Violences domestiques – Amitiés policières et appuis politiques

Elvina Perianmodely soutenue par l'homme politique Paul Hoarau, l'association Les Révoltés du 974 ainsi que le psychosociologue Arnold Jaccoud.

LIBRE EXPRESSION

Depuis plusieurs années, partout dans toutes les collectivités et tous les partis, la lutte contre les violences dont les femmes sont victimes est présentée comme prioritaire. Le gouvernement s’est lui-même engagé dans un plan de lutte drastique. Ainsi, dans l’automne 2019, le « Grenelle contre les violences conjugales » a entraîné un cortège de 61 mesures de soutien aux victimes. À La Réunion, la détermination du parquet à propos de ce problème récurrent est clamé dans les médias… En guise d’illustration, le titre d’un article récent dans lequel s’exprime la proc de Saint-Pierre a de quoi décoiffer : « Un combat absolument essentiel ». Et tout récemment, même fanfaronnade lors de la visite réunionnaise du ministre de l’Education nationale. Ça devrait rassurer. On va voir ce qu’on va voir…

La réalité présente, elle, semble démentir ces belles intentions politiques et judiciaires. « Zoli kozman» comme on le dirait en créole ? Ou en français : « paroles verbales » ? La question doit être posée.

La situation présentée ici en est une illustration plus que problématique qui bien loin du discutable tribunal médiatique déclenché par le buzz des réseaux sociaux, met en cause le fonctionnement des institutions officielles.

Dans ces lignes, l’affaire n’est qu’esquissée. Mais pour que chacune et chacun puisse avoir accès aux données complètes des développements de la situation, l’ensemble intégral numérisé des documents relatifs à l’affaire est joint ou disponible à l’adresse des Révoltés du 974 – Lanceurs d’alerte : <[email protected]>. Une vidéo est également disponible sur la chaîne RP 2.0.

• Pour résumer le problème à l’extrême :

À la suite de la détérioration croissante, sous les insultes et les coups réitérés, d’une relation conjugale problématique, qui est allée jusqu’à la mort d’une enfant, euthanasiée dans des conditions dramatiques une heure après sa naissance, l’ensemble des plaintes successives, déposées par Elvina Perianmodely depuis 2013, a été classé sans suite.

Décrivant les faits incriminés avec une précision incontestable, toutes avaient pourtant été formulées, et étayées par des dépositions « officielles » auprès d’OPJ de la police nationale et le cas échéant de déclarations médicales incontestables.

Mme Perianmodely a dû insister et même se faire aider, pour connaître, en juillet 2022, soit après plusieurs années de mutisme institutionnel, le sort réservé à ses plaintes. À aucun moment, elle n’avait été auditionnée à leur sujet.

En définitive, et de façon proprement ahurissante pour la réputation du « fonctionnement » de l’institution judiciaire, c’est par le canal de la Défenseure des droits, alertée par la Directrice régionale aux droits des femmes, que l’information concernant trois de ces plaintes est parvenue à Mme Perianmodely le 18 juillet 2022 …

… Vous indiquez avoir déposé plainte à plusieurs reprises à l’encontre de votre ex conjoint, Monsieur E.V., pour :

– insultes et menaces, le 24 octobre 2017 (P.V 2017/002906);

– violences volontaires par conjoint à titre habituel ayant entraîné une ITT supérieure à 8 jours, le 12 mars 2019 (P.V 2019/000705) ;

– maltraitance sur mineure de 15 ans (P.V 2020/003231).

Vous demeurez dans l’attente d’information quant à l’état d’avancement du traitement des plaintes susmentionnées. Soucieux de vous venir en aide, le service en charge du traitement de votre réclamation a pris l’attache de notre correspondant au parquet du tribunal judiciaire de Saint-Denis de la Réunion qui a répondu par courrier du 13 juillet.

