Karine Lebon

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Violences sur mineurs : « Agissez ou partez », lance Karine Lebon à Gérald Darmanin

KWAFÉ ZORDI

Karine Lebon exprime toute sa colère face à l’inaction de l’État pour lutter contre les violences sur mineurs. Le ministre Gérald Darmanin a été sa cible à l’Assemblée nationale mais c’est tout un système que dénonce la députée réunionnaise.

En pleine affaire Lyhanna, dans laquelle des défaillances judiciaires ont permis à un pédocriminel de ne pas être inquiété malgré les plaintes et les signalements, la députée réunionnaise Karine Lebon place le ministre de la Justice Gérald Darmanin devant ses responsabilités. Ce 9 juin à l’Assemblée nationale, lors de la séance des questions au gouvernement, elle lui a lancé avec verve : « Le problème n’est plus l’absence de diagnostic. Le problème, c’est l’écart insupportable entre ce que l’État sait et ce que l’État fait. Allez-vous enfin vous placer du côté des victimes et appuyer l’inscription de la proposition de la loi intégrale à l’ordre du jour ? Soit vous le faites. Soit vous partez. »

Alors que le discours de Karine Lebon ne comportait aucune attaque personnelle, le ministre a cru devoir répondre sur son propre cas, déclarant : « je ne vous permets pas un seul instant d’évoquer le terme de complicité dans mon action personnelle ou de taire des violences faites aux enfants. Vous ne connaissez, Madame la députée, rien de mon histoire personnelle. Vous ne connaissez rien ! »

Garald Darmanin
Gérald Darmanin a cru devoir se défendre personnellement. © Assemblée nationale

En revanche, l’élue de gauche a sévèrement critiqué l’inaction du ministre de la Justice et du gouvernement en général : « Chaque année, ils sont 160 000 à être victimes de violences sexuelles dans notre pays. Des victimes qui ne sont pas écoutées face à une offre de soins insuffisante, des institutions saturées, des procédures classées. Combien de temps allons-nous encore mimer la stupeur devant ces crimes ? »

Jointe au téléphone, elle précise qu’avec une centaine de députés, elle propose une « loi intégrale » qui s’attaque en profondeur au fléau des violences contre les enfants, des violences sexuelles et des violences intra-familiales. Une loi qui concernerait, en plus de la réponse judiciaire, l’éducation, la prévention, le soin, le logement, la pauvreté… Cette loi, dont le ministre Darmanin a répondu qu’il était « pour », n’a pourtant pas été présentée à l’Assemblée nationale au prétexte qu’elle serait trop coûteuse et devrait donc être présentée par le premier ministre.

« L’État organise la pénurie »

« On a 36 milliards pour faire la guerre et on ne trouve pas 2 à 4 milliards pour nous protéger », s’indigne Karine Lebon. Elle rappelle que La Réunion est un territoire particulièrement concernée : « À La Réunion en 2024, près de 1000 enfants ont été victimes d’atteintes sexuelles dont plusieurs centaines dans le cadre familial. 158 viols sur mineurs ont été recensés et c’est en hausse de 23 % en 1 an. »

Citant une affaire parmi d’autres, dans un contexte où nous serions obligés de nous habituer à l’horreur, Karine Lebon évoque pour La Réunion le cas de Stenaya, 2 ans et demi, tuée en février 2025 dans le logement insalubre familial alors qu’elle en avait été sortie une première fois avant que les autorités compétentes, Département et justice, n’organisent son retour dans ce lieu où l’attendaient les violences et la mort.

« Ce drame est terrible mais ça arrive trop souvent. À chaque fois ça soulève une vague d’émotion légitime… Et rien ne se passe après, s’indigne Karine Lebon. J’ai régulièrement rendez-vous avec les acteurs du monde judiciaire. Tout le monde s’accorde à dire qu’il manque des moyens partout, dans les palais de justice, dans les prisons, à la PJJ (protection judiciaire de la jeunesse), dans la police… En fait, l’État organise la pénurie. Chaque année, des gardiens de prison ou des policiers demandent à rentrer à La Réunion mais on les maintient en hexagone. Il est temps qu’on arrête d’accepter l’inacceptable ».

Franck Cellier

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A propos de l'auteur

Franck Cellier

Journaliste d’investigation, Franck Cellier a passé trente ans de sa carrière au Quotidien de la Réunion après un court passage au journal Témoignages à ses débuts. Ses reportages l’ont amené dans l’ensemble des îles de l’océan Indien ainsi que dans tous les recoins de La Réunion. Il porte un regard critique et pointu sur la politique et la société réunionnaise. Très attaché à la liberté d’expression et à l’indépendance, il entend défendre avec force ces valeurs au sein d’un média engagé et solidaire, Parallèle Sud.

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