ÉDITO
En déplacement à La Réunion, le candidat à la présidentielle 2027, Édouard Philippe, a affirmé que « la colonisation n’est pas un crime », tout en reconnaissant les nombreux crimes commis durant cette période. Une distinction qui interroge, particulièrement sur un territoire dont l’histoire est indissociable de l’esclavage, de la domination coloniale et de la répression culturelle.
Les semaines passent et j’ai l’impression de me répéter. Alors une bonne fois pour toutes on va le dire ensemble : non le racisme c’est pas bien et oui, la colonisation c’était un crime contre l’humanité et, surtout, les populations noires. Pourquoi je suis obligé de le rappeler ? Parce que, le mardi 26 août au soir, Édouard Philippe, candidat déclaré à la présidentielle 2027, s’est permis de dire que « non, la colonisation n’est pas un crime ».
Le candidat signe et persiste, précisant « qu’il y a eu beaucoup de crimes pendant la colonisation, des crimes abominables à Sétif (Algérie), à Madagascar, je le sais » mais que dire que « la colonisation en elle-même était un crime, c’est passer à côté d’un certain nombre de choses ». Selon lui, il faudrait séparer le crime de la colonisation. On entre dans les mêmes méandres que ceux qui tentent de nous expliquer qu’il faut séparer l’homme de l’artiste dans les cas de violences sexuelles.
Alors oui, ok, durant la colonisation, les colons ont fait construire des ponts, des routes, des bâtiments qu’on peut d’ailleurs toujours voir partout où le colon est passé. Mais dire ça, c’est aussi effacer le fait que tout cela a été construit par les peuples colonisés qui ont été exploités, réduits en esclavage pour que l’homme blanc puisse retrouver le confort de l’Occident sur des terres lointaines.
Mais Édouard Philippe, il ne s’arrête pas là. Devant un Antoine Hassler stoïque, il tente de préciser son propos, pensant sûrement apporter la nuance nécessaire pour que nous comprenions : « La guerre, vous êtes contre, moi aussi. Mais est-ce qu’en soi la guerre est un crime ? » Alors Édouard, oui, quand tu es le pays agresseur, donc qui déclenche la guerre, tu es un criminel. Or la colonisation, c’est exactement cela. Un pays, qui arrive chez un autre et qui lui dit : « Maintenant, tout cela m’appartient. Je prends tes terres, ta culture et même ta vie. »
La colonisation, c’était (et c’est toujours d’ailleurs) un système politique dans lequel les grandes puissances, dont la France, avaient pour objectif la conquête d’un territoire. La colonisation, dans le monde, c’est des millions de morts, des peuples décimés, réduits en esclavage et coupés de leurs racines. La colonisation, c’est un système qui construit la fausse théorie de la suprématie de la race blanche sur les autres peuples. C’est une philosophie de domination, c’est un génocide grandeur nature.
Alors venir expliquer cela à La Réunion, c’est peut-être plus qu’une maladresse historique. C’est oublier (ou choisir de ne pas voir) ce que fut ici la colonisation française : l’esclavage, l’engagisme, les populations déplacées, la domination économique et sociale, la répression culturelle, l’interdiction du maloya et, jusque dans une période récente, des politiques de contrôle des naissances visant des femmes réunionnaises.
Il faudrait donc encore nuancer ? Encore relativiser ? Encore expliquer que, oui, il y avait des routes et des ponts ? Non. On peut reconnaître ce qui a été construit sans oublier pourquoi, par qui et dans quel système cela a été construit. La colonisation n’est pas un joli chapitre de notre histoire auquel quelques crimes seraient venus faire de l’ombre. C’est un système de domination dont les crimes ne sont pas des accidents : ils en sont l’une des manifestations.
Et lorsqu’un candidat à la présidentielle vient, en 2026, expliquer le contraire depuis La Réunion, le problème n’est peut-être pas seulement ce qu’il dit de la colonisation. C’est ce que cela dit de sa manière de regarder celles et ceux qui en portent encore la mémoire.
Olivier Ceccaldi



⚠︎ Cet espace d'échange mis à disposition de nos lectrices et lecteurs ne reflète pas l'avis du média mais ceux des commentateurs. Les commentaires doivent être respectueux des individus et de la loi. Tout commentaire ne respectant pas ceux-ci ne sera pas publié. Consultez nos conditions générales d'utilisation. Vous souhaitez signaler un commentaire abusif, cliquez ici.