Il nous a été indiqué que :

– la procédure 19 333 000 041 ayant trait à l’abandon de famille a été classée sans suite ;

– la procédure 21 340 000 012 ayant trait aux violences habituelles sur mineur de 15 ans a été classée sans suite en raison du fait que cette infraction est insuffisamment caractérisée ;

– la procédure 17 275 000 005 relative à l’autorité parentale est en enquête depuis le 15 mars 2019 :

– la procédure B5-2019/089 (P.V n° 2019/705 et 16 354 000 047) a été classée sans suite ;

Il est précisé que vous allez être avisée du classement sans suite du dossier 19 333 000 041, seul dossier pour lequel vous n’auriez pas reçu d’avis de classement à ce jour. En outre, notre correspondant nous indique relancer le service territorial de la police judiciaire pour connaître les suites réservées à la procédure diligentée en raison de la mise en cause des fonctionnaires de police.

• Ensuite de quoi, la procureure de la République de Saint-Denis s’est fendue d’un courrier auprès du rédenchef de RTL Réunion, par ailleurs auteur d’une interview de Mme Perianmodely, à la fois d’une parfaite précision et d’une sensibilité pleine d’émotion :

• Le 14 septembre, ce courrier a en fin de compte été suivi d’un autre qui informe directement Mme Perianmodely du classement sans suite de la dernière plainte, celle qui concernait la mise en cause des policiers, étonnants amis et soutiens de l’auteur de ces violences.

« Procédure XXX – Mise en cause de fonctionnaires de polices de St André

…J’ai obtenu le retour de la procédure par laquelle vous mettez en cause le travail des fonctionnaires de police de Saint-André. Cette procédure a fait l’objet d’une décision de classement sans suite prise par mon prédécesseur le 3 mars 2021, mais n’avait jamais été transmise à mes services.

Après lecture je confirme cette décision de classement sans suite. Je tiens à votre disposition les différentes procédures en copie.

Ma décision de confirmation de classement sans suite ainsi que… … peuvent être contestées par recours présenté devant Madame la procureure générale. J’avise par courrier de ce jour Madame la défenseure des droits…

Je vous prie de croire, Monsieur, en l’assurance de ma parfaite considération (oui, on a bien lu : « Monsieur »… ça donne du sérieux au courrier du parquet !)

On observera que les voies de recours possibles sont indiquées. Peut-on attendre quelque chose de cette information obligatoire ? Légale, elle sert à faire taire toute contestation « sauvage »…

• L’invraisemblance d’une telle indifférence dans les déclarations de Mme la procureure ne peut s’expliquer que si l’enjeu véritable de l’affaire, qui traîne sans réaction depuis toutes ces années, se trouve ailleurs que dans le traitement correct des plaintes déposées par Mme Perianmodely.

• Ce qu’une brève analyse pourrait faire apparaître par exemple :

1 • La procureure n’a pas l’air de se sentir concernée par les souffrance humaines réelles dont est envahie Mme Perianmodely, dans un douloureux accouchement de 7 pages qui lui ont été adressées (L’est-elle ainsi par celles qui touchent toutes les victimes qui relèvent de ses interventions ?). Alors que le lecteur moyen qui découvre les divers épisodes de cette histoire, en a, lui, les larmes aux yeux.

2 • Les appels au secours qui sont ainsi adressés à Mme la procureure ne reçoivent que des réponses d’ordre administratif et légaliste, avec une sécheresse de ton bien officielle, mais plutôt inquiétante face à de tels événements étayés par de tels témoignages, dans une problématique réputée « Grande cause nationale» ! L’autoprotection institutionnelle est en route, réflexe d’une énormité peu concevable.

3 • Sur la forme : La dernière décision de classement sans suite – mais certainement comme les 3 autres précédentes – n’a été transmise apparemment à personne, ni à la successeure du précédent procureur et évidemment pas à Mme Perianmodely. Est-ce la coutume, au parquet, de ne pas faire connaître les décisions ? Surtout celles-là ? Si c’est inhabituel, quelles pourraient en être les raisons?

4 • Sur le fond : Le refus d’expliquer les motifs de ses décisions de la part de la nouvelle procureure semble masquer, non pas tellement une éventuelle lâcheté de caractère, mais plutôt un profond « embarras institutionnel », lié à l’héritage obscur laissé par son prédécesseur. Alors que sa collaboration avec les travaux du CEVIF en faisait un combattant actif de cette lutte contre les violences domestiques

5 • En contre-point d’un mutisme officiel intraitable, l’indication des voies de recours, réitérée dans les courriers de Mme la procureure, démarche parfaitement légale par ailleurs, révèle en revanche une aptitude à la dérobade, coutumière aux détenteurs de pouvoirs pris dans une situation embarrassante… On pourrait y déceler le besoin d’une protection à l’égard du niveau hiérarchique supérieur…

