Théodore Monod et les corsaires du désert

Désert

LIBRE EXPRESSION

La Réunion, un nid de corsaires ? Si les chemins de mémoire entre Madagascar et le Yémen et plus largement avec l’espace indianocéanique restent méconnus, l’Unesco a révélé des éléments de concordance entre navigateurs et hommes du désert grâce à un entretien réalisé par Théodore Monod dont l’amitié avec l’universitaire et islamologue Louis Massignon s’est forgée dans un grand orientalisme et un grand humanisme. À l’âge de 91 ans, il entama une dernière expédition au contact des peuples « corsaires du désert ».

Scientifique, naturaliste biologiste, explorateur, érudit et humaniste français, Théodore Monod fut le grand spécialiste français des déserts, l’un des plus grands connaisseurs du Sahara au XXe  siècle. Bon nombre de ses 1 200 publications sont considérées comme des œuvres de référence.

Après de nombreuses traversées éprouvantes du désert du Sahara en Afrique, Monod se consacra au désert libyen. En 1993, à l’âge 91 ans, il entama une dernière expédition dans la Majabat al Koubra, le désert des déserts. A l’issue de celle-ci, il descendit pour la dernière fois de son chameau. 

Le Courrier de l’Unesco avait publié en 1994 un entretien où il défendait le peuple touareg, « ces corsaires du désert » dont il admirait le nomadisme. Cette métaphore corsaire mérite d’être approfondie car elle est la source d’une grande créativité littéraire mais aussi d’un voyage des profondeurs de l’histoire humaine aux aspirations du futur. Plusieurs temples de la connaissance y contribuent comme la médiathèque Théodore-Monod de Betton (Ille-et-Vilaine), le modèle Borders Studies de la fondation culturelle Théophile-Lognoné ou encore le rue Théodore-Monod de Saint-Malo, berceau des industries créatives et culturelles de la côte d’Emeraude en Bretagne.

En Loire-Atlantique, qui cultive des liens historiques entre métropole et océan Indien, on associe le port de Cordemais à l’origine latine : « Cor Maris » autrement dit «Cœur de Mer ». Son centre de découvertes, Terre d’Estuaire, est l’un des rares lieux d’interprétation thématique en Europe à la croisée de la puissance corsaire de Jacques Cassard et des vents porteurs de Jules Verne. L’espace saharo-sahélien est un lieu idéal pour débattre du parallélisme étonnant entre ces deux personnages.

Campagne écocitoyenne

Moins connu que son cousin Surcouf, le corsaire de l’estuaire de la Loire, Jacques Cassard fut chargé en 1710 par le secrétaire d’État français Pontchartrain de protéger des convois de blé venant de Tunisie vers la France menacée de famine. Le petit âge glaciaire du XVIIe siècle sévissait sous l’Ancien Régime avec une succession d’hivers glacials et d’étés pourris. Le froid atteignait -25 °C en rase campagne et il gelait dans les chaumières.

L’adversité corsaire permit de venir en aide à cette crise de subsistance. Et à Jules Verne de nourrir sa créativité littéraire. Son dernier roman, « L’invasion de la mer », écrit en 1905, année de sa mort, est consacré à l’utopie des bâtisseurs d’une seconde Méditerranée en plein Sahara. L’énorme évaporation produite par le soleil saharien, poussée par les vents du Sud vers les crêtes élevées de l’Aurès, irait s’y résoudre en pluies, y créer des sources, y ramener la fertilité qui faisait jadis des plateaux de Sétif le grenier de Rome.

Vigies ou lanceurs d’alerte de la diplomatie du climat, les corsaires du désert existent-ils toujours ? Après son Youth Summit : Y7, la Présidence allemande du G7 a relancé une campagne Corsaires du plastique. Cette initiative associe désormais le Portugal et la Slovénie (https://www.plastic-pirates.eu/en) dans la lutte contre les déchets plastiques. Les outils de vulgarisation et de médiation scientifique de cette campagne écocitoyenne pourraient peut-être inspirer des stratégies de valorisation de la perliculture et de l’économie circulaire en Afrique et dans l’océan Indien. Pendant longtemps, le cauri a été un coquillage utilisé comme monnaie dans une grande partie de l’Afrique et de l’océan Indien. Le principal fournisseur en était les Maldives, qui conservent encore ce coquillage comme symbole sur tous ses billets de banque. Certains États africains (Bénin, Burkina Faso) utilisent encore les cauris en complément de leur monnaie. Ce coquillage a été choisi comme emblème de la banque malienne de développement.

Longue vie aux corsaires du désert et de la circularité. 

Kevin LOGNONÉ

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