[ÉDITO] On n’a pas de galets mais on a du culot

C’est donc signé depuis mercredi. Le troisième accord de Matignon accorde 840 millions d’euros supplémentaires à la Nouvelle Route du Littoral 420M€ de l’Etat + 426M€ de la Région pour finir la route, c’est à dire 2,5 km de viaduc pour remplacer la dernière digue que l’ancienne mandature s’est révélée incapable de construire.

« Vous pouvez compter M. Le Premier ministre sur les Réunionnais pour faire le meilleur usage des moyens que vous mettez à notre disposition pour mener à terme ce chantier », a-t-elle déclaré sans que le moindre éclat de rire ne vienne troubler la cérémonie de signature. 

Dans les anciennes colonies, on n’a pas de galets (pour finir la NRL de Matignon-2) mais on a du culot pour enrichir les multinationales…

Bien sûr que pour l’image, Huguette Bello a tout intérêt à paraître comme la présidente de Région qui parvient à remplir les caisses laissées vides par son prédécesseur et à finir un chantier promis aux Réunionnais depuis plus de vingt ans. Mais qu’est ce qui se cache derrière l’image ?

L’incongruité des chiffres et des montants. A ce prix là, le dernier tronçon est chiffré à 336M€ le kilomètre. Ça ne veut rien dire des chiffres comme ça. Déjà au lancement du chantier, en 2014, le kilomètre de NRL était facturé à 120M€. Déjà, ça semblait fou ! Puis on a commencé à se rendre compte des dérapages et des mensonges. Un journal, vendu jusqu’à plus soif, accusait les critiques de propager des « bobards ».

« Dis M. Bouygues, M. Vinci ou M. Eiffage, tu peux pas la faire un peu plus chère, ta route la plus chère du monde »?

Cette semaine, les promoteurs de la NRL viennent donc de tripler la démesure : « Dis M. Bouygues, M. Vinci ou M. Eiffage, tu peux pas la faire un peu plus chère, ta route la plus chère du monde »?

L’argent n’a pas d’odeur. Les Matignon-3, les Didier Robert, les Huguette Bello, les Jean Castex et tant d’autres disent en fait qu’il n’a pas de valeur. Tant qu’il y aura des crises, il y aura des milliards : pour sauver les banques, pour lutter contre un virus, pour lancer des guerres et pour finir une NRL. C’est le « quoi qu’il en coûte ».

Le smicard réunionnais qui attend chaque année quelques miettes d’augmentation, le chômeur qui perd un peu plus de droit à chaque réforme, le salarié qui voit s’éloigner la retraite, le consommateur déprimé par l’inflation. Eux, qui n’ont pas fait l’ENA, ils savent qu’un budget n’est pas extensible.

La machine qui les gouverne, elle, sait fabriquer l’argent pour enrichir les multinationales alors que cet argent tombé de ses mains pourrait « ruisseler » vers une politique vertueuse pour l’émancipation des populations, la lutte contre le réchauffement climatique.

Derrière l’image d’Huguette Bello et de Jean Castex se cache un peu de ce renoncement à une politique de développement durable et à une gestion responsable de notre île. Les Réunionnais disent-ils merci à Matignon-3. Non, pas tous !

Franck Cellier

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A propos de l'auteur

Franck Cellier

Journaliste d’investigation, Franck Cellier a passé trente ans de sa carrière au Quotidien de la Réunion après un court passage au journal Témoignages à ses débuts. Ses reportages l’ont amené dans l’ensemble des îles de l’océan Indien ainsi que dans tous les recoins de La Réunion. Il porte un regard critique et pointu sur la politique et la société réunionnaise. Très attaché à la liberté d’expression et à l’indépendance, il entend défendre avec force ces valeurs au sein d’un média engagé et solidaire, Parallèle Sud.

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