KWAFÉ ZORDI !
Après une action militante organisée dimanche 1ᵉʳ novembre sur la plage de La Saline-les-Bains, des membres du collectif QG Zazalé contestent les accusations de jets de galets portées à leur encontre. Ils dénoncent une instrumentalisation de la force publique et réaffirment leur volonté de voir le littoral libéré des installations commerciales. Une mobilisation qui dépasse désormais le seul cas de Planch’Alizé.
Dimanche 1ᵉʳ novembre, une dizaine de membres du collectif QG Zazalé se sont retrouvés sur la plage de La Saline-les-Bains pour un pique-nique militant. Une date symbolique pour le groupe : l’exploitant du restaurant Planch’Alizé devait avoir achevé le démontage de ses installations et libéré le domaine public maritime (DPM) à cette échéance.
À travers cette action, les militants du QG Zazalé entendaient dénoncer ce qu’ils considèrent comme une justice à deux vitesses. Ils ont notamment déposé du corail mort autour des matelas et des tables du restaurant, dans une démarche qu’ils présentent comme une volonté de « renaturaliser » la plage et de se réapproprier un espace public. « On était tranquilles, on est venus de manière pacifique pour faire entendre notre voix », affirme un porte-parole du QG Zazalé joint par téléphone.
Mais la mobilisation a été suivie d’une intervention de la gendarmerie. Selon le collectif, les militaires auraient été appelés par le restaurant ou des clients à la suite d’accusations de jets de pierres en direction des clients du restaurant. Les gendarmes ont procédé à des contrôles d’identité. Aucune interpellation n’a eu lieu.
Des accusations que le collectif dément fermement
Le QG Zazalé conteste fermement ces accusations et dénonce ce qu’il considère comme une instrumentalisation de la force publique pour faire taire sa mobilisation. Trois jours après les faits, selon son porte-parole, aucune procédure n’aurait été engagée contre les militants contrôlés.
Le collectif dénonce également les publications de la page Facebook « Saint-Gilles-les-Bains 97434 », qui le qualifie de raciste et d’anti-zoreil, tout en reprenant les accusations de jets de galets sans apporter d’éléments permettant de les étayer. Les vidéos de l’action publiées sur la page Facebook du QG Zazalé, que nous avons pu consulter, montrent une mobilisation conforme à la description qu’en fait son porte-parole. Aucun acte de violence n’a pu y être constaté. Nous n’avons eu aucun retour de la page Facebook « Saint-Gilles-les-Bains 97434 » pour nous donner des éléments attestant des accusations portées.

Joint par téléphone, Dominique Gamel, porte-parole du collectif SOS DPM 974, lui aussi opposé de longue date à l’occupation du domaine public maritime par Planch’Alizé, affirme avoir échangé avec deux femmes présentes sur la plage ce jour-là. Selon lui, toutes deux auraient formellement démenti les accusations de violences et seraient prêtes à témoigner en cas de plainte déposée contre le collectif QG Zazalé.
Il rappelle également que les appels aux gendarmes lors des mobilisations militantes ne sont pas une première. Lui-même affirme avoir été confronté à une situation similaire par le passé : « Un jour férié, alors que le restaurant était fermé, je me suis approché des tables pour vérifier si elles étaient fixées à un plot de béton. Une dame qui passait par là a appelé les gendarmes en nous accusant de vouloir les voler. » Les militaires étaient alors intervenus pour contrôler les personnes présentes, sans qu’aucune suite ne soit donnée à l’incident, selon son récit. « La seule chose illégale qui avait été découverte ce jour-là, pourtant, c’est que Planch’Alizé avait coulé du béton dans le sable pour y fixer ses tables », précise-t-il.
