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Le documentaire Oreka mêle aventure, handi-sport et résilience dans un récit émouvant

Ce jeudi 28 mai dernier, dans les grands fauteuils rouges du théâtre Luc Donat, au Tampon, tous les yeux étaient rivés sur le documentaire Oreka, Au-delà du possible . Dans le récit d’une expédition dans les Îles Lofoten en Norvège, les deux amis abordent en réalité les thématiques de résilience, de handi-sport, et d’aventure.

Cette histoire est celle de Maxime Cabanne et Michel Garcia. Une amitié née il y a quinze ans, entre les murs de la clinique de Mariena. Maxime venait de perdre la mobilité de ses jambes dans un accident de voiture. Michel était spécialiste de l’activité physique adaptée. La complicité est évidente. Elle crève l’écran. Pourtant, comme Michel le dit dans le film : « Je n’ai pas ça avec tous les patients que j’accompagne. »

Lorsqu’il rentre dans la clinique, l’objectif de Michel est clair : faire en sorte que Maxime reconnecte avec le sport. S’en suivront des années de para-sport qui mèneront Maxime à des compétitions de haut niveau : para-surf, rugby, tennis et padel en fauteuil, pelote basque, etc. Mais tout aurait pu être « juste » raconté, de voix en voix, si Michel n’avait pas instinctivement et naturellement décidé, un jour, de commencer à filmer. Filmer ce qu’il était en train de se passer pour son ami. Naturellement, simplement, sans artifices ni mises en scène. Des scènes d’entraînements sportifs, des scènes de rééducation, des images de la première session de para-surf, jusqu’aux compétitions internationales et, finalement, jusqu’à l’expédition d’une vie : l’aboutissement logique d’un film ayant commencé quinze ans plus tôt. Cette expédition, c’est un voyage jusqu’aux îles Lofoten, en Norvège. Dix-huit jours mêlant surf trip et expédition de 100 kilomètres dans les terres, voici le récit du documentaire Oreka, Au-delà du possible

Interview croisée

Maxime Cabanne : Je suis un personnage d’Oreka. Je suis sportif de haut niveau, moi, dans la vie. Je suis du Pays basque. J’habite à Bayonne. Je fais beaucoup de sport, en compétition. Je fais beaucoup de surf, du tennis, du padel en fauteuil, de la pelote basque aussi.

Michel Garcia. Je suis Michel Garcia, j’ai 41 ans. J’ai rencontré Maxime en clinique Mariane, dans le Sud-Ouest. Donc, évidemment, je ne connaissais pas Maxime avant qu’il ne fasse un accident et qu’il passe les portes de notre clinique.
À partir de là démarre un processus qui a duré presque plus de quinze ans, avec, de mon côté, une envie d’utiliser la vidéo. Le film est né pour donner espoir aux gens. Avec le cas de Maxime, il y a une amitié qui est née très rapidement, et puis on s’est suivis tous les deux pendant quinze ans. On a fini cette belle expédition en Norvège, qui a permis un peu de clôturer cette parenthèse de quinze ans, même si après, il y a des aventures qui vont continuer.

Maxime Cabanne et Michel Garcia, au Festival du film d’Aventure 2026 pour le documentaire  » Oreka, au dela du possible  »

Ce qui est particulier dans le film, ce sont les images d’archives que vous avez, qui donnent de la puissance à l’histoire que vous racontez. Quel a été votre déclic pour faire de ces images un documentaire que vous souhaitiez projeter sur grand écran ?

Michel Garcia. En fait, il y a eu plein d’étapes. Il y a eu d’abord ce petit film de quelques secondes avec Maxime. Puis après, je me rappelle, il y a un moment où je me suis dit : « Tiens, Maxime, avec ton histoire, il y a moyen de faire un truc assez sympa, je pense. » Et puis, on s’est dit que dix minutes, ça pouvait être bien pour décrire ton profil. De base, ça devait finir sur un mondial en Californie, mais il y a eu des étapes après, parce qu’à chaque fois, il progressait. Là, très sincèrement, si je n’avais pas eu l’expédition, on n’aurait pas fini ce film. 

Ça a montré tout ce qui s’était passé aussi avant. Tout ce chemin, parcouru, à deux, parce que ce sont nos chemins à tous les deux. Mais c’était compliqué à raconter. Plus on mettait de temps, plus on enrichissait le film, plus c’était complexe. Choisir, sélectionner ce qu’on allait dire ou ne pas dire, c’était vraiment dur à vivre. En fait, c’est l’histoire de nos deux parcours. Moi, j’ai évolué dans le sport, lui a évolué dans sa pratique de rééducateur puis de vidéaste. Si on fait les parallèles, Maxime, c’est un patient qui devient sportif de haut niveau. Moi, je suis un rééducateur qui, aujourd’hui, devient réalisateur.

