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Miki, le chaman des guitares au Moufia

Dans les hauts du Moufia, à Saint-Denis, Miki soigne les guitares comme d’autres soignent les âmes. Luthier, réparateur, musicien et artisan du son, il transforme les bois récupérés après les cyclones en instruments uniques. Dans son atelier, chaque guitare a une histoire, chaque réparation devient une renaissance, et chaque note semble sortir de la mémoire du bois.

Au Moufia, dans un atelier discret perché dans les hauts de Saint-Denis, il y a des morceaux de bois qui attendent leur seconde vie. Du grévilléa chêne soyeux, du tamarin des hauts, du champac, parfois récupérés après le passage d’un cyclone. Miki sort alors la tronçonneuse avec son fils, aide les voisins à dégager les chemins, puis demande si le bois peut être sauvé. Quand les gens apprennent qu’il servira peut-être à fabriquer une guitare, ils le donnent avec le sourire.

Chez Miki, rien ne se perd. Un arbre tombé peut devenir une table d’harmonie. Une caisse brisée peut retrouver une voix. Un violon trop petit peut se transformer en ukulélé. Une basse abîmée peut même devenir un chemin de guérison. Car ici, l’instrument n’est jamais seulement un objet : c’est une histoire, un corps, une mémoire, parfois une blessure à réparer.

Luthier, Miki l’est pleinement. Mais il est aussi menuisier, électronicien, inventeur d’outils, musicien d’oreille et chercheur de sons. Dans son atelier, les machines ne sont pas toujours achetées : elles sont souvent fabriquées maison, adaptées aux gestes précis de la lutherie. Mini-toupie, défonceuse, support de réglage, bobineuse à micros… chaque outil répond à un besoin, chaque solution naît de l’expérience.

Fabriquer une guitare lui prend environ deux mois. Deux mois à choisir le bois, à le chauffer, l’humidifier, le plier, le coller, le poncer, l’écouter. Car chez Miki, on ne fabrique pas seulement une forme : on cherche un son. On tapote les tables d’harmonie, on écoute les notes qui vibrent, on affine les barrages. Deux guitares peuvent se ressembler et ne jamais sonner pareil. C’est là toute la magie du métier.

Son salon ressemble à un petit musée intime. Des guitares ressuscitées, une douze cordes réparées, une résonator née d’une caisse trop abîmée, un ukulélé fabriqué avec du bois d’avocatier, des instruments sortis des mains de son fils au fil des années de formation. Chaque pièce raconte une étape, une transmission, une tentative, une émotion.

La transmission, justement, est au cœur de l’histoire. Miki a formé son fils à ce métier de patience et de précision. Aujourd’hui, celui-ci a pris un autre chemin professionnel, mais la passion demeure. 

« Quand on est touché par cette passion, c’est difficile de s’en débarrasser », confie Miki. 

Dans chaque guitare fabriquée à deux, il reste quelque chose de cette filiation : une rosace unique, une marqueterie, une idée, une audace.

Miki aime aussi réparer. On l’appelle parfois « le docteur des guitares ». Un manche à régler, une électronique à refaire, un chevalet à décoller, un micro à bobiner, une mécanique à remplacer : il diagnostique, comprend, ajuste. Il sait que le son dépend du bois, des cordes, des micros, du manche, mais aussi de la main de celui qui joue. Pour lui, le luthier travaille autant la matière que l’invisible.

Cette part invisible, il la connaît bien. Musicien depuis l’enfance, il a commencé par l’harmonica, puis la guitare, les claviers. Il joue à l’oreille, entend les lignes de basse, de guitare, de piano, de batterie. Le son est déjà là, quelque part. Reste à trouver le chemin pour l’atteindre. 

« Je sais où je veux aller, c’est le chemin que je n’ai pas encore déterminé », pourrait résumer sa manière de créer.

Dans son parcours, la musique est partout : le blues, Sting, Genesis, Pink Floyd, Deep Purple, Pat Metheny, les cafés-concerts, les chansons reprises au détour d’une réparation. Chez lui, un client peut venir tester une mandoline et repartir avec un morceau joué à deux, comme si l’atelier se transformait soudain en scène.

Mais l’une des histoires les plus fortes reste celle d’un instrument construit pour Stéphane Gaze. Une kora, instrument complexe aux tensions énormes, qui a demandé des mois de réflexion, de calculs, d’essais et de dialogue avec son fils. Quand Stéphane est revenu avec une chanson née de cet instrument, Miki en a eu les larmes aux yeux. Le morceau portait son nom : Miki.

C’est peut-être cela, finalement, le secret de cet atelier du Moufia. On y entre avec du bois, une guitare malade, une idée, une blessure parfois. On en ressort avec un son, une histoire, une vibration nouvelle. Miki ne se contente pas de réparer les instruments. Il leur redonne une place dans la vie des musiciens.

Au Moufia, le bois parle, les cordes répondent, et les guitares reprennent racine. D’origine tahitienne et profondément attaché à la Polynésie, Miki a trouvé dans les hauts du Moufia un lieu où faire dialoguer les cultures, le bois et la musique. Citoyennes, citoyens… à vos cordes.

Franck Butel (contribution extérieure)

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