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Les élections municipales

JOURNAL DE PAUL HOARAU N° 280#

L’année politique française 2026 sera marquée par les élections municipales. Les péripéties internationales et nationales ne doivent pas nous faire oublier ce rendez-vous. Les Français sont appelés à désigner leurs représentants pour l’administration de leurs communes (art. 3 de la Constitution : « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants »).

La nation a tendance à oublier que la configuration politique de la République — l’assemblée nationale, le sénat, les régions, les départements et les communes — est la configuration qu’ont voulu les peuples par leurs votes. La classe politique a voulu faire croire que c’est elle qui remplissait ce rôle. Si cela était le cas, la dernière assemblée nationale aurait affiché une majorité, la majorité d’un « parti de gouvernement ». Le peuple-souverain a voté pour une assemblée nationale sans majorité. Il a voulu dire à la classe politique qu’il ne voulait pas que la politique française soit la politique d’un parti majoritaire ; qu’il voulait que la diversité de la classe politique dialogue pour trouver des solutions consensuelles, des solutions de compromis en raison des circonstances, mais des solutions de progrès pour l’ensemble des citoyens : « l’Homme au centre ».

C’est le vote des Français qui a écarté du pouvoir « les partis de gouvernement » de droite et de gauche, qui ont, alternativement, disposé d’une majorité au Parlement, parfois sous le régime de la cohabitation ; c’est le vote des Français qui a contraint « le Front National » a devenir « le Rassemblement National », moins excessif, devenant le parti favori des sondages pour les présidentielles  ; c’est le vote des Français qui a provoqué la chute de trois gouvernements qui avaient tenté de forger une majorité avec d’anciennes majorités éclatées, qui a finalement imposé un gouvernement de dialogue et de compromis pour trouver un budget pour la France. C’est le vote des Français qui fait que la nation, sortie de « la chienlit » des partis qui voulaient s’imposer sans majorité, soit sortie de la dictature des partis qui se croyaient tout permis parce qu’ils étaient majoritaires. C’est la peur du verdict des urnes qui rend prudents les partisans de la dissolution qui, tout en demandant la dissolution tout haut, prennent des dispositions, discrètement, pour qu’il n’y ait pas de dissolution : pour un certain nombre de parlementaires, en effet, la dissolution pourrait remettre en cause leur élection, leur faire perdre leur place.

Alors que la communication des partis et des réseaux sociaux sème la panique par leurs interprétations de la situation, en réalité, les peuples tiennent la main. S’il y a désordre, c’est que « la classe politique » ne tient pas compte de la volonté des peuples. Les peuples doivent prendre conscience de leur pouvoir : le pouvoir de choisir leurs représentants (le vote) ; le pouvoir de dire ce qu’ils veulent (le référendum) ; le pouvoir de dire ce qu’ils veulent, en dehors des élections et des référendums (la manifestation).

Le peuple-souverain n’est pas le peuple des partisans. Il peut, aujourd’hui voter à droite, demain voter à gauche, après-demain au centre. Le devoir de la classe politique – le devoir des partis – est d’obtenir la confiance du peuple-souverain pour le « représenter », pas pour prendre sa place.

Le peuple peut se tromper. Il peut se laisser embrigader par des slogans, derrière des leaders charismatiques. L’Histoire est remplie d’exemples de ces régimes antidémocratiques portés au pouvoir par le peuple « en masses ». Le dialogue entre le peuple et la classe politique reste le premier antidote à ce danger. Les hommes et les femmes qui s’engagent en politique, s’engagent à expliquer au peuple ce qu’ils veulent pour mieux le représenter. Mais pour que ce dialogue soit vrai, fructueux, il faut que le peuple soit averti. Les premiers conseillers des peuples devraient être les familles (les besoins), puis viendraient les institutions de formation, les religions, les universités, les écoles (les connaissances, les principes, les valeurs); les autres conseillers du peuple seraient les écrivains, les journalistes (les informations), enfin les professions, les associations (les actions).

Le choix politique du « souverain » devrait être inspiré, imprégné, marqué par cet ensemble d’influences de « l’intérêt général ». Si le peuple vient à se tromper, c’est à cet ensemble d’influences qu’il faut demander des comptes : quels messages ont-il passé ? Il se peut, aussi, que leurs messages n’aient pas été reçus. Il se peut que les messages « techniques » aient fait d’excellents professionnels, mais que les messages «moraux » n’aient pas « transpiré » dans les consciences. Cette deuxième hypothèse est celle qui convient aux « populations anonymes et irresponsables » parce qu’elles n’ont pas besoin d’avoir conscience de responsabilités qu’elles n’ont pas. On mesure, en passant, la responsabilité de ces « influences ».

C’est le moment de s’interroger sur « l’abstention ». Il y a deux catégories d’abstention : l’abstention de celui qui ne reconnaît pas sa responsabilité de « souverain » et préfère la pêche à la ligne, la chasse ou la plage, au bureau de vote ; et l’abstention de celui qui entend marquer à la classe politique son désintérêt, son opposition. S’abstenir, c’est laisser le champ libre au « clientélisme ». Les électeurs se désintéressant, les politiques n’ont pas d’autres moyens de rester au pouvoir que le « clientélisme » (acheter des voix par des services rendus). Dans ce cas de figure, plus il y a d’abstentions, mieux c’est : parce qu’il y a moins de « clients » à payer. Dieu merci ! Il existe des élus qui l’ont été en raison de votes démocratiques , de votes de confiance. Ils ne doivent pas se sentir concernés par notre réflexion sur « le clientélisme ». Mais il serait trop long et aussi, hasardeux d’entrer dans le détail sur ce point. Il faut retenir que ces élus existent. Il faut laisser au peuple-souverain le soin de les discerner.

