KWAFÉ ZORDI !
Permettre aux administré.e.s de s’adresser aux services publics autant en créole qu’en français, sans aucune différence: voici l’idée de la démarche de Saint-Paul et du TO.
La chanteuse martiniquaise Meryl remplissait, les 26 et 27 octobre derniers, la mythique scène de l’Accor Arena pour un show ayant, dans les deux sens du terme, fait du bruit. L’artiste chante en français et en créole. Une langue qui fait partie de son identité et, plus largement, de l’histoire de son île, mais qui, pourtant, peine à être reconnue par le tribunal administratif de Fort-de-France. Le français reste la langue officielle et balaie d’un revers de main le créole martiniquais, qui, pourtant, occupe le statut de langue maternelle et quotidienne pour la grande majorité des Martiniquais.e.s.
« Hier soir, plus de 20 000 personnes ont chanté dans une langue que l’école française a longtemps punie », introduisait le média culturel en ligne « Adelphite » sur son réseau Instagram. Une actualité qui résonne tout particulièrement avec les grands enjeux de la reconnaissance du créole, ici aussi, à La Réunion.
La commune de Saint-Paul a lancé ce mardi 27 octobre la démarche « Sin Pol i koz Kréol ». À l’occasion de la Somen Kreol, le TO embraye également avec la signature de la charte bilingue créole réunionnais-français. Les deux collectivités rejoignent donc la liste de celles ayant déjà signé l’écrit.
La reconnaissance du créole réunionnais : doucement, mais sûrement
La reconnaissance de la langue créole est un combat qui vient de loin. Petit à petit, la possibilité d’étudier le créole réunionnais dans les lycées apparaît, tandis qu’en mai dernier, on entendait pour la première fois le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, annoncer la possibilité pour les élèves ayant suivi leur spécialité dans une langue régionale de passer le bac dans cette même langue.
En vérité, la mesure est encore loin de pouvoir s’appliquer réellement, faute de moyens et d’élèves impliqués dans ce dispositif. Pourtant, la mesure fut saluée, tant elle témoigne d’une avancée dans la reconnaissance des langues régionales, dont le créole réunionnais.

La charte de Lofis Lalang kréol La Rényon
Certaines associations en ont fait leur cœur de cible. C’est le cas de « Lofis la lang kréol La Rényon », présidé par Axel Gauvin, qui a imaginé la charte bilingue dont il était question plus haut.
Il y a quelques années déjà, la commune du Port était la première à la signer, en 2009, suivie par Saint-Leu et la Région Réunion en 2022, Sainte-Marie en 2023, ou encore Saint-Pierre en 2025. Parmi les objectifs, l’association mentionne l’idée de permettre « à chaque Réunionnais de la commune ou collectivité de se sentir mieux dans son identité ».
Les collectivités ont notamment le choix dans l’écriture du créole, tandis que l’idée est aussi d’offrir aux élus la possibilité de parler dans leur langue, pour plus d’aisance.
Signalétique, mariages et baptêmes, formation des agents
Ce mardi 27 octobre, à la médiathèque Leconte-de-Lisle, la commune, représentée par son maire, Emmanuel Séraphin, célébrait le passage d’une nouvelle étape : l’adoption de la signalétique bilingue « Tèr la n’i koz kréol et français ».
Très concrètement, elle permet aux Saint-Paulois et Saint-Pauloises de s’exprimer aussi bien en créole qu’en français dans leurs échanges avec l’administration. Cette possibilité sera visible grâce à des panneaux au sein des guichets et des centres d’accueil municipaux. L’idée est simple : enlever toute forme de gêne ou de complexe à parler le créole dans ces lieux publics et légitimer son usage.

Pour ce faire, « la Ville organisera des sessions de formation à destination des agents municipaux et des élus, portant sur l’application de la charte bilingue français-kréol adoptée en 2010 et sur les mariages célébrés en kréol », explique la commune. L’idée est aussi de mieux faire connaître, dans les formulaires de demande, la possibilité de réaliser un mariage ou un baptême en kréol.
L’adoption de cette nouvelle signalétique s’accompagnera de nouveaux événements autour de l’identité réunionnaise et de la kréolité.
De nouvelles vidéos en créole pour les primaires
Dans le milieu éducatif, c’est aussi le réseau Canopé de formation des enseignants qui a choisi cette date du 28 octobre, Journée internationale de la langue et de la culture créoles, pour annoncer de nouveaux contenus pédagogiques en créole : cinq nouvelles vidéos pédagogiques des Fondamentaux traduites et doublées en créole réunionnais.

« Trois épisodes inédits de la série “Latansion : koman i marsh sa ?” et deux nouveaux épisodes viennent compléter la série “Lo sans la divizion” » seront à découvrir, notamment au sein du réseau du CLEMI. Les vidéos s’adressent aux élèves du réseau élémentaire.
Sarah Cortier


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