de l’île, le projet s’invite dans les établissements scolaires pour transmettre les multiples facettes de la créolité.
Comment tout a commencé
Ce projet commence par une série de rencontres lors d’une tournée aux États-Unis qu’a faite Florient Jousse. Pour le comédien et metteur en scène, la découverte de la bomba portoricaine provoque un tournant dans sa tête et il remarque rapidement des similitudes frappantes avec le maloya, notamment dans les instruments et la rythmique. « C’est une grande logique naturelle », dit-il. Pour aller plus loin dans sa démarche, il organise une rencontre avec des représentants des Mardi Gras Indians, mouvement artistique et culturel de la Nouvelle-Orléans. Pendant environ deux heures, il échange avec Big Chief Juan Pardo, artiste et chef de tribu, et c’est à ce moment-là que le projet Flamboyants commence à prendre forme.
Dans la pièce de théâtre, Florient Jousse a cherché à représenter la Nouvelle-Orléans comme « un territoire aux nombreuses langues », d’où son ancien nom « Bulbancha », et un « carrefour culturel ». À l’époque, différents peuples s’y rencontraient et devaient trouver des moyens de communiquer, donnant naissance à une forme de créole commun. Une réalité qui fait écho à La Réunion, et qui explique le choix de jouer « Flamboyants » sur l’île.
Dans la continuité, Florient Jousse a fait appel à Frédéric Madia et Zélito Déliron, joueurs de maloya réunionnais, qu’il connaissait déjà en tant que spectateur. Et assez vite, tout le monde se rend compte qu’il y a énormément de points communs entre La Réunion, Porto Rico et la Nouvelle-Orléans.
Entre mémoire et transmission
Frédéric Madia, issu d’une famille de musiciens et neveu de Gramoun Lélé, insiste sur la nécessité de connaître son histoire car il estime qu’il vient d’une famille de griots. À travers la notion de « kalbano », il rappelle que la langue créole s’est construite dans le contexte de l’esclavage. Et « Si nou koné pas nout’ zanset, nou koné pas nou », explique-t-il aux élèves. Une idée partagée par les autres artistes, qui insistent sur le rôle des jeunes dans la transmission culturelle. « Vous êtes les gardiens de votre culture », dit Big Chief Juan Pardo aux élèves.
Une scène remplie d’Histoire
Le spectacle Flamboyants repose aussi sur une histoire très symbolique. Le personnage principal joué par Florient Jousse traverse une épreuve personnelle très forte. Un soir de cyclone, il finit par se jeter dans l’océan Indien, avant d’être finalement ramené par les flots.
Cette histoire fait écho à celle du « Corce Blanc » (ou Bois de bassin), un arbre endémique qui ne fleurit qu’après avoir été choqué ou stressé, souvent lors d’un cyclone. C’est une manière de montrer que les épreuves peuvent aussi permettre une transformation, une renaissance.
Les costumes participent aussi à cette narration, notamment à travers les perles, qui font écho à l’une de leurs chansons chantée pendant la récréation : « i enfil perle, i enfil plim ». On y retrouve également des animaux totems, ainsi que des influences afro-caribéennes. Parmi les références marquantes, il y a aussi la chanson « Indian Red », chantée par les Mardi Gras Indians lors de l’ouverture de leurs cérémonies à la Nouvelle-Orléans. Elle renvoie à des figures spirituelles comme Shango, un Orisha, une divinité du tonnerre présente dans plusieurs cultures afro-caribéennes.

Une expérience marquante pour les élèves
À l’issue des ateliers, les réactions des élèves témoignent de l’impact de la rencontre et de ce qu’ils ont retenu : « Il faut partager toutes les cultures », « C’est une fierté d’être créole », « J’aurais aimé assister à leur spectacle car c’était pas assez long pour moi, j’ai adoré », « C’est incroyable, ça m’a fait pleurer et en même temps on a appris c’était quoi être chef de tribu », expliquent des élèves.
Certains retiennent aussi l’idée qu’il n’est pas nécessaire d’être né dans un pays pour en ressentir la culture, mais qu’il est essentiel de la comprendre et de la respecter.
Lors des ateliers, les artistes ont été répartis en petits groupes avec les élèves, chacun abordant des thématiques différentes en lien avec leurs parcours et le spectacle Flamboyants.
Marién Torres Lopez et Ivelisse Diaz évoquent toutes deux dans leur groupe respectif la bomba qui a une place importante dans la vie de chacune. Deux histoires marquantes lorsque l’on sait qu’historiquement la « bomba » était à l’origine réservée aux hommes. Les deux artistes participent aujourd’hui à leur évolution en créant des groupes exclusivement féminins, non pas dans une logique d’exclusion concernant les hommes, mais pour rétablir un équilibre.
Du côté de Florient Jousse et Big Chief Juan Pardo, le message était plus porté vers la transmission culturelle. Ils ont insisté auprès des élèves sur l’importance de ne pas s’éloigner de leurs racines. Zélito Déliron a quant à lui évoqué son parcours personnel à travers la musique. En expliquant qu’il collectionne des flûtes venues du monde entier, plus de 500 au total, et le qualifie comme instrument « aérien ». C’est un artiste qui a également apporté plusieurs anecdotes sur son passé et l’importance de valoriser sa culture à l’étranger : « Fo pa attan èt an dèors po woir la valèr ke nena isi la Rényon. »
Frédéric Madia a expliqué ce que signifie le mot « kalbano » et a insisté sur l’importance de comprendre d’où vient la langue créole. Il a souligné les nombreuses similitudes entre La Réunion et Porto Rico, allant jusqu’à dire que certaines formes de créole permettent parfois de se comprendre entre territoires différents, malgré les différences de mots et de sonorités. Initialement prévu l’année précédente, le spectacle Flamboyants s’est joué le vendredi 17 avril à Saint-Benoit dans la salle Gramoun Lélé.
« Si nou kone kissa nou lé, nou kone oussa nou sorte » : une phrase qui, au-delà des mots, a pris tout son sens au fil des échanges.
Anne-Sophie Clain






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