Ce mercredi 22 avril sonnait le lancement officiel de la monnaie locale, le Tikatsou. La salle polyvalente de l’Étang Saint-Paul et son jardin accueillaient l’événement, où une soixantaine de personnes étaient présentes. Les premiers billets ont été échangés, dans une ambiance conviviale.
Une soixantaine de personnes se promènent entre les stands et discutent sous le grand soleil de Saint-Paul. Ce mercredi 22 avril, à la salle polyvalente de la ville de l’Ouest, le rendez-vous était donné aux officiels et aux curieux venus découvrir et célébrer le lancement officiel de la première monnaie locale réunionnaise : le Tikatsou. Entre les premières transactions et les discours, les sourires laissaient entrevoir un espoir commun. Celui de voir cette monnaie locale apporter sa pierre à l’édifice de l’économie sociale et solidaire sur le territoire réunionnais.
« Non, les Tikatsous ne remplaceront pas les euros », répond Benoît Hamon, un sourire en coin, lorsqu’une journaliste lui pose la question. Car si la première monnaie locale réunionnaise n’a ni la vocation ni la prétention de vouloir remplacer la monnaie européenne, elle a pour autant l’ambition de renforcer l’économie locale. « Pour les volontaires qui veulent payer en Tikatsou, c’est une manière de muscler le chiffre d’affaires des commerçants, à l’échelle locale », ajoute l’ancien candidat à l’élection présidentielle de 2017, et actuel président d’ESS France, en visite à La Réunion pendant deux jours.
Un chemin pavé par le succès d’autres monnaies locales
Benoît Hamon inspire son discours d’autres modèles de réussite. « Certaines monnaies locales sont réservées aux échanges entre entreprises, comme en Suisse, où 30 % des échanges entre les PME se font en WIR. On pourrait imaginer cela à La Réunion aussi. » L’exemple dans toutes les bouches ce jour-là est aussi l’Eusko basque, devenu monnaie locale complémentaire. « Aujourd’hui, des millions d’euskos, et donc des millions d’euros, sont échangés par les Basques entre eux », ajoute-t-il.

Une richesse qui ne sort pas du territoire
Pascaline est membre de l’association Tour Létan Saint-Paul, pôle territorial de coopération économique (PTCE) œuvrant de Cap Homard à Omega, sur l’économie et le tourisme durables. Derrière son stand, elle vend les tressages coco d’une des habitantes du quartier. Abat-jours, paniers à épices, bols avec couvercles sont vendus en Tikatsou. Pour Pascaline, cette initiative est le moyen de renforcer l’économie locale : « L’intérêt, c’est de garder la monnaie ici. Si on utilise tous des Tikatsous, l’argent i sorte pu. »
Un argument partagé aussi par Emmanuel Séraphin, maire de Saint-Paul et président du Territoire de l’Ouest. Derrière le micro, il ajoute : « Chaque Tikatsou génère 1,5 à 2 fois plus de richesse sur le territoire que les euros. Notre ambition est de faire circuler 12 000 Tikatsous. Nous avons déjà accordé une subvention de 40 000 euros à l’association Nout Moné pour y parvenir. »
Une monnaie qui ne demande qu’à croître
« Ça n’est que le début de l’aventure », déclare Léa Pons, coordinatrice de l’association Nout Moné, à l’origine de la mise en place du Tikatsou. Quinze entreprises et associations font partie du réseau actuel de la monnaie, tandis que l’association vise le chiffre de 50 professionnels, et 150 adhérents particuliers, sans date fixée pour atteindre cet objectif. « Si on fait tout ça, c’est surtout pour soutenir les artisans, les commerçants, les agriculteurs péi, et soutenir le monde associatif », ajoute la coordinatrice de l’association.
Ce jour-là, il est possible de payer en Tikatsou, en étant tout d’abord adhérent, puis en échangeant des euros contre des billets physiques, sur le stand de l’association. Les paiements peuvent aussi se faire sur l’application mobile, avec un principe de QR code. À l’avenir, les échanges se feront directement dans le bureau de change du Tikatsou, dans les locaux de l’association Nout Moné. Pour un bol tressé vendu 7 Tikatsous, ce sont sept euros à débourser, au choix, en billets du bleu pastel au lilas, en passant par le gris. Maraîchers, apiculteurs, créateurs de sites internet, traiteurs font partie des profils de commerçants déjà membres du réseau.
Parmi eux, il y a notamment l’association Bee Run, ou encore l’ACI (Atelier et Chantier d’Insertion) Le Pied à l’Étrier, vendant légumes, aromatiques et œufs bio.
Alors, si ce n’est que le début d’une initiative citoyenne s’inscrivant dans un projet plus grand d’économie sociale et solidaire à l’échelle locale, les Tikatsous ne demandent désormais qu’à passer de main en main.
Sarah Cortier

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