Pour l’amour de la mobilité à La Réunion

[LIBRE EXPRESSION]

La mobilité est au cœur de nos existences. Elle est devenue une dimension structurante de nos vies articulées autour de l’exigence d’être toujours plus flexible.

Une flexibilité demandée par les besoins liés au travail impliquant bien souvent la mobilité. Cette situation est renforcée par un taux de chômage élevé ici à La Réunion. Dans un tel contexte en effet, un chômeur est prêt à accepter un emploi même très éloigné de son domicile.

À mesure du basculement de La Réunion dans la modernité, la vie quotidienne des ménages réunionnais s’est complexifiée, avec d’une part la multiplication des sphères d’activités de ses membres et, d’autre part, l’éclatement spatial des espaces de la vie quotidienne.

Pour autant, nous n’assistons pas à La Réunion à une multiplication des manières de se déplacer dans le temps et l’espace puisque la voiture est à peu près pour beaucoup le moyen quasi exclusif.

Le nombre de kilomètres parcourus par jour ne cesse de croître entrainant une augmentation des budgets-temps consacrés aux déplacements par la population, mais aussi bien entendu par les entreprises. Le temps passé dans les embouteillages pour se déplacer, quel que soit le motif et pour ainsi dire à toute heure de la journée, nous fait vivre un enfer alors que nous sommes au paradis.

Face à cette situation et en l’absence d’une action concertée, les collectivités ont à ce jour pour seule réponse la construction de toujours plus de routes pour résorber les embouteillages. C’est une illusion !

À mesure que La Réunion s’urbanise, sans aucun souci de l’économie d’un espace pourtant limité, la perspective de voir un jour des infrastructures de transports en commun s’éloigne, tandis qu’elle est une demande de plus en plus criante de la population de l’île.

Les déplacements sont un “ im-pensé ” de la politique d’aménagement et de développement à La Réunion. On ne voit pas comment on continuerait de construire de nouvelles infrastructures routières, alors que les collectivités réunionnaises n’ont déjà pas les moyens d’entretenir les réseaux existants.

Il n’y a pas de fatalité s’il y a une volonté politique, celle partagée entre la population et ses élus. Penser les déplacements permet à une économie locale de se développer. L’organisation des transports et l’accès à ceux-ci doivent être une priorité afin d’assurer à tous une fluidité des services liée à une meilleure qualité de vie.

Ainsi nous demandons à nos élus de la CASud ainsi qu’à ceux de toutes les collectivités réunionnaises :

– de suspendre les projets d’infrastructure routière non encore réalisés ;

– d’utiliser l’argent des contribuables à la réfection urgente des réseaux secondaires complètement vétustes et donc sous-utilisés, pour que la sécurité et la santé de la population deviennent une priorité ;

– d’inclure dans tous les projets d’urbanisation la dimension liée aux besoins en déplacements dans le ressort de leur territoire, mais aussi en interconnexion avec les besoins des autres territoires, pour que les acteurs (citoyens, entreprises, associations, administrations, collectivités) soient enfin concertés ;

– de viser avec l’ensemble des politiques publiques une meilleure articulation des temps individuels et collectifs (temps social, temps de travail, temps des études, temps de la recherche d’emploi, temps personnel et familial), pour que le bien-être des Réunionnais se transforme en une réalité.

Le collectif pour le maintien des activités au coeur de La Réunion.

Antoine Fontaine

Chaque contribution publiée sur le média nous semble répondre aux critères élémentaires de respect des personnes et des communautés. Elle reflète l’opinion de son ou ses signataires, pas forcément celle du comité de lecture de Parallèle Sud.

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