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Kolèktif des associations pour le logement – Matthieu Hoarau : « L’idée est de porter une parole commune dans un contexte d’urgence sociale »

En début d’année, le Kolèktif des associations pour le logement interpellait les pouvoirs publics sur la nécessité de faire de la question du logement, un enjeu majeur des politiques sociales. Ce jeudi 23 avril, alors que les élections municipales sont passées, la Fondation pour le logement des défavorisés présente son rapport annuel sur l’état du mal-logement à La Réunion. Pour Parallèle Sud, Matthieu Hoarau, directeur régional de la Fondation et membre du Kolèktif, revient sur ce sujet. 


Pouvez-vous expliquer ce qu’est ce Kolèktif, pourquoi il a été créé, et quelles associations le composent ?

Matthieu Hoarau : Avant d’entrer dans le détail du kolèktif, il faut rappeler que nous publions chaque année un rapport sur l’état du mal-logement à La Réunion. Ce rapport permet à la fois de suivre l’évolution des indicateurs et de mettre en lumière une thématique particulière, comme les jeunes, les familles monoparentales ou encore les personnes âgées. Cette année, il sera présenté le 23 avril et portera notamment sur la question de l’habitat.

Concernant le Kolèktif, il s’inscrit dans la continuité d’un collectif national qui existe depuis une vingtaine d’années. À La Réunion, nous avons souhaité décliner cette démarche à l’échelle locale en rassemblant plusieurs associations engagées dans la lutte contre la précarité, comme Médecins du Monde, le Secours catholique, la Cimade, Emmaüs Réunion et la Fédération des acteurs de la solidarité L’idée est de porter une parole commune dans un contexte d’urgence sociale, alors que tous les indicateurs se dégradent. Il s’agit aussi de rappeler que les associations ne peuvent pas compenser à elles seules les insuffisances des politiques publiques.

Quels sont aujourd’hui les principaux freins qui expliquent la crise du logement à La Réunion ?

La situation repose d’abord sur une précarité structurelle très forte qui caractérise le territoire. Une part importante de la population vit avec des revenus très faibles, ce qui rend l’accès au logement particulièrement difficile. Cette fragilité s’est encore accentuée ces dernières années, comme en témoignent l’augmentation des demandes d’aide alimentaire, des appels au 115 ou encore des sollicitations pour un hébergement d’urgence.

À cela s’ajoute une organisation institutionnelle complexe, où les responsabilités sont partagées entre plusieurs niveaux de collectivités, ce qui nuit à la coordination des politiques publiques. Concrètement, cela se traduit par un manque de places d’hébergement, une production insuffisante de logements sociaux et des difficultés à réguler efficacement le marché privé. L’ensemble de ces facteurs contribue à une crise qui est à la fois sociale, économique et politique.

33 000 logements vacants recensés

Concernant les locations saisonnières, est-ce un facteur majeur de la crise ?

Les locations saisonnières jouent un rôle, mais il serait réducteur d’en faire l’unique cause. Le problème est plus global et nécessite une lecture d’ensemble du marché du logement. À La Réunion, une très grande majorité de la population est éligible au logement social, alors même que l’offre reste insuffisante. Dans ce contexte, le parc privé devient de fait un substitut au logement social, sans toujours offrir des conditions accessibles ou adaptées.

Les locations touristiques viennent accentuer certaines tensions, notamment dans les zones les plus attractives, mais leur impact varie selon les territoires. Il est donc essentiel de mieux les connaître, de comprendre leur répartition et d’évaluer leurs effets réels, y compris sur l’économie locale. Dans certains cas, elles peuvent contribuer à déséquilibrer les quartiers sans générer de retombées significatives pour les commerces de proximité.

Qu’en est-il des logements vacants à La Réunion ?

Le nombre de logements vacants est significatif, avec environ 33 000 logements recensés. Tous ne sont pas exploitables, notamment en raison de leur état ou de leur localisation, mais une partie pourrait être mobilisée pour répondre aux besoins actuels. Cela suppose à la fois des incitations financières, des dispositifs d’accompagnement pour les propriétaires et une volonté politique forte.

Certaines expériences montrent que des actions ciblées, comme le contact direct avec les propriétaires ou la mise en place de mécanismes de taxation, peuvent produire des résultats concrets. L’enjeu est donc de créer les conditions pour que ces logements soient remis sur le marché, que ce soit dans le parc privé ou à des fins sociales.

Urgence sociale

Travaillez-vous avec les collectivités locales ? Les choses avancent-elles ?

Les associations sont en lien constant avec les acteurs publics, que ce soit pour répondre aux besoins immédiats ou pour formuler des propositions. Il existe des avancées, notamment sur le plan réglementaire, avec l’extension de certains dispositifs aux territoires ultramarins. Certaines collectivités commencent également à se mobiliser davantage.

Cependant, ces évolutions restent trop lentes au regard de l’urgence sociale. Le décalage entre les besoins et les réponses apportées demeure important, ce qui justifie la création du collectif et l’appel à une mobilisation plus large.

Aujourd’hui, il faut trouver un équilibre entre les impératifs économiques et les besoins sociaux. Le développement du territoire ne doit pas opposer ces deux dimensions, mais chercher à les articuler. Cela étant dit, certaines décisions nécessitent effectivement des arbitrages clairs, notamment lorsqu’il s’agit de prioriser l’accès au logement ou de répondre à des situations d’urgence sociale.

Les outils existent déjà, qu’il s’agisse de l’encadrement des loyers ou de la régulation des locations touristiques. Encore faut-il que les collectivités s’en saisissent pleinement et les mettent en œuvre de manière volontariste.

Quel est le message principal du collectif aujourd’hui ?

Le collectif appelle à une prise de conscience forte. Il insiste sur la nécessité d’aller au-delà des logiques de gestion pour adopter une véritable ambition politique en matière de logement. Les solutions existent déjà, mais elles doivent être mises en œuvre de manière cohérente et à la hauteur des enjeux.

L’objectif reste simple dans son principe, même s’il est complexe dans sa mise en œuvre : permettre à chacun de vivre dans un logement digne et décent, quelles que soient ses ressources ou sa situation.

Entretien réalisé par Olivier Ceccaldi

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A propos de l'auteur

Olivier Ceccaldi

Photojournaliste, Olivier a tout d'abord privilégié la photographie comme support pour informer notamment sur les réalités des personnes exilées face à la politique migratoire de l'Union européenne. Installé sur l'île de La Réunion depuis 2024, il travaille principalement sur les questions de société et de l'héritage.

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