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Quelles réactions réunionnaises après l’attentat raciste de Trappes ?

KWAFÉ ZORDI !

Le racisme tue. C’est par cette phrase que réagissent le collectif « La Libre Pensée » et les députés Perceval Gaillard et Jean-Hugues Ratenon à la suite de l’attentat de Trappes.

Quatre jours après ce funestes vendredi 23 octobre, où un attentat raciste a coûté la vie à Pengo Bossio Wangi et blessé cinq autres personnes, les réactions, ou non-réactions, de la part des élus réunionnais en disent long.

Rappel des faits

Tout commence vendredi matin, à Trappes et à La Verrière, dans les Yvelines. Un homme, Kevin T., âgé de 39 ans, ouvre le feu. Parmi les victimes, il y a Pengo Bossio Wangi, décédé dans l’attaque, et une petite fille de douze ans. Très vite, le caractère raciste de la tuerie est admis quand le suspect déclare aux policiers vouloir s’en prendre aux « Noirs » et aux « Arabes ». Le Parquet national antiterroriste (PNAT) ouvre une enquête des chefs d’« assassinat [et de tentatives d’assassinat] en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance que les faits ont été commis en raison de l’appartenance vraie ou supposée à une prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion déterminée », ainsi que d’« association de malfaiteurs terroriste en vue de la préparation de crimes contre les personnes ».

« Vu que tu es un Arabe, ou que tu es un musulman, ou que tu es un Noir, il faut avoir peur maintenant »

Ihab, 24 ans, habitant de Trappes

Tuerie raciste et montée de l’extrême droite

Évidemment, dans le contexte politique actuel, une tuerie raciste ne renvoie qu’à la dangerosité de la montée de l’extrême droite. Le racisme tue. Vraiment. Dans un article de France Info, Ihab, 24 ans, habitant de Trappes, confie sa peur. La peur d’être une cible dans une société où le racisme grandit et motive des actes de barbarie. « Quand tu sors, t’es pas tranquille », confie-t-il. Le jeune habitant regarde à droite, à gauche : « Par exemple, là, tu vas au travail, tu vas à la sécurité sociale, à la mission locale… Vu que tu es un Arabe, ou que tu es un musulman, ou que tu es un Noir, il faut avoir peur maintenant », raconte-t-il au journaliste.

Vendredi soir, dans une allocution, Emmanuel Macron mentionnait un « tournant dans la vie de notre nation ». Dès ce samedi, dans le cadre de l’acte II des Gilets jaunes, on pouvait lire des références à Trappes sur les pancartes, tandis qu’une mobilisation s’organisait au sein même de la ville des Yvelines. Ce lundi 26 octobre, une série d’hommages à Pengo Bossio Wangi a été organisée dans plusieurs communes de l’Hexagone. Plus largement, c’est une présence anti-raciste qui s’est renvendiquée dans la rue à cette occasion.

« Nous savions que les mots de la haine finiraient par tuer. »

Tribune de Politis

Responsabilité politique et médiatique

Le journal indépendant Politis publiait ce matin une tribune signée par plus d’une centaine de personnalités publiques. L’écrit dénonce la banalisation des discours racistes et la responsabilité des médias et du monde politique dans la montée de la haine. « Nous savions que les mots de la haine finiraient par tuer. » Dans cette phrase, un lien est établi.

Le lien entre le racisme qui s’est imprégné dans les analyses et, plus globalement, le traitement médiatique des manifestations lycéennes et sociales ayant débuté le 17 octobre dernier. Plus largement, la montée du racisme sur les plateaux télé et dans les discours politiques questionne la place que l’on laisse, en conscience, petit à petit, à ces discours haineux, discriminants et dangereux.

Réactions, ou absence de réactions réunionnaises

Alors, si les réactions témoignent encore de la volonté de résister, ou de ne pas le faire, qu’en est-il justement à La Réunion ?

Peu sont les élus ayant réagi à l’attentat de Trappes. Parmi eux, tout de même, les députés Perceval Gaillard et Jean-Hugues Ratenon. Tous deux pointent du doigt la responsabilité des membres du RN ou de leurs sympathisants dans l’étiquette stigmatisante et discriminante posée sur des lieux, comme la ville des Yvelines, en prenant pour exemple les propos de Jordan Bardella, qui avait qualifié Trappes de « foyer de djihadistes » et de « République islamique en miniature ». Le Député Frédéric Maillot s’est exprimé sur son compte facebook.

Les deux députés commentent : « Voilà le vrai visage de l’extrême droite. Celui que le Rassemblement national essaie de cacher derrière la façade de la dédiabolisation. Celui que les médias d’extrême droite, ceux de Bolloré en tête, attisent nuit et jour, à longueur d’antenne. Le racisme tue. L’extrême droite tue. »

Pour sa part, le collectif de La Libre Pensée ne dit pas le contraire. Il interpelle : « Combien de meurtres faut-il pour que la haine désinhibée de certains médias, de certains partis, de certaines “personnalités” soit enfin condamnée ? Quand la liberté d’expression, pilier de notre démocratie, ne sera-t-elle plus le prétexte pour déverser une idéologie d’exclusion, pour désigner les boucs émissaires ? »

Il ajoute par ailleurs une accusation précise, rejoignant celle formulée par le maire de Trappes, Ali Rabeh : « Le président de la République n’a pas été le protecteur qu’il aurait dû être. »

Sarah Cortier

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A propos de l'auteur

Sarah Cortier

Journaliste issue d’une formation de sciences politiques appliquées à la transition écologique, Sarah est persuadée que le journalisme est un moyen de créer de nouveaux récits. Elle a rejoint l'équipe de Parallèle Sud pour participer à ce travail journalistique engagé et porter de nouveaux regards sur le monde.

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