À la hauteur des enjeux, la grande cause régionale contre les drogues et les stupéfiants a réuni, vendredi 26 juin, plus de 500 acteurs de tous horizons, institutionnels et représentants de la vie sociale, économique et politique de la Réunion. L’intervention pleine d’émotion des personnes directement concernées, touchées par ce fléau, a donné le la à une rencontre placée sous le signe de la prise de conscience et de la responsabilité collective. Un engagement majeur a été pris de façon inédite et signé par les forces vives de l’île aux côtés du préfet, Patrice Latron et de la déléguée nationale de la Mildeca, Valentine Fournier.
Une menace globale
« Il y a obligatoirement des consommateurs dans cette salle. » Lancée au détour d’une table ronde, la formule a fait sourire l’assemblée, mais elle illustre une réalité implacable : à La Réunion, la drogue n’est plus un sujet marginal. Ce vendredi 26 juin, plus de 500 acteurs et décideurs de La Réunion étaient réunis en préfecture autour de Patrice Latron et de la déléguée nationale de la Mildeca (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives), Valentine Fournier.
Le sous-préfet chargé de la cohésion sociale et de la jeunesse, Frédéric Sautron, l’a martelé : la menace est réelle et peut toucher chacun, à tout âge et dans tous les milieux. L’État n’arrivera pas seul à mener le combat et demande à chaque citoyen d’agir, pour préserver le vivre-ensemble à La Réunion. Les drogues, toujours plus puissantes, toujours plus accessibles, s’infiltrent partout sur notre île.
Une jeunesse particulièrement exposée
Elles touchent plus de jeunes qu’en France. Les chiffres locaux de l’expérimentation chez les mineurs dépassent d’ailleurs largement les moyennes nationales :
- cocaïne : 3,3 % des jeunes Réunionnais de 17 ans (1,4 % en Hexagone)
- MDMA/ecstasy : 7,1 % (2 % en France)
Il s’agit de business, de marché : la demande étant forte, l’offre augmente avec des réseaux de trafic qui se structurent et se professionnalisent. On assiste à une multiplication, une diversification des stupéfiants dont certains n’existent même pas en France hexagonale.
Sur le terrain, les associations décrivent une réalité alarmante : des initiations au zamal dès la classe de CM2, l’émergence de réseaux de prostitution, de délinquance forcée par les dealers pour financer les doses et un accès dramatiquement facilité par les réseaux sociaux, notamment au « dou », cette nouvelle drogue de synthèse, tellement addictive.
Fatima, actrice de terrain à Saint-Pierre, parle de son désarroi quand elle voit, au pied du « bloc » où elle habite, les jeunes déboussolés, sous effet, ne sachant vers qui se tourner pour se sortir de cette spirale fatale de la drogue.
Un plan d’action global et renforcé avec un mot d’ordre « Pa tèr la »
Le plan régional de lutte de la préfecture est axé autour de 3 priorités complémentaires : la prévention, la répression et la communication. Il s’agit bien de mobiliser durablement toute la société réunionnaise autour de cette cause collective, chaque acteur dans son domaine de compétence, d’informer et de sensibiliser tous les publics sur les risques de santé, neurologiques, cardiaque, etc., de coordonner les différentes actions.
Les autorités de police, de gendarmerie, des douanes, de justice annoncent des moyens matériels et humains renforcés, afin de lutter plus efficacement contre cet approvisionnement croissant, au niveau des 3 voies d’accès : les colis postaux, l’aéroport et le domaine maritime. La coopération est développée avec Maurice et les Seychelles.
De la fête à la réalité des larmes
La force de cette journée aura d’abord résidé dans son authenticité. D’entrée, les témoignages poignants de Jonathan, Mathilda et Stéphane montrent combien il est difficile de se sortir de ces addictions. Ils disent leur souffrance mais aussi leur volonté de se sortir de ce fléau qui leur a fait tout perdre. Ils expliquent leur parcours, le partage festif du début, le plaisir puis la progressive descente aux enfers avec la perte de l’emploi, du logement, l’abandon des enfants, le divorce. Jonathan s’en est sorti grâce à un suivi soutenu médical et amical, Stéphane grâce à ses parents, mais au bout de combien d’années de galère ! Le soutien, l’accompagnement humain, affectif est très important.
L’enjeu de demain
Enzo, lauréat du concours d’éloquence de l’école de la 2ème chance, déclare l’amour des Réunionnais pour l’île de La Réunion, leur volonté de préserver notre fragile vivre-ensemble.
On parle d’engagement, de véritable engagement et pour sa concrétisation, la préfecture demande alors à plus de 25 responsables de tous les secteurs de venir signer solennellement tour à tour devant le public : les chambres consulaires, le Medef, le rectorat, l’ARS, le comité régional des associations de jeunesse et d’éducation populaire, le comité régional olympique et sportif, la CAF, le département, l’association des maires, la Région…

L’événement se conclut sur l’interrogation cruciale de deux mamans : « Que vais-je faire si ce soir, mon enfant se voit proposer de la drogue sur les réseaux sociaux ? Et si je n’agis pas, comment et où sera-t-il dans 10 ans ? »
Autre réflexion qui mérite d’être menée : le grand oral de la préfecture sur cette grande cause a été réussi aujourd’hui, grâce notamment à la parole donnée, dès le début, aux ambassadeurs, ces personnes qui sont en volonté de sortir de leur addiction aux drogues. Ces témoignages bouleversants ont transmis un message de vérité, de réalité.
Cette conviction des acteurs présents de participer à un combat commun, au-delà de tous les clivages et pour La Réunion, et cet élan historique et transpartisan, ce souffle de solidarité, pourraient s’étioler si les actes ne suivent pas dans les semaines et mois qui viennent.
Texte : Dominique Fruteau-Razé
Photos : Préfecture de La Réunion


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