Un combat engagé depuis 2018 contre les paillotes
Pour le QG Zazalé, cette mobilisation s’inscrit dans un combat plus ancien pour la réappropriation du littoral. En 2018 déjà, ses membres s’étaient mobilisés contre les paillotes installées sur la plage de l’Hermitage, notamment La Bobine et un autre établissement. Le mouvement avait alors permis de faire converger plusieurs mobilisations citoyennes, avec notamment la participation de Frédéric Maillot, aujourd’hui député, et d’Alek (Alexandre Laï-Kane-Chéong), devenu maire de Sainte-Suzanne.
« Cette mobilisation avait permis d’accélérer les choses et de libérer le domaine public », rappelle le QG Zazalé. Le porte-parole évoque notamment les aménagements réalisés depuis, avec la plantation d’arbres endémiques et la création d’espaces destinés aux pique-niques et aux usages collectifs.
Mais pour le collectif, le combat ne s’arrête pas à Planch’Alizé. Il s’oppose également au projet de rondavelle Les Mouettes, qui pourrait prendre place à proximité de l’établissement actuel. Une perspective que le QG Zazalé, comme SOS DPM 974, considère comme le remplacement d’une occupation commerciale par une autre. Dominique Gamel dénonce, de son côté, ce qu’il considère comme « une relocalisation (de Planch’Alizé) financée par de l’argent public ».
« Un projet de société contre un projet capitaliste »
Au-delà des paillotes, le collectif inscrit son action dans une opposition plus large à la gentrification du littoral et à la privatisation des espaces communs. Il rappelle notamment son occupation passée d’un rond-point, qui avait donné lieu à différentes initiatives : free shop, distributions de fruits et légumes aux familles défavorisées, activités culturelles gratuites et accueil de personnes sans domicile fixe.
« Ce n’était pas dans un but capitaliste, mais pour imaginer une autre forme de société », explique le QG Zazalé. Le collectif revendique ainsi une conception du littoral comme un espace partagé, accessible à l’ensemble de la population réunionnaise, indépendamment de ses moyens financiers.
Aucune nouvelle action n’est pour l’instant annoncée. Le QG Zazalé appelle néanmoins les Réunionnais à se réapproprier la plage de La Saline et à participer à sa renaturalisation. « Toute la légitimité et la légalité sont dans notre camp », estime son porte-parole.
Pendant ce temps, l’État a engagé une procédure de contravention de grande voirie et annoncé la saisine du tribunal administratif en référé pour obtenir l’évacuation du restaurant. Le bras de fer autour de Planch’Alizé se poursuit donc sur deux terrains : celui de la procédure administrative et judiciaire, et celui de la mobilisation citoyenne autour des usages du littoral.
Planch’Alizé, une pression de la préfecture qui s’intensifie, des clients qui se mobilisent
Joint par téléphone, le restaurant n’a pas souhaité commenter les événements du dimanche 1ᵉʳ novembre. Le lendemain, le lundi 2 novembre, la préfecture a fait constater l’absence de démontage du restaurant et annonce, dans un communiqué, avoir engagé des poursuites administratives et judiciaires pour la libération du domaine public maritime.
Le gérant, Jean-Claude Vergoz, encourt une amende pouvant atteindre les 12 000 euros ainsi qu’être condamné à la remise en état complète des lieux ainsi qu’à une astreinte financière journalière tant qu’il n’aura pas libéré le DPM. Dans un autre communiqué, en date du 3 novembre, la préfecture annonce également avoir déployé des opérations de contrôle des travaux et occupations non autorisées du DPM sur l’ensemble de la côte ouest du littoral.
Sur les réseaux, un collectif des usagers du restaurant a de son côté lancé une pétition pour « Sauver Planch’Alizé et ses 50 emplois ». Les organisateurs appellent le maire de Saint-Paul, Emmanuel Séraphin, la DEAL ainsi que la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, à mettre en place « une concertation urgente avec les salariés, la direction, l’État et la commune » ainsi que « des mesures concrètes pour préserver les 50 emplois ». À ce jour, celle-ci n’a recueilli que 1 623 signatures.
Olivier Ceccaldi


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