• En conclusion de ces observation, on peut déduire que le procès que l’appareil judiciaire veut éviter par ses « classements sans suite » n’est peut-être pas celui qu’on croit…

Je crois que la chose est claire : L’appareil judiciaire, par une série de décisions arbitraires, parce non expliquées et sans doute injustifiées des responsables successifs du parquet, n’a aucune envie de rendre justice à Mme Perianmodely. La conjonction « violences domestiques – amitiés policières et appuis politiques » pourrait prendre sens, qui met en cause des personnalités à propos desquelles on pourrait craindre qu’une exposition publique déclenche la révélation d’un cortège de malversations.

On peut penser qu’en dépit de la présomption d’innocence qu’il s’agit bien de prendre soin de respecter, les accusations de collusion, voire de corruption, mises au grand jour pourraient bien entacher des liens qui, en soi, ne sont évidemment pas condamnables.

Mais derrière ce qui apparaît initialement comme la banale brutalité ordinaire d’un abruti sur sa femme et ses enfants, et en se référant aux 7 pages de la plainte déposée par Mme Perianmodely:

• Par exemple, si on découvrait des tripatouillages de marchés publics, voire des manœuvres de blanchiment de montants importants, avec des connivences diverses, administratives et bancaires ?

• Et si tout ça était non seulement connu, mais couvert par une mairie complice, services administratifs concernés et politiques compris, capable de délivrer sans sourciller une attestation de bonne moralité, opportunément exhibée dans les circonstances délicates ?

• Et si cette complicité, copinage et multiples intérêts partagés, s’étendait à la hiérarchie policière locale, susceptible de se voir accusée de subornation ?

• Et si la victime, vraie professionnelle des métiers de la finance, était enrôlée de force dans ces trafics condamnables, sous la menace de voir sa fille lui être arrachée par un père corrompu, malveillant et soutenu par tout ce petit monde local faisandé ?

• Et si le journaliste qui, de façon éloquente, avait en 2019 pris le risque d’ébaucher une partie de ces faits dans un journal local, avait été gravement menacé pour ces raisons et demeurait désormais dans un mutisme protecteur… ?

Et si … ? Alors que ces hypothèses, superficiellement esquissées ici, ne reflètent sans doute qu’un partie de la réalité, on pourrait ainsi comprendre pourquoi les plaintes déposées par Mme Perianmodely, ont été classées sans suite et en cachette, malgré les abondantes preuves documentaires fournies et sans qu’aucune enquête véritable n’ait été entamée sous la direction du procureur concerné…

• La vérité de la situation se lit probablement en transparence dans la manière de réagir de la procureure actuelle

En trahissant ainsi délibérément les discours creux sur « la priorité prioritaire de la lutte contre la violence faite aux femmes, grande cause nationale, etc. » le parquet indique clairement que là n’est pas le vrai procès. Et sans doute, ainsi que le laisse entendre la conclusion du premier courrier mentionné de la procureure « … Je ne donnerai donc publiquement pas d’autre information sur cette situation complexe », que celui qui devrait clairement se dérouler est tout simplement impraticable…

La mise en œuvre de certains niveaux d’analyse pourrait bien en cibler les véritables enjeux. On ne va pas entrer ici dans des interprétations oiseuses. Mais la rigidité défensive des expressions utilisées par l’héritière du procureur précédent suffit à mettre la puce à l’oreille… Ses allusions « C’est pas moi, c’est lui… » renforcent ce sentiment. Ce qui fait penser que la réalité de ces « classements sans suite » dont l’opacité est lumineuse, aboutit non seulement à ne jamais rendre justice à la victime et aux victimes, mais en plus à innocenter de fait les auteurs et leurs complices, expressément désignés dans tous les documents publiés.

Air plutôt connu : « Pour prospérer, tout comme les champignons, les prédateurs et les malades du pouvoir ont organiquement besoin de l’obscurité. C’est là qu’ils se sentent le mieux ! » Et il faut ajouter : « Manifestement, les autorités officielles, à la fois craintives et bouffies d’orgueil, également ».

Les Révoltés du 974 – Lanceurs d’alerte

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