Ça fait un mois et demi que je ne suis plus en structure, parce que j’ai pris un congé sabbatique. Je ne pouvais pas gérer. On a fait l’expédition, on est rentrés, on a commencé à faire un montage. J’ai pris trois mois de congé sabbatique et, au moment où je devais reprendre, la postproduction m’a dit : « OK, Canal+ valide, donc on y va. » Et donc là, moi, j’étais dans la structure, et je m’engageais dans un truc qui me dépassait. Je ne vais pas aller dans le détail, mais on ne peut pas faire un CDI d’un côté et ça de l’autre.

On m’a mis en parenthèse et je suis parti m’occuper du film à Paris, avec un montage qui a quasiment duré une année. Et là, elle continue. Ça fait deux ans que je fais vraiment ça.

C’est un film d’aventure, mais c’est aussi un film sur l’humain, sur votre amitié, sur le handicap, sur la résilience, sur le dépassement de soi via le sport, le côté salvateur. Il y a énormément de choses dans ce film. Comment le décririez-vous ?

Maxime Cabanne : C’est un film d’aventure parce qu’il y a cette aventure, il y a la performance, mais ça va au-delà de ça. Il y a Michel qui est soignant. Il rend un très bel hommage aux soignants dans la première partie du film. On voit ce qui se passe dans le centre de rééducation. Il y a beaucoup de messages pour les patients, les futurs patients, parce qu’il y en aura toujours malheureusement. Il y a plein de messages de vie aussi, positifs. C’est compliqué de le mettre dans une case.

Ce qu’on ressent dans le film, c’est aussi le côté très spontané des images, le côté très naturel de ce que vous faites. J’imagine que c’est aussi parce que la caméra est là depuis des années avec vous, comme si elle était un personnage à part entière dans votre histoire.

Maxime Cabanne : Ça a démarré, je me rappelle, j’étais sur un exercice de vélo à bras. J’étais sur un temps de pause entre deux exercices. Il m’avait dit : « On va faire un film. » Mais c’est rentré par là et sorti par là. J’ai dit : « Ouais, si tu veux. » Moi, j’ai pris ça comme un jeu. C’était la maison, on était ensemble, et au final, je trouvais cool d’être devant la caméra. 

Michel Garcia : On voit dans le film que c’est vraiment naturel, que ce soit la vie de Maxime en structure, moi en tant que soignant, lui sur ses compétitions ou les expéditions. Il n’y a pas de triche. Je pense que c’est aussi pour ça que ça marche.

Et quand vous êtes partis dans votre expédition, vous n’aviez pas imaginé des plans à l’avance ? 

Michel Garcia : Oui. En plus, comme je suis autodidacte, je n’ai pas de technique particulière. Mon défaut, c’est que, comme j’ai toujours peur de manquer de matière pour raconter, je filme énormément, beaucoup trop. Ce qui fait que, derrière, j’ai énormément de rush, des gigas, des téraoctets.

En Norvège, on ne s’est pas dit : « On va exactement faire ce parcours. » On savait qu’on allait surfer, on filme tout ce qu’on peut du surf. On savait qu’on allait faire l’ascension. Des fois, on peut croire qu’il y a des choses qui sont jouées. Quand je le porte, quand on s’arrête, quand on fait une blague tous les deux, pas du tout, c’est sur le moment. Il n’y a rien de prémédité. C’est naturel. Je pense que c’est ça qui plaît aussi au public.

Dans un voyage comme ça, il y a toujours plein d’imprévus. Qu’est-ce que vous ne vous attendiez pas à vivre ?

Michel Garcia : En tant que caméraman et scénariste, tu as envie d’avoir des embûches. Pas des trucs graves, mais des petits trucs. Le fait qu’on arrive à l’eau, qu’on ait du mal à surfer, ça fait partie du jeu. Au final, j’aurais presque été gêné que Maxime arrive, fasse un déclic, que l’ascension soit trop facile. On savait qu’il y avait des dangers, on savait que ça allait être compliqué et dur, mais au final, je pense qu’on a bien embrassé tout ce qui est arrivé. On ne s’est jamais retrouvés en danger, on n’a jamais eu de souci vraiment monstrueux, mais je crois qu’on s’y attendait un peu.

On voit aussi le dépassement sportif. Vous dites tous les deux que vous êtes à bout. Est-ce que c’est quelque chose que vous n’aviez jamais vécu ?

Maxime Cabanne : Le froid, ça détruit, ça fatigue vraiment. Le premier jour, je me rappelle, c’était le pire. Je ne servais plus à rien. Le soir, vraiment, tu me traînais dans la neige, j’étais une larve. Je perdais mon pantalon de ski, j’avais les fesses à l’air dans la neige, c’était une catastrophe.

Je me souviens de ces sensations. J’ai de mauvais souvenirs de la journée. À un moment, on voit que je suis vraiment dans le dur, je lutte beaucoup sur la montée. C’était vraiment dur, j’étais un peu à bout. Mais ce sont surtout les nuits. Je suis habitué au froid, mais là, c’est du froid extrême. Chaque nuit, je me réveillais en sursaut. Mon corps ne comprenait pas.

Michel Garcia: On ne dormait vraiment pas bien. Il faisait tellement froid. Moi, j’avais un sac de couchage qui tenait moins 40, donc j’étais bien dedans. Mais dans la nuit, j’avais la tête dehors, j’avais froid au visage. Je restais un peu dehors pour respirer, puis je ne pouvais pas tenir, donc je me remettais dans le sac de couchage, sauf que je respirais mon CO2. En gros, ce n’étaient pas de bonnes nuits.

On devait être quasiment nus, avec juste nos sous-vêtements, dans le sac de couchage. On gardait constamment les mêmes sous-vêtements pendant six jours. C’est du mérinos, donc il n’y a pas d’odeur. C’est fait pour ça. Il nous a vraiment mis dans des conditions d’expédition : ne pas prendre de poids inutile. Quand ils partent en expédition, ils enlèvent les étiquettes, ils ne prennent que la tête de la brosse à dents. C’est vraiment un autre monde.

Pour revenir sur la musique, tu dis dans le film que c’est comme ça que tu as commencé. Ton rapport à l’art était d’abord via la musique. Est-ce que tu as songé à faire les musiques du film ?

Michel Garcia : J’y ai songé. Quand j’ai vu Zaïre, le premier film de la première journée, quand elle chante, je me suis dit que ce serait marrant de faire une musique originale, de composer quelque chose en lien avec ce qui est vécu. Je ne voulais pas chanter comme elle, je n’ai pas ça. Mais j’ai toujours un truc hyper créatif et autodidacte. Ça marche ou ça ne marche pas, mais dans ma vie, j’ai vraiment besoin de créer des choses depuis tout petit.

J’ai fait de la musique pendant très longtemps, en parallèle de mon travail en clinique. La musique a toujours bien fonctionné. Elle fonctionne encore aujourd’hui, même si avec les copains des groupes, c’est plus compliqué parce qu’on a moins de temps, on commence à avoir un âge où on est tous plus ou moins parents. Et puis, je suis passé rapidement au film. J’ai un peu délaissé la musique, mais j’ai toujours ce côté créatif.

Ton histoire Maxime c’est aussi vraiment ce lien avec le sport. C’est ce qui ressort beaucoup du film, la place que ça prend dans ta vie. Est-ce que tu étais sportif avant ton accident ?

Maxime Cabanne : Oui, j’étais très sportif. J’étais très passionné de sport. Clairement, j’avais tiré un trait sur le sport au tout début. Et au final, Michel a bien insisté. Au bout de cinq mois à tourner en rond dans le centre, je me suis dit : « Allez, vas-y, je vais tester, je n’ai que ça à faire. » Et directement, je me suis amusé.  Après, j’ai fait mon chemin de vie dans le domaine de la compétition. C’est une grande partie de ma vie quand même.

Ça a été évident d’en faire un documentaire, pour toi aussi, pour donner ce message ?

Michel Garcia : Aujourd’hui, Maxime porte même plus que moi l’envie de montrer le film à des personnes handicapées, dans des structures de soins ou non médicales. Pas forcément cette version-là, peut-être une version plus courte. Maxime l’utilise déjà : il va voir les écoles, les cliniques, les apprenants soignants, pour montrer la valeur de leur métier et pourquoi il est important.

Maxime Cabanne : Pour les patients, je ne l’ai pas encore trop fait. C’est quand même assez compliqué, je pense. Mais ça me tient à cœur. Ce serait plus intime. Je ne vais pas faire ça avec un micro en mode conférence. Réunir des patients qui ont eu un accident depuis quatre mois, c’est assez sensible comme sujet. Mais j’ai pour but d’aller voir des patients, de présenter le film s’ils veulent le voir, et d’aller discuter avec eux pour les motiver et montrer que le handicap n’est pas une fatalité.

Interview menée par Sarah Cortier

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A propos de l'auteur

Sarah Cortier

Journaliste issue d’une formation de sciences politiques appliquées à la transition écologique, Sarah est persuadée que le journalisme est un moyen de créer de nouveaux récits. Elle a rejoint l'équipe de Parallèle Sud pour participer à ce travail journalistique engagé et porter de nouveaux regards sur le monde.

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