Aux dernières élections municipales de 2020, il y avait 510 389 inscrits, il y a eu 276 428 votants (54,76%), 261 857 exprimés (51,31%), 6 871 blancs (2,49%), 7 693 nuls (2,78 %).

Sur 510 389 inscrits, 233 961 électeurs ont manqué à l’appel , se sont abstenus ; 15 maires sur 24 ont été réélus (parmi les 9 nouveaux maires, certains étaient des « successeurs » de la même famille (au sens strict parfois) ; seulement 6 871 électeurs (2,49 %) ont dit qu’aucun candidat ne leur convenait, 7693 bulletins étaient nuls. Devant ces résultats, peut-on dire que le peuple-souverain était mécontent de ses élus municipaux ?…

276 421 voix ont manqué, non pas à un parti ou à un autre, mais à l’expression du peuple-souverain. Demander le retour des peuples dans notre nation ne s’adresse pas seulement à la classe politique, mais aussi à chacun de nous. Quand l’électeur est dans l’isoloir pour choisir le bulletin qu’il coulera dans l’urne, il est seul. Il n’est sous la pression de personne. Il est en face de sa responsabilité personnelle quant au choix du représentant qu’il va élire. Il a le devoir de choisir le meilleur pour la collectivité, en conscience. Même s’il vote « blanc », il remplit son devoir de « souverain » (nos lois électorales devraient finir par reconnaître les votes « blancs » au nombre des « suffrages exprimés »).

Cela nous conduit à une autre réflexion : sur le rôle des « majorités » et des « minorités ». Aux majorités dans les communes comme dans les assemblées, reviennent la gestion et la représentation de l’institution, droit aux postes de maires, de présidents, de responsables, droit aux moyens techniques et financiers d’exercer leur fonction. Mais le rôle des minorités ne doit pas se réduire à l’opposition. S’opposer fait partie des fonctions d’une minorité, mais seulement s’opposer est facile, ne dit pas grand-chose sur ce que l’on ferait. Les minorités sont composées de « représentants » légitimes : élus par le peuple-souverain. Ils sont dépositaires de la part de « souveraineté » qui les a élus. A ce titre, les minorités ont le devoir de faire avancer les choses, le devoir de dialoguer avec les majorités dans ce sens. Il faut reconnaître que c’est dans les communes que ce dialogue est le plus répandu. Il est vrai que les problèmes, à ce niveau sont terriblement concrets et qu’il est difficile de se dérober. Mais ce dialogue devrait être la règle. Le dialogue démocratique n’a pas pour objectif d’éliminer le concurrent, mais de trouver aux problèmes des solutions communes, plus justes. Les « minorités » ne sont pas en marge du pouvoir, mais parties prenantes du pouvoir, « représentant» la diversité.

Pour cela, il est important de ne pas considérer les candidats comme des « ennemis » à « éliminer ». Conformément au troisième point de la devise de la République, ils sont « frères », frères du peuple que les uns et les autres veulent « représenter ». Le débat politique doit se dérouler sous le signe de la Fraternité (Liberté – Égalité – Fraternité). C’est pour cela que ces débats, fussent-ils sévères contre les opinions, les comportements et les actions, ne doivent jamais s’inscrire contre les personnes. Celles-ci ont droit au respect (même si, avant de comprendre les valeurs et les exigences de la Fraternité, certains ne « mériteraient » pas ce respect). Les exemples ci-dessus montrent largement que sous l’influence du peuple, les hommes peuvent évoluer (encore faut-il que le peuple soit « présent ») ; qu’il ne soit pas « absent ». Les comportements, les choix, les votes du peuple, en effet, marginaliseraient mécaniquement les politiques qui ne comprendraient pas ce qui n’est que la démocratie. Il ne faut pas que la démocratie devienne une guerre civile, une guerre des chefs, de chefs de clans ennemis.

Les élections municipales devront montrer que la Liberté de la Démocratie ; l’égalité de la démocratie ; la Fraternité de la Démocratie sont payantes. La première règle pour le succès de la Démocratie, c’est le vote des électeurs, « la voix du peuple. » Quel est le poids du peuple à 30 % de votants ou à 90 % ? Voilà la vraie question. N’ayons pas peur du verdict du peuple ! N’ayons pas peur de notre propre verdict ! N’ayons pas peur de notre vote personnel, pour la part dont chacun de nous est responsable ! On verrait comment seraient les choses, si le peuple se réveillait, si « le souverain » retrouvait sa place, sa fonction politique : s’il vote. Pour les municipales, le Peuple Réunionnais, souverain au niveau des communes de La Réunion, devrait voter. Quels représentants veut-il ? La parole est à lui : elle est au peuple.

Paul Hoarau

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