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Le tuit-tuit perd son protecteur historique

La Seor vient d’annoncer sa rupture avec le Parc national, accusé de rendre les missions de protection du tuit-tuit « très pénibles ». Ce qui met à mal la survie de cet emblématique oiseau endémique de La Réunion en voie critique d’extinction.

Espèce endémique menacée d’extinction critique, le tuit-tuit bénéficie depuis 23 ans d’un programme de protection rapprochée mené par la Société d’études ornithologiques de La Réunion (Seor). Cette histoire d’amour et de passion s’achève aujourd’hui dans la douleur.

Les administrateurs de la Seor viennent d’avertir leurs adhérents que, du fait de « difficultés relationnelles » avec la direction du Parc national, le projet de protection des tuit-tuits s’est achevé le 16 avril dernier. « Il y a impossibilité de travailler avec le Parc national dans les conditions qu’ils veulent nous imposer », confirme Christian Léger, président de la Seor.

Tuit-tuit mâle : un oiseau très rare Jaime Martinez
Tuit-tuit mâle. © Jaime Martinez

Pendant longtemps, la Seor a bénéficié de financements européens pour conduire directement les actions dans le cadre d’un projet Life. Depuis deux ans, les financements transitent par le Parc national qui a donc imposé son cadre d’intervention. 

« C’est moi qui ai l’argent, vous obéissez »

« Le Parc nous a dit : C’est moi qui ai l’argent, c’est chez moi donc je donne les ordres, vous obéissez », résume le président de la Seor. Les salariés et bénévoles de la Seor décrivent une « tâche très pénible ». Les contraintes administratives imposées par le Parc ont par exemple rendu impossible la dernière campagne de baguage des oiseaux.

Il est apparu que le Parc national envisageait de ne pas renouveler la convention en cours et souhaitait écarter l’acteur historique de la sauvegarde du tuit-tuit pour devenir le seul bénéficiaire des financements européens dédiés à l’échenilleur de La Réunion (autre nom du tuit-tuit). Dans ces conditions, même si le Parc proposait de prolonger la convention jusqu’en septembre, pour finir les crédits, la Seor préfère en rester là. 

Ce n’est pas une question d’argent — car les financements alloués permettent juste de rembourser les dépenses de préservation — mais un problème relationnel. Les conséquences risquent cependant d’être fatales.

La Seor a réussi en 23 ans à multiplier par trois la population de tuit-tuits, passant de 20 couples à une soixantaine. Mais l’espèce demeure sous la menace des prédateurs, rats et chats errants. Or la dératisation de la zone de la Roche Écrite ne peut se faire que grâce à la participation de volontaires bénévoles. Christian Léger en compte environ 150 par an qui donnent de leurs temps pour poser et relever les pièges.

Changement de direction ?

Il sera impossible à un organisme public comme le Parc de mobiliser autant de bénévoles pendant les 10 semaines de campagne. Or les pièges sont posés pendant la période où les tuit-tuits ne sont pas en reproduction du mois de mai au mois de juillet.

« Nous espérons que tout ce travail ne sera pas perdu et que la survie de l’espèce ne sera pas remise en cause, lit-on dans la lettre aux adhérents. Et ensuite, qui sait, que la notion de partenariat avec les associations portée par la direction du Parc national évoluera et que nos relations nous permettront à nouveau de mettre en action notre volonté et nos compétences, avec vous bien sûr, au service de La Réunion, de la Roche Écrite, de sa biodiversité et de son oiseau emblématique. »

Qu’est-ce qui pourrait bien changer au Parc ? Christian Léger ne cache pas que, selon lui, tout le problème viendrait de la direction… dont le contrat doit être renouvelé dans les semaines à venir.

Franck Cellier

Photo mise en avant : © Seor

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A propos de l'auteur

Franck Cellier

Journaliste d’investigation, Franck Cellier a passé trente ans de sa carrière au Quotidien de la Réunion après un court passage au journal Témoignages à ses débuts. Ses reportages l’ont amené dans l’ensemble des îles de l’océan Indien ainsi que dans tous les recoins de La Réunion. Il porte un regard critique et pointu sur la politique et la société réunionnaise. Très attaché à la liberté d’expression et à l’indépendance, il entend défendre avec force ces valeurs au sein d’un média engagé et solidaire, Parallèle Sud.

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