Depuis 7 ans, Mù fait de la musique. Ce samedi 6 juin, l’artiste originaire du Chaudron est montée pour la première fois sur la scène du Sakifo. L’occasion pour elle d’offrir son univers onirique au public. Elle se présente au micro de Parallèle Sud.
« Une femme multicasquettes, comme beaucoup d’entre nous d’ailleurs. » C’est de cette manière que se présente l’artiste émergente Mù. Chanteuse, cheffe de projet, créatrice d’un conte musical pour enfants, animatrice d’ateliers artistiques et maman, Mù est montée pour la première fois ce week-end sur la scène du Sakifo. « Une belle opportunité pour moi », déclare-t-elle la veille de sa prestation, vendredi 5 juin dernier.
Pour faire le portrait de Mù, il faut en revenir aux bases. Derrière un parcours de vie ressemblant davantage à un « chemin sinueux » qu’à une ligne droite, selon ses mots, se devine une force de caractère. « Je n’ai jamais fait les choses dans l’ordre, j’ai eu des enfants tôt, j’ai eu des postes à responsabilité très jeune. » Elle décrit une enfance difficile, violente. Alors, la musique est devenue un espace où déposer ses parts d’ombre. « C’est arrivé un peu par accident, dans une période de vide. »
Pour autant, ce n’est plus un secret, l’industrie musicale est un espace houleux, parfois hostile pour les artistes émergents qui cherchent à se faire une place. Lorsque l’on tente de proposer quelque chose de différent, les critiques fusent. Mù en a aussi fait les frais. Pour faire face aux critiques, pour se professionnaliser, mais aussi balayer son syndrome de l’imposteur, Mù est passée par la case de l’école. En l’occurrence, l’EMA (École des musiques actuelles). C’est là-bas qu’elle a appris à faire de la production musicale sur des logiciels de MAO. « Pour tout faire toute seule, il faut apprendre la musique, donc c’est ce que j’ai fait. »

Dans ma tête, je ne suis pas vraiment toute seule
Déposer dans la musique ses parts d’ombre
« J’aime beaucoup retranscrire ce qu’il se passe dans ma tête. Et dans ma tête, je ne suis pas vraiment toute seule. J’ai toujours cru que j’étais un monstre, que j’avais un monstre en moi qui analysait tout », confie Mù, avec un sourire en coin. Brumeux, mélancolique, insolent, espiègle sont les mots avec lesquels elle décrit son univers. « J’ai besoin de partager ce que je vis la nuit. Il y a la vie de tous les jours où je suis normale, et ce monde très surréaliste de la nuit, du rêve, que je vis. C’est pour ça que j’ai des cernes », déclare-t-elle avec humour.
Dans son titre Riskab, Mù joue avec certains codes de la société réunionnaise, dans ses paroles mais aussi dans son clip. Avec malice, elle se met en scène dans le rôle d’une femme ensorcelante, avec du pouvoir, exprimant ses désirs et ses manigances. Aiguilles, poupées, sorcellerie, les ingrédients sont là pour donner à son œuvre une couleur à part, tranchée. Aucun doute en écoutant et en regardant Mù : derrière l’artiste se cache un parti pris, un univers onirique, mêlé à une voix de tête envoûtante teintée d’autotune et, en toile de fond, une assurance venue de loin. « Je suis d’origine malbaraise, et souvent on dit : “les Malbars font des sorts”, et je joue avec ça parce que ça me fait rire. Il y a des mythes que j’aime particulièrement parce qu’ils me fascinent. Par exemple, le fait de donner à une statue une ferveur incroyable qui semble soulever des gens, des montagnes. Cette force que l’on met à vouloir des choses, qu’elles soient bonnes ou mauvaises, ça m’interroge. »
Mélange d’influences et touche-à-tout
Dans sa musique, Mù choisit tout : « Comme la peinture, tout est pensé pour créer un univers. Tous les petits sons, les nappes, sont là pour peindre un décor, une ambiance, qui met parfois mal à l’aise ou, au contraire, semble très douce. » Une DA (direction artistique) qui lui ressemble et rassemble ses influences. « J’ai grandi au Chaudron. On écoutait du rap, du ragga. Il y avait ce truc un peu kaniar la kour. Et j’écoutais aussi beaucoup de choses que mes copains n’écoutaient pas, comme David Bowie, Björk. »
Le répertoire de Mù a évolué jusqu’à devenir ce qu’il est aujourd’hui. « Pour le Sakifo, on a un répertoire plus dansant. Je vais essayer de m’amuser et de créer une communion avec les personnes qui viendront m’écouter », déclare-t-elle à notre micro la veille de sa prestation.
Samedi dernier, au Sakifo, sur la scène du Bisik, Mù est apparue vêtue de sa robe blanche, de sa coiffure sophistiquée, dansant et chantant sur les basses et la guitare, avec en fond de scène une fumée rosée par les lumières. De quoi rappeler l’univers de Riskab et embarquer le public du Sakifo dans son univers mystique.
Sarah Cortier


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