⏱️ Temps de lecture estimé : 6 min(s)

🎧

Une application de sismologie et le pari d’un passeur de géologie.

Olivier Hoarau compte environ 5000 followers sur sa page Facebook. La thématique de celle-ci ? La géologie. Spontanément, on penserait plutôt aux glissements de terrain, ou plus populairement au volcanisme ; des sujets parmi tant d’autres pour ce professeur de SVT et passeur de géologie, qui a récemment développé une application de sismologie : LiveSismo. L’objectif : observer l’évolution des séismes sur les vingt dernières années, mais aussi rendre compte de l’importance des sciences sur un territoire comme La Réunion.

Comment en vient-on à se décider à créer une application de sismologie, un concept précis dans la géologie, quand on est professeur de SVT ? Pour Olivier Hoarau, c’est dans l’essence même de cette discipline que se trouve la réponse. La sismologie permet de « voir » la géologie, ce qui rend la chose plus accessible quand on cherche à s’intéresser au domaine. Il y a aussi l’histoire derrière le parcours d’une personne, dans son cas, une figure de mentor, Valérie Serrazzini, qui lui a donné toutes les clés pour lire les signaux. Et il y a ce rêve, de pouvoir développer une application. Une application qu’il a développée plus ou moins seul. C’est grâce à l’IA, qu’il est arrivé à une finalité, un choix qui fera sûrement réagir par les temps qui courent, à juste titre. Mais c’est un choix assumé, justifié par une création dite contrôlée, des modèles peu gourmands, des prompts efficaces et un développement bouclé en 48 heures. Mais l’intérêt n’est pas tant dans cette utilisation de l’IA que dans ce qu’elle dit d’une réflexion plus large : l’IA infuse les sciences depuis plusieurs années déjà, selon les domaines, et elle se retrouve aujourd’hui dans notre quotidien, et devient inévitable. Une réflexion qui peut être résumée ainsi par Olivier Hoarau : « Il faut comprendre, avant de pouvoir se positionner. »

La mort des logiciels

L’IA, on le sait, permet de faire beaucoup de choses. Dans le cas de l’application, elle a permis à Olivier Hoarau de développer en 48 heures son application. En s’intéressant aux rouages de celle-ci, il explique : « Il y a un programme qui va chercher les données sismologiques et géophysiques, on a des catalogues nationaux (type FDSN, données de relief, météo, LIDAR) qui proposent ces données et sur des longues périodes, environ 20 ans ».

Un constat : les logiciels créent une barrière entre l’utilisateur et la donnée brute (Excel, Word, logiciels métiers), que l’IA abolit justement. Il y a cette idée jusqu’à l’idée d’un programme « jetable », généré à la volée plutôt que maintenu comme un logiciel classique. « C’est la mort des logiciels, on le voit déjà aujourd’hui, l’IA se retrouve partout, même dans les dernières versions de Microsoft », précise-t-il. Un outil qui change vite, donc, mais un changement d’outil ne fait pas, à lui seul, un changement d’usage. Malgré ces avancées, l’IA reste, selon Olivier Hoarau, à un stade embryonnaire, et les enjeux, eux, sont déjà bien réels : socio-politiques autant qu’écologiques. Sur le terrain éducatif, sans s’attarder, il glisse une recommandation: les professeurs devraient se former. Les jeunes grandissent déjà avec ces outils, reste à savoir s’ils apprennent à bien s’en servir.

Ensemble de représentation 2D et 3D de la carte interactive SismoLive.

Sciences, risques et société

Sur la question d’une possible nouvelle application, il souhaite en développer une sur la question des risques. Un même concept, une carte, et plusieurs couches : inondation, submersion marine, mouvement de terrain, risque volcanique. Si on a pu répondre à la question du comment réalise-t-on une application de géologie, reste celle du pourquoi. Au-delà d’initier à la discipline et de donner envie, ces outils permettent aussi de traiter la gestion des risques, une dimension qui rejoint directement la politique publique : aménagement du territoire, PLU, et des exemples précis comme l’érosion marine à Saint-Paul.

C’est un sujet chaud, selon Olivier Hoarau, parce que La Réunion est une île avec de nombreuses contraintes de terrain et d’aléas : « La mémoire des catastrophes s’efface vite. On dit qu’elle reste en tête pendant 20 ans. Pour certains cas, les houles par exemple, ça peut descendre à cinq ans ». Et de nombreuses personnes peuvent être au quotidien touchées par ces aléas. La Réunion est un territoire qui est donc aménagé pour résister à diverses problématiques environnementales. De là, il donne également son avis sur la qualité des aménagements de l’île, et il y loue le travail effectué tout en restant en sachant rester critique. « Il y a du talent ici, des spécialistes qui sont vraiment bons. Sans la science à La Réunion, on ne pourrait pas y habiter, il n’y aurait pas d’aménagement. » À l’avenir, il souhaiterait réaliser des entretiens auprès de ces personnes qui aménagent le territoire. Une idée qui remontait depuis le cyclone Garance, qui deviendra une série qui verra sûrement le jour sur sa page Facebook.

De manière plus générale, constate également que la géologie n’est que peu présente sur les réseaux sociaux à La Réunion. Malgré un travail de vulgarisation de qualité déjà mené par des chercheurs, comme les guides de randonnée de Vincent Famin ou les fiches de géologie de Laurent Michon. Ce qu’il veut dire par là, c’est qu’en comparant avec d’autres disciplines, comme l’histoire de La Réunion, celle-ci lui semble bien plus accessible au grand public, malgré l’existence d’excellents ouvrages de géologie. Car pour beaucoup, la géologie se résume à la volcanologie et au Piton de la Fournaise, qui vole la vedette et reste un des sujets les plus attractifs « quand le volcan i pète ».

Olivier Hoarau se définit comme passeur de géologie, son travail a déjà été abordé dans d’autres articles sur notre site internet. Par exemple, une de ses activités phares qu’il propose au grand public : les visites géologiques. Olivier souhaite, à son échelle, contribuer à faire rayonner la géologie et transmettre sa passion au plus grand nombre.

Aléas et conséquences des risques à La Réunion. Éruption volcanique de janvier 2026 et dégâts après le passage de Garance sur le Boulevard Bank. ©Franck Cellier et ©Olivier Ceccaldi.

Victor MAILLOT

4 vues

A propos de l'auteur

Victor Maillot

Titulaire d'une licence de biologie à l'université de la Réunion et d'un master en médiation et communication des sciences et des techniques ; Victor rejoint Parallèle Sud en tant que volontaire du service civique pour des missions d'éducation aux médias et à l'information et de journalisme.

Ajouter un commentaire

⚠︎ Cet espace d'échange mis à disposition de nos lectrices et lecteurs ne reflète pas l'avis du média mais ceux des commentateurs. Les commentaires doivent être respectueux des individus et de la loi. Tout commentaire ne respectant pas ceux-ci ne sera pas publié. Consultez nos conditions générales d'utilisation. Vous souhaitez signaler un commentaire abusif, cliquez ici.

Articles suggérés

S’abonnerFaire un donNewsletters
Parallèle Sud

GRATUIT